Les Ensablés - "Une adolescence au temps du Maréchal" de François Augiéras

Les ensablés - 22.04.2018

Livre - Coudy - Augiéras - enfance maréchal


A t-on jamais oublié François Augiéras, mort à seulement 46 ans en 1971, et qui publia trois ans auparavant, en 1968, ce texte sur son temps d’adolescence et «  quelques autres aventures » ? Je confesse ne jamais avoir entendu parler de lui avant que le journal Le Monde ne lui consacre un long article en 1986. Ce n’était que méconnaissance de ma part, car depuis le premier de ses livres Le Vieillard et l’Enfant publié en 1950, sa trace ne s’est jamais perdue et ses livres ont constamment été republiés.

 

Par Henri-Jean Coudy

 


 

Augieras est né aux USA, par les hasards de la carrière d’un père pianiste, et il lui arrivera de se faire passer pour Américain. Mais le centre de son monde, celui de son adolescence du « temps du Maréchal », c’est le Périgord et ses abords d’Auvergne, où il défraya la chronique et finit par mourir d’épuisement.
 

François Augiéras avait entre 15 et 19 ans à l’époque de l’Etat Français. Et même si, dans son livre, il finit par prévenir le lecteur que le racialisme païen venu d’Allemagne n’est pas sa tasse de thé, il a vu, dans ce temps inattendu, autre chose : «  Le caractère inconsciemment magique du régime de Pétain, archaïque, paternaliste, je le pressentis. Sa simplicité fit ma joie au long de mon heureuse adolescence…il y avait dans l’air un renouveau que j’aimais ; cela sentait le printemps, on revenait à la terre, cela tournait aux bucoliques ; il n’y avait plus de honte à garder les moutons ! ».
 

Dans le monde anti-moderne, anti-ville de Vichy, Augieras « profite des circonstances pour ( s’) avancer du côté des forêts et des sources, pour tenter de n’être pas chrétien, pour aller en direction des nouvelles aventures de l’esprit, les gens de mon espèce étant toujours à leur affaire quand tout retourne si ce n’est au chaos primordial , tout au moins à la demi-barbarie, qui est le seul niveau qui leur convienne à peu près ».
 

Le chemin d’Augieras est celui de la recherche d’un monde à la fois très ancien, d’avant la civilisation, mais aussi de demain, celui des hommes ayant brisé tout obstacle entre eux et l’ordre naturel. On suppose que ceux qui s’engagent dans de pareilles voies sont difficiles à supporter par leurs contemporains, mais qu’importe les contemporains!
 

Augieras y mettra du sien : s’il se réclame de Rimbaud, bien que n’ayant pas écrit de poésie, il en adopte les très mauvaises manières, se rendant ainsi difficilement supportable à qui voudrait partager un moment de sa route. « Aux hommes, je préfère encore le charme du monde et le mystère du soir. Ma virginité aussi me travaille et me saoule d’une profonde joie…»

 

Aux Compagnons de France, scoutisme de régénération pétainiste, il intègre une troupe de théâtre où il croise le peintre Pierre Parsus, futur lauréat de la villa Abd El Tif à Alger, villa Médicis au Maghreb et toujours de ce monde – c’est une autre histoire- et avec lequel il se brouillera ( ce qui est une habitude chère à Augiéras).

Le voilà ensuite à la tête d’un centre de jeunes sans famille où il se signalera par son extravagance de gestion. Chez un curé breton où il est supposé travailler la terre, il manquera de perdre sa précieuse virginité avec une jeune fille à qui il plaît beaucoup... Mais, les filles, Augieras finira par s’apercevoir que ce n’est pas son chemin, et il se fait éjecter pour avoir passé ses nuits à courir les bois et de drôles horizons : « La douce lumière de la Lune me baigne de sa tranquille lueur. Il y a comme un pacte entre le ciel et moi : c’est lui seul que j’adore ; en retour il modifie mon caractère jusqu’à ses fibres profondes ; je sens naître en moi le Nouvel Homme, celui du RETOUR A L’UNIVERS DES ASTRES, le Nouvel Homme encore adolescent , plus sage que l’Homme Actuel. »
Sage, vraiment ?
 

Et voilà que se termine le temps du Maréchal : « Aussi ai-je perdu comme un père, que j’imaginais bon, et qui me protégeait. Tout au contraire il est coupable ; en sorte que je suis comme orphelin de nouveau, perdu, livré à ma solitude… Il ne me reste de cette curieuse époque du Maréchal qu’une obstinée tendance au vagabondage , qui m’inquiète, non parce que je la réprouve, mais parce qu’elle est actuellement sans emploi. ».
 

Elle ne va pas le rester longtemps.
 

Dans les pages qui suivent, Augiéras, toujours sur  la route de Rimbaud, s’engage dans l’armée d’Afrique avec pour but de rejoindre le frère de son père, officier à la retraite qui vit dans une espèce de château musée dans le grand sud algérien. Il y parviendra pour y vivre une curieuse relation homosexuelle, incestueuse et encore une fois panthéiste, partageant le lit de son oncle, posé sur une terrasse sous les étoiles du ciel saharien.
 

De cette folie lointaine sortira « Le Vieillard et l’Enfant » qui fera un sévère scandale à Périgueux, sa ville d’origine, mais dont il semblerait que Camus en ait recommandé la lecture à Gide qui l’apprécia.

Cela nous vaut , dans le cadre plus apaisé des Alpes-Maritimes, une rencontre entre le vieil écrivain, récent prix Nobel et proche de la mort, qui lui aurait confié qu’avec dix ou vingt  années de moins, il aurait fait de lui son compagnon ; on n’est pas obligé de croire l’auteur mais ça va bien avec l’aspect romantique et plutôt joli garçon de l’Augiéras de l’époque. « Pour un peu Gide mourait dans les bras d’Augiéras : il est de plus triste fin. »…
 

Il y a encore bien d’autres épisodes d’une vie consacrée à l’errance et à l’épuisement ; le partage d’une maison primitive sur les bords de la Vezère, avec l’instituteur Paul Placet (que j’ai rencontré en 2006 et qui consacra une partie de sa vie à faire connaître l’œuvre de son étrange ami) ; le moment où Augiéras s’installe chez le peintre René Bissières dont l’œuvre ne lui convient pas, organise un véritable charivari autour de la maison de son hôte avant que celui-ci ne lui casse la figure…
 

Il faut ajouter à cette brève présentation du livre d’Augiéras qu’il était également peintre, et peintre de grand talent quand on considère les œuvres présentées dans « Augieras, le peintre » aux éditions de la Différence, notamment les toiles où figurent des adolescents androgynes, quelquefois soumis à des pratiques cruelles, ou perdus dans l’immensité de nuits étoilées (certaines de ses œuvres sont perdues et à retrouver, quelque part dans le Périgord ou ailleurs).
 

Et, détail cocasse, Augiéras se fit témoin au procès du Petit-Clamart ! (du nom du lieu où un commando « Algérie Française » tenta d’assassiner le général de Gaulle en août 1962) ; sans doute cité par la défense, il vint expliquer sans rire qu’il avait perdu tout l’héritage de son oncle en Algérie au moment de l’indépendance. Il savait pratiquer toutes les formes du mensonge.

 

 



François Augerias - Une enfance au temps du Maréchal - Omnia Poche - 9782841006434 - 12 €
 




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