Les Derniers jours : l'autobiographie intellectuelle de Jean Clair

Xavier S. Thomann - 18.11.2013

Livre - Jean Clair - Académie française - Paysans


Soyons honnêtes. On ne sait que penser du nouvel ouvrage de Jean Clair, les Derniers jours. D'un côté, le livre est érudit et brillant. De l'autre, force est de reconnaître que nous sommes ennuyés à la lecture de certains passages, dans lesquels l'académicien dit tout le mal qu'il pense du monde contemporain. Au niveau de la forme, le livre est parfaitement hybride, un mélange plutôt réussi de souvenirs et de considérations esthétiques et sociales. Pourtant, c'est une impression de fourre-tout qui s'en dégage. 

 

Ce qui est clair c'est que nous sommes face à une autobiographie en forme de testament intellectuel. Le livre ressemble autant à un journal intime qu'à un recueil d'essais, avec ça et là quelques pensées plus brèves, entremêlées à des souvenirs d'enfance. Tout cela est très bien, quoiqu'il n'est pas le premier à procéder ainsi. 

 

Ce qui est en revanche plus étrange c'est l'impression d'ensemble procurée par la lecture. En effet, l'alternance entre de très beaux passages sur l'art (on n'en attendait pas moins) et des considérations plutôt réactionnaires sur la société conduit à une drôle d'hétérogénéité, un mélange des genres et des tons qui ne fonctionne pas toujours très bien. 

 

De fait, on trouve de magnifiques pages sur la lecture et l'écriture ou sur la religion. Les évocations de la disparition des paysans sont elles aussi réussies. « Les toitures se sont affaissées, les murs s'effondrent, les vieilles barrières de bois se sont rompues, la brousse a tout envahi, les talus se sont écroulés, les creux les plus humides ont été envahis par une végétation dense, embrouillée, impénétrable. C'est le retour à la jachère. »

 

Mais on trouve aussi quelques saillies agaçantes et qui affaiblissent l'ensemble. Exemple : « Les dispositions de loi pour un mariage prétendument pour tous est quarante-cinq ans plus tard (il est question de mai 68 plus haut dans le passage, NDLR), sous les oripeaux d'un égalitarisme de bouffons, le sacrifice tout aussi rituel que l'on fait à son tour de la Mère (...). » Le passage se poursuit avec l'étymologie du mot mariage. 

 

Cet extrait est assez représentatif de l'un des travers qui caractérisent le livre. Utiliser une langue classique et des plus élégantes pour tenir des propos dignes du café du commerce, toujours en faisant mine d'être érudit. Plus loin, l'auteur récidive en décrivant une « horde » de jeunes gens dans le RER. Avant de parler de nazisme et du surréalisme. 

 

Certes, c'est le propre d'un journal de parler de tout. Sauf qu'ici le maniérisme de certains passages met à mal la sincérité de certains autres. On est ainsi ébloui et en même temps un peu embêté. Que cherche à dire au fond Jean Clair ? Que le temps passe et que nous sommes arrivés aux derniers jours d'une époque bientôt révolue et sur le point d'être remplacée par une autre qu'il n'affectionne guère. Soit un discours convenu qu'on entend pas mal ces jours-ci dans la bouche ou sous la plume de certains intellectuels.