Les Ensablés - Jacques Decour (1910-1942), vie héroïque, par Hervé Bel

Les ensablés - 23.07.2017

Livre - Bel - Decour - nouvelles


Céline, Drieu, Brasillach, Chardonne sont régulièrement évoqués avec cette Grande Question rebattue: faut-il parler de l'oeuvre d'écrivains moralement condamnables? Bien sûr que oui, et Dieu merci, en matière littéraire, le "politiquement correct" d'une certaine presse n'a pas encore gagné... Mais il est regrettable que les écrivains résistants soient si peu évoqués: Jean Prévost, bien sûr, mais aussi Jacques Decour qui, s'il ne portait pas le nom d'un lycée parisien, serait bel et bien enterré.


Les éditions de La Thébaïde pousuivent inlassablement le but que ces écrivains admirables (à deux titres, ils aimaient la littérature et leur patrie jusqu'à en mourir) aient la place qu'ils méritent dans le Panthéon littéraire. Aujourd'hui, ce superbe portrait de Jacques Decour intitulé Quand vous voudrez de mes nouvelles (tiré d'un de ses poèmes).
Par Hervé Bel



Jacques Decour n'eut pas le temps d'écrire une oeuvre. Il ne put que s'en tenir aux prémices. Né en 1910, il meurt trente-deux années plus tard sous les balles allemandes, écrivant juste avant à ses parents: "Dites-vous bien que je suis resté jusqu'au bout digne de vous, de notre pays que nous aimons (...) Vous savez que je m'attendais depuis deux mois à ce qui m'arrive demain, aussi ai-je eu le temps de m'y préparer, mais comme je n'ai pas de religion, je n'ai pas sombré dans la méditation de la mort: je me considère un peu comme une feuille qui tombe de l'arbre pour faire du terreau - la qualité du terreau déprendra de celle des feuilles - je veux parler de la jeunesse française en qui je mets tout mon espoir."

Jacques Decour était jeune, brillant, déjà l'auteur de deux romans Les pères (1930) et Le sage et le caporal (1936) publiés chez Gallimard. Professeur d'allemand au lycée Rollin, il était aimé de ses élèves auxquels il essayait de transmettre l'amour profond qu'il avait pour la culture allemande. Il avait passé six mois en Allemagne à enseigner le français dans un lycée de Magdebourg, et en était revenu lucide et inquiet sur l'avenir de ce pays devenu nazi, sans que cela ne l'empêchât jamais de révérer les grands auteurs germaniques. 

De son expérience en Germanie, il tira un récit passionnant dont nous avons déjà parler (Philisterburg, 1932). Politiquement, aveuglé comme beaucoup de ses contemporains, il était communiste, mais son intelligence, en 40, l'empêcha d'adhérer au rapprochement des communistes et des Allemands. Enfin, ce fut tout naturellement qu'il entra dans la résistance en créant "Les lettres françaises" de glorieuse mémoire. Arrêté le 17 février 1942, il fut fusillé deux mois plus tard, montrant un courage digne des anciens.

Sa vie elle-même est un roman de Malraux, moins spectaculaire peut-être, mais plus admirable puisque tout ce qui y est dit est vrai.

Emmanuel Bluteau publie ces jours-ci une belle biographie de cet homme attachant. D'une forme assez originale (trente-quatre chapitres, à chaque fois un épisode de sa vie), elle comporte peu de commentaires et s'appuie sur des documents d'époques: des écrits autobiographiques de Decour, des extraits de ses oeuvres, des témoignages de ceux qui l'ont connu... et enfin une riche iconographie qui nous fait mettre un visage à Jacques Decour que la mort précoce a figé dans une éternelle jeunesse. Cela se lit et se regarde avec un vrai plaisir et beaucoup d'admiration.

En cette période de vacances, alors que l'on a enfin le temps, voici l'occasion de redécouvrir Jacques Decour par sa vie d'abord qui vous donnera, n'en doutez pas, l'envie de le lire.


Quand vous voudrez de mes nouvelles... – Jacques DecourEditions La Thébaïde – 9791094295120 – 15 €