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Les Ensablés- Marie Rudigoz nous parle de son père, Roger Rudigoz

Les ensablés - 08.12.2014

Livre - Bel - Rudigoz - Solassiers


Chers lecteurs, A l'occasion de la réédition de "A tout prix", c'est avec un grand plaisir que nous avons pu interviouver (c'est l'orthographe qu'utilise Rudigoz pour ce mot) la fille de Roger Rudigoz qui, depuis plusieurs années, s'emploie à faire revivre son père sur la scène littéraire.

 

 

Rudigoz-A-tout-prix

 

 

 

Les ensablés: Marie Rudigoz, comment, enfant, perceviez-vous le travail d'écrivain de votre père?

 

Marie Rudigoz: Petite, je percevais le travail de mon père comme son passe-temps favori et non comme un « travail ». Pour moi, son travail pour de vrai était « homme au foyer » car maman travaillait beaucoup à l’extérieur et nourrissait toute la petite famille. D’ailleurs, j’appelais toujours mon père : « maman » oups ! Le passe-temps de papa ne suffisait pas à nous nourrir (loin de là). Par contre il me faisait de bonnes pâtes et une bonne purée avec un œuf dedans. Il disait « Ma fille aime les nouilles, c’est bien car elle devra en manger beaucoup ! ». Les finances ne nous permettaient pas de manger des aliments plus raffinés. Mais je ne m’en plaignais pas.

 

Les ensablés: Quand travaillait-il? Marie Rudigoz: Je lui prenais beaucoup de son temps, il profitait de ma sieste et d’un moment de jeu pour sauter sur sa machine, et « plic ploc plouc » la machine dansait, dansait et là rien n’existait autour de lui. Je le regardais de ma chambre et je le trouvais bizarre. Une maman euh ! un papa qui écrivait à la demande comme cela... Sa machine était sa compagne, elle faisait partie de lui. Ils n’étaient qu’un.

 

Les ensablés: Quand avez-vous compris que votre père était écrivain? Marie Rudigoz: J’ai pris conscience de son travail, à partir des Souris chauves, je servais de cobaye et parfois même j’étais l’héroïne de ces contes comme : « La langue au buisson » et « La petite peste ». Je ne devrais pas le dire car cela ne me met pas en valeur…J’ai grandi et j’étais fière de mon Papa, surtout lorsqu’on allait visiter les écoles dans les années 86 (pour la lecture des "Souris chauves"). Tous les enfants attendaient que Rudigoz leur fasse lecture de ses petites contes. J’aimais l’entendre aussi, il oubliait sa maladie dans ces moments-ci et moi j’oubliais aussi.

 

Les ensablés: Il souffrait non seulement de sa maladie, mais aussi de beaucoup d'autres choses. C'est du moins ce qui transparaît dans son journal, même si c'est dit souvent avec beaucoup de drôlerie...

 

Marie Rudigoz: Mon père avait la maladie de Parkinson, il est parti quand j’avais 21 ans. Lorsque le médecin lui a annoncé la maladie ; il a répondu « Parkinson le glas ! ». Sa maladie a été un frein pour son métier, il ne voulait pas voir du monde, il se repliait. Il souffrait comme il a toujours souffert. Il souffrait de solitude, d’incompréhension, de regards des autres même si quelquefois il se suffisait à lui-même. Je souffrais aussi du regard des autres. Petite, je distribuais souvent des torgnoles aux personnes qui daignaient se moquer de mon papa. La consécration, c’est lorsqu’il a eu le prix Antigone de Montpellier. Enfin toutes ces années de dur labeur récompensées….

 

Les ensablés: On a le sentiment que la littérature était essentielle pour lui et qu'il était vraiment heureux quand il écrivait. Marie Rudigoz: Quand j’ai eu l’âge de me débrouiller toute seule, il a pu souffler et profiter de tout son temps, pour écrire, lire, écrire, lire. Mon père était un travailleur acharné, toujours penché sur sa machine, ou en pleine réflexion sur tout et n’importe quoi… Son cerveau était toujours en ébullition. Et grâce à toute cette activité cérébrale, il était resté jeune….

 

Les ensablés: C'était quelqu'un de courageux. Il a fait face à la maladie.

 

Marie Rudigoz: Ses premiers malaises ont débuté à mes 1 an ;   jusqu’à mes 7 ans environ, nous avons eu une vie quasi « normale ». Nous sortions beaucoup en vélo dans la nature, à la rivière. Mon père gardait la forme grâce à la pratique du vélo. Il m’amenait sur son porte bagage, j’étais sa petite princesse et nous chantions beaucoup pendant qu’il pédalait « dur ». C’était un papa extra, patient au plus haut point. Il me charriait, tous les matins, pour m’amener à l’arrêt de bus en partance du collège, j’avais donc 11 ans et je n’avais pas honte… Trop fière de lui. Quelques fois, il avait du mal, car je commençais à être lourde et sa maladie était bien présente à cette époque là, alors je descendais en lui faisant croire que j’avais mal au derrière pour ne pas le blesser.

 

Les ensables: Quelle influence a-t-il eu sur vous?

 

Marie Rudigoz: Il m’a donné, en effet le goût de lire depuis toujours. Quand j’étais petite, mon jeu favori était de faire la Bibliothécaire, j’ai encore retrouvé dernièrement des petites fiches que je déposais dans mes livres pour les prêts. Je lis tous les jours, et dernièrement j’ai repris presque tous les livres de papa (l’équivalent d’une dizaine de cartons) que j’ai rangés à côté de sa machine à écrire. J’ai de la lecture pour le restant de mes jours… Ce qui est bien, c’est que papa avait pour habitude d’annoter certains livres, je le retrouve, donc, à chaque fois que j’ouvre un de ces trésors.

 

Les ensablés: Si vous deviez citer certaines de ses œuvres, lesquelles vous viennent à l'esprit?

 

Marie Rudigoz: De ses œuvres, je retiens son journal et les infirmières d’orange qui collent plus près à sa vie. Bien entendu que la "Souris chauve" a marqué ma jeunesse, on vivait avec elle au quotidien, elle dictait les journées de papa pour les interventions scolaires et les nombreux courriers qu’il recevait des élèves de toute la France.

 

Les ensablés: Vous étiez encore jeune. Mais qui, dans le monde littéraire, appréciait-il?

 

Marie Rudigoz: Je sais que dans sa vie littéraire, il a croisé pas mal de personnes : telles qu’Aragon, Elsa Triolet, Jean-Louis Bory, Frédéric Jacques Temple (ami de papa), Marie Rouanet et Yves Rouquette (que nous côtoyions souvent), Claude Seignolle, Claire Paulhan, Philippe Dumas (bien entendu puisqu’il était illustrateur des souris chauves et de Zogidur), André Stil, Gisèle de Monfreid et Henri Queffelec. Ses auteurs favoris étaient Léautaud, Céline, Sartre, Proust, Dostoïevski.

 

Les ensablés: Se reconnaissait-il dans un parti politique?

 

Marie Rudigoz: Côté politique : il était un éternel contestataire, il n’était jamais d’accord avec personne – pour lui c’étaient « tous des menteurs ». C’était un anar gentil.

 

Les ensablés: Vous avez dû avoir de grandes discussions littéraires...

 

Marie Rudigoz: A mon grand regret, nous n’échangions pas sur la littérature, j’étais trop jeune. Je me souviens qu’il m’a fait lire (entre autres ouvrages) « Paul et Virginie », il l’aimait beaucoup.

 

Les ensablés: Je note que vous n'avez pas cité son triptyque "les Solassiers". Pourquoi?

 

Marie Rudigoz: Si je parle peu des Solassiers, c’est que je les ai lus il y a très longtemps et que ces ouvrages sont anciens.

 

Les ensablés: Quels étaient ses loisirs? Marie Rudigoz: Il aimait le foot à la télé (au grand désespoir de maman et moi), pratiquait le vélo assidument et suivait le tour de France...

 

Les ensablés: Dans le journal "A tout prix", il mentionne sa déportation à Dachau. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet?

 

Marie Rudigoz: Je vais vous surprendre, mais mon père n'en a jamais parlé. Il a dû beaucoup souffrir. Malheureusement, je ne peux rien vous dire.

 

Les ensablés: Les deux volumes qui viennent d'être réédités par Finitude sont seulement une partie du Journal qu'il a tenu toute sa vie. Est-il envisagé de publier le reste?

 

Marie Rudigoz: Nous avons, avec les éditions Finitude, le projet d’éditer la suite du journal jamais publiée. Mais pour cela, il faut que je récupère les manuscrits et ensuite les taper sur ordinateur. Je devrais les récupérer à Noël.

 

Les ensablés: Merci beaucoup, Marie. Surtout tenez-nous au courant!




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