Les Ensablés - Simenon a dû croiser l'effrayante veuve Becker à Liège en 1920

Les ensablés - 25.01.2011

Livre - Bel - Simenon - Becker


Il y a des coïncidences troublantes. Il y a deux, trois semaines, j'ai écrit un article sur les Mémoires du commissaire Guillaume qui m'ont conduit sur la piste de la vie à Liège de Georges Simenon dans les années 20, et de son roman "les trois crimes de mes amis" qui mettait en scène trois assassins qu'il avait connus en ce temps-là, dont le fameux Deblauwe sur lequel le commissaire Guillaume dit beaucoup de choses dans son livre... Et voilà que ce weekend, je tombe sur un livre intitulé "la Veuve Becker" édité par les éditions Jourdan.

 

Par Hervé Bel

 

 

La veuve Becker est pour la Belgique ce que Landru est pour la France. Dans les années 30, elle a assassiné en toute discrétion pas moins de 11 personnes, dont 10 femmes, des vieilles dames qu'elle séduisait en se montrant plaisante, bien élevée, soucieuse de leur bien-être. Quand les vieilles dames se plaignaient de douleurs aux jambes ou de maux de tête, la bonne dame Becker, veuve éplorée, leur conseillait une tisane de son cru, très efficace. Les vieilles dames buvaient et, en effet, après trois jours d'agonie, n'avaient plus mal du tout. Le mobile du crime était l'argent, car les vieilles dames appartenaient à la bonne société de Liège...

 

Liège, ville où Simenon vécut toute sa jeunesse jusqu'à son départ définitif à Paris, et où, sans doute, il croisa la jeune Petitjean, future veuve Becker, qui courait alors les bals de la ville. S'il était resté à Liège, il aurait couvert l'affaire Becker en tant que journaliste. Le propos du livre "La veuve Becker" est semblable à celui de Simenon dans le Roman "les trois crimes de mes amis". Comment expliquer que des gens deviennent des assassins? Comment expliquer que la jeune Petitjean, épouse Becker, soit devenue une criminelle, alors qu'elle était une jeune fille rieuse, plaisante, et sérieuse dans son travail? Elle n'avait qu'un défaut, celui de trop aimer les hommes. A ce point qu'elle faisait l'amour dans tous les coins, n'importe quand. Cette nymphomanie la conduisit à tromper son mari, Charles Becker, à détruire sa réputation pourtant bien établie grâce à ses talents, à prendre un jeune amant quand elle fut veuve... à tuer, en fin de compte, pour avoir un peu d'argent. Mais pourquoi au fond, pourquoi?

 

Le texte d'Elisabeth Lange se lit d'une traite, facile, bien écrit, parfois un peu suranné, parfois attendu. Mais quel plaisir! En particulier la première partie qui porte sur la jeunesse de l'héroïne et donne ainsi le prétexte d'une description de Liège dans les années 1900, ce qui, évidemment,  fait songer à celle du grand livre de Simenon: Pedigree, récemment édité en Pléiade, je crois. On y découvre la vie des ouvrières, les nuits de Liège, l'exposition universelle etc.

 

 

On ne s'ennuie donc pas, et les amateurs de faits divers bien racontés, les admirateurs de Simenon, ne regretteront pas leur lecture. Une dernière remarque cependant: il ne faut pas se laisser rebuter par la couverture du livre d'un rouge sang, et qui fait un peu dans le sensationnel (mais pourquoi pas, après tout? il y a dans le fait divers quelque chose d'un peu voyant et voyeur). Le contenu est clairement au dessus de la couverture!

 

Hervé BEL