Les Emiles de Gab la Rafale, de Gabriel Matzneff

Clément Solym - 11.02.2011

Livre - camarades - regiment - existence


Gabriel Matzneff nous avait annoncé la fin de son journal après « Carnets noirs : 2007-2008 », son dernier roman avec « Voici venir le Fiancé ».

C’est donc avec une surprise et un plaisir non dissimulés que nous apprenons la parution d'un nouvel opus, où il nous donne à lire ses émiles ( comprenez emails) du 20 avril 2005 au 21 février 2010.

D’emblée, lorsque le bandeau Matzneff entoure un livre, il peut contenir des gribouilles, pensées, esquisses, brouillons, tout fait œuvre.

Alors, on se plonge dans ce nouveau livre, avec une joie renouvelée dès la première page, celle de retrouver ce cyclothymique, cœur d’artichaut dur comme un agneau.

Matzneff, s’essaye aux emails. Curieux, il vit avec son temps, et comme dit le vieil adage, peu importe le flacon. Le format qu’il choisira n’altérera en rien sa plume bien aiguisée. Il y aura peut-être des répétitions, ou des longueurs, un certain confort puisqu’on pourra lire trois «émiles» identiques envoyés successivement à trois amantes après la Saint-Valentin !

C’est le jeu, mes pauvres lucettes. L’emile est taquin et fourbe.


Spontanément pourtant, Matzneff écrit à divers destinataires (qui sont finalement sans importance) et parle de ses amitiés, ses maîtresses, ses douleurs morales et physiques, ses espoirs toujours déchus d'obtenir un prix littéraire. Il se définit comme un écrivain majeur de son époque, et il mérite le plus haut des prix. On pourrait s’énerver un peu devant le prétentieux si on ne connaissait pas l’homme derrière l’écrivain.

« Inadapté au bonheur », se disait-il.

La mort, encore, plane sur cet opus. « Tout se défait ». Cela nous rappelle ses écrits issus de « de la rupture ». Ces morts ce sont la perte d’amis chers, et de tranches de vie, de la résignation, mais c’est aussi le froid à Paris, en juillet comme en janvier. C’est l’insatisfaction. C’est la lassitude, et c’est l’esseulement. L’orgueil d’être à part et l’effroi d’être soi. Il peut paraître extrêmement satisfait de son existence le matin, et tout détester le soir. Les émiles sont des traversées d’antipodes.

Pourtant, nous savons, au-dessus de tout ça, que l’auteur a le goût du bonheur, parce que le bonheur se définit avant tout par l’espoir que tout est possible sur l’échelle de Matzneff. Nous sommes libres. Souvenons-nous de notre liberté, de notre sort librement choisi. Il sait qu’une terrasse ensoleillée peut raviver les désirs : « Nous sommes des lucioles, et le bonheur un dieu fugace ».

Tout peut arriver, encore, même par les temps qui courent, même après des romans, des carnets intimes, des procès, alors tout va bien.



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