Les enfants d'Achille et de Nike : éloge de la course à pied ordinaire

Cécile Pellerin - 31.05.2017

Livre - course à pied - sport - ethno-sociologie


Directrice du Centre d'ethnologie française du CNRS, Martine Segalen a écrit la première édition de cet ouvrage en 1994. A cette nouvelle édition qui vient de paraître, un avant-propos actualise les observations de l'auteure, (renforçant davantage encore sans doute leur aspect visionnaire) mais semble trop limité pour que le lecteur, au fil de sa lecture et selon les chapitres, n'échappe pas à la frustration passagère qu'il manque des éléments récents pour parachever l'étude et convaincre pleinement (notamment les analyses liées aux différentes courses populaires).
 

Néanmoins, l'approche ethnographique de la course à pied dans certaines sociétés primitives, celle, plus sociologique qui dresse le portrait du coureur à pied restent passionnantes et apportent un éclairage d'expert sur un sport populaire auquel l'homme des sociétés modernes échappe difficilement aujourd'hui.
 

Il y aurait en France 16 millions de coureurs, soit un quart de la population. Une expansion continue depuis cinquante ans qui entraîne le développement massif d'une industrie et d'un commerce florissants. Chacun s'équipe, se vêt, s'informe pour courir mieux et plus longtemps, a recourt à une panoplie d'objets connectés pour vérifier sa distance, contrôler son cœur, évaluer ses performances, être à l'écoute de son corps, le transformer, etc. 
 


 

La course est un plaisir, une échappatoire, une liberté, un rituel même. Courir est devenu un style de vie, serait le propre de l'homme moderne.
 

Face à cet engouement, le développement des courses populaires,véritables fêtes collectives, est spectaculaire. Ces compétitions prolongent la sociabilité, entraînent une expérience commune conviviale, une émulation plus qu'un combat entre participants et se déclinent sous toutes les formes.
 

Attachée à décrire la course à pied depuis ses origines, Martine Segalen présente avec intérêt quelques sociétés primitives pour lesquelles courir revêt une fonction initiatique, ritualisée. Ainsi des Indiens Omaha aux Pygmées, en passant par les Machileiros au Mozambique, ou encore les Bororos d'Amazonie, les Tarahumaras du Nouveau-Mexique, elle témoigne de ses observations scientifiques par des exemples précis et variés (course fonctionnelle, activité mimétique, initiatique, cérémonielle…), souvent insolites et méconnus et les met en parallèle avec le coureur occidental et les pratiques d'aujourd'hui.
 

La course à pied reste indéniablement un élément de fête dans notre société moderne. Sortie progressivement des stades où l'on enfermait, destinée aujourd'hui à tous, qualifiée de sport "aimable" (où l'on progresse vite), elle libère l'individu, modifie son rapport au corps et à la nature.
 

Un lieu de micro-sociabilité autant qu'une société des apparences (codes vestimentaires) qui a néanmoins réellement transformé nos villes et incarne aujourd'hui un certain pouvoir, selon l'auteur. "En short, dans les rues les coureurs exposent un contre-pouvoir et donneraient, pour un peu, confiance en la société. En dépit de tous les maux secrétés par la modernité, ils clament que tout n'est pas que crise et désespérance et proposent un contrepoison".
 

A méditer en cette période de transformation politique.


Pour approfondir

Editeur : Metailie
Genre :
Total pages : 280
Traducteur :
ISBN : 9791022606592

Les enfants d'Achille et de Nike ; éloge de la course à pied ordinaire

de Martine Segalen(Auteur)

Désir d'extrême, dépassement de soi, culte du corps : la course à pied est un sport populaire et démocratique qui ne cesse d'attirer de nouveaux adeptes. Les marathons en tout genre explosent, de l'épreuve de l'extrême à la célébration collective, avec musique et flonflons, le marché de la chaussure connaît une croissance exponentielle... le running est partout !

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