Les Fantômes du soir, Sébastien Doubinsky

Clément Solym - 22.07.2008

Livre - Fantomes - soir - Sebastien


Pour Paul Rubinstein, la gloire et les sommets du monde littéraire parisien sont des rues qu’il n’a pas eu la chance de parcourir (…ou peut-être n’a-t-il rien faire pour). Agé de 52 ans, cet écrivain en est à son douzième roman, Une journée de nuit. S’il est encore publié, c’est sans doute grâce au soutien indéfectible de son éditeur et ami depuis trente ans, Jacques qui règne en maître sur la petite maison Hélios.

« Il n’y avait plus d’étoiles au-dessus de Paris depuis des années » :

Et soudain, l’impossible arrive. Une journée de nuit figure sur la liste du Goncourt. Inconnu du grand public, voilà notre paisible écrivain alcoolique sur un plateau de télévision rutilant de stars et de paillettes. Son arrivée est plus que fracassante puisqu’il fait une chute remarquable en essayant de s’asseoir. L’animateur ne le rate pas dans ses questions, mais Rubinstein n’est pas du genre à se laisser faire. Une coupure de micro finit par avoir raison de notre pauvre écrivain, mis au rang de spectateur sur le plateau.

Cette chute télévisée est le point de départ des errances de Paul Rubinstein. Lecteurs, nous allons le suivre dans ses tribulations parisiennes qui vont de l’évocation de son passé, de sa jeunesse à son quotidien quelque peu chamboulé par l’arrivée inopinée dans son appartement de trois figures littéraires emblématiques : Henry Miller, Lawrence Durrell et Blaise Cendras.

Rencontres improbables :

Autour de quelques bonnes bouteilles (du vouvray de préférence pour Rubinstein), notre écrivain se retrouvera à plusieurs reprises en face de ses maîtres en Littérature. De quoi sérieusement déstabilisé notre écrivain déjà peu stable psychologiquement… Est-il encore bien vivant depuis sa chute ? A-t-il vraiment toute sa tête ?

Ces rencontres improbables nous convient dans une sorte de monde parallèle, celui de cet écrivain imbibé d’alcool qui nous immerge dans son environnement. Amoureux de Paris, il nous promène régulièrement dans des débits de boisson colorés mais bien pâles au regard de ceux qu’il aimait fréquenter dans ses premières années à Paris. C’était la fin des années 70. Début des années 80. Punks et Skinheads faisaient leur entrée dans la capitale.

« En tournant autour du Génie de la Bastille, Rubinstein se rappela son arrivée dans le quartier, en 1974. Il avait vingt et un ans. C’était encore l’époque des motards et les derniers "blousons noirs" hantaient les troquets des rues de Charonne et de la Roquette. Dans le café qu’il fréquentait comme étudiant, il s’était lié d’amitié avec Melvis, un Kabyle teint en blond qui portait un blouson de cuir ultraserré et une banane peroxydée.
- J’m’appelle Mouloud et j’adore Elvis…Melvis. Voilà.»


Promenade alcoolisée dans Paris :

Chaque sortie de Rubinstein est l’occasion de donner de l’épaisseur à ce Paris qui change si vite. Même si ce roman reste loin de l’autofiction, on ne peut s’empêcher à certains moments de faire le rapprochement avec l’auteur, Sébastien Doubinsky. Ne serait-ce d’ailleurs que sur les sons des deux noms propres. Ou encore sur les titres : Les Fantômes du soir et Un jour de nuit.

Sébastien Doubinsky est né en 1963 à Paris mais il a vécu une partie de son enfance aux Etats-Unis. De ce passage au pays de l’oncle Sam, l’auteur garde un goût prononcé pour la littérature américaine ainsi que pour la contre-culture anglo-saxonne, à l’image du mouvement punk. Et l’on retrouve chez Paul Rubinstein des amitiés dans les bas-fonds punks. Ainsi de Jan et Kristin, un couple atypique de Suédois venus à Paris, aussi poètes qu’un Rimbaud de chair et d’os.

Une réflexion sur l’écrivain et l’écriture :

Ce livre développe une mélodie particulière à laquelle on se laisse rapidement prendre. Au sein du texte, de façon récurrente, des passages se retrouvent en italique. Ils nous donnent à lire le monologue intérieur de l’auteur. Mais là encore sur un ton décalé. Comme à un enfant, l’auteur s’interpelle lui-même, se tutoie, tente de se ressaisir, de refaire surface. « Faut vraiment que tu te sois cogné fort la tête pour penser des trucs pareils. » Ce code scriptural est utilisé à merveille par l’auteur si bien que l’on devient peu à peu un familier de Paul Rubinstein.

Le livre de Sébastien Doubinsky nous convie dans un voyage en Littérature. Qu’est-ce qu’écrire ? Pourquoi écrire ? Pour qui écrire ? Faut-il être célèbre pour être un bon écrivain ? Après sa chute, qui a contribué à le faire connaître du grand public, Paul Rubinstein tente de se reconstruire des repères.

La reconnaissance n’est pas une tare. Son absence n’est pas signe de mort. La mort, c’est d’arrêter d’écrire. Alors Rubinstein continue à écrire pour lui, pour ses lecteurs, pour faire entendre la voix de ses inspirateurs aux noms illustres. A vous de vous plonger dans ce monde particulier, à la fois magique et ténébreux, comme la vie tout simplement.




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