Les Hauts plateaux, Lieve Joris

Clément Solym - 28.08.2009

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Minembwe est à quelques dizaines de kilomètres du Lac Tanganyika. À près de mille cinq cents kilomètres de Kinshasa, Congo. Minmbwe est un petit village rassemblant quelques pasteurs Banyamulenge, la plupart venus du Rwanda voisin, il y a longtemps. Quelques anciens militaires (ou miliciens, difficile de faire clairement la différence dans ces zones reculées où les conflits n’ont plus tout à fait la même signification que dans les capitales) tentent aussi d’y faire régner un certain ordre dont il n’est même pas sûr qu’il ait l’approbation totale des autorités si éloignées.

 

Car Minembwe est loin de tout ! Loin des routes asphaltées ! Loin de la desserte électrique ! sans eau courante, bien sûr, ailleurs que dans les ruisseaux ou dans les puits.

 

Autrefois colonisé par les Belges qui y ont envoyé leurs prêtres pour y implanter la religion catholique, ces villages ont maintenant été désertés depuis des lustres par les blancs que, de ce fait, aucun jeune enfant ne peut avoir le souvenir d’en avoir croisé un sur les chemins.

 

Aussi le voyage entrepris par Lieve JORIS pour rejoindre Uviva, sur les rives du Tanganyika, ne peut-il pas passer inaperçu et les villageois se pressent à son passage pour voir la blanche, l’umuzungu !

 

Accompagnée d’un protégé du « colonel » qui garde une certaine autorité sur la région, le voyage à pied n’est pas sans incertitudes voire sans risque du fait des mayi-mayi (des membres de milices) armés et plus ou moins « contrôlés » par des hiérarchies mouvantes !

 

C’est donc de ce voyage (non pas initiatique, mais plutôt de retour aux sources puisqu’elle revient dans des régions qu’elle a déjà arpentées) que Lieve JORIS nous invite à suivre le récit. Le chapelet de ces petits villages traversés les uns après les autres y constitue les étapes qui deviennent, chacune, un lieu de rencontre avec les personnalités locales : chefs, anciens, prêtres ou encore prédicateurs en tournée, comme elle...

 

Avec son guide (qui est aussi accompagnateur, sauf-conduit et traducteur et certainement un petit peu amoureux transi), elle traverse ces pays oubliés au milieu de l’immense Afrique trouvant ainsi l’opportunité de tenter des contacts aussi vrais que possible. Avec des gens qui ne peuvent pas entendre qu’il y ait d’autres étalons de la richesse que la taille d’un troupeau de vaches ! Qui ne saurait avoir quelque considération à l’égard d’une femme - et donc d’elle - tant qu’elle n’a pas eu accepté l’idée de répondre par un mensonge chaque fois qu’elle est interrogée sur le nombre de ses maternités ! Comment pourrait-elle être respectable si, à son âge, elle n’avait pas enfanté plusieurs fois ! Et même si la réponse mensongère rassure, l’abandon de sa progéniture pour réaliser ce voyage reste tout de même intrigant aux yeux de ses interlocuteurs.

 

On peut regretter que la barrière de la langue ne lui ait pas permis de nouer des rencontres plus authentiques. De ce fait, le récit en perd un peu de profondeur en ressemblant, au fond, à une banale randonnée : l’empathie ne suffit pas, les échanges restent superficiels.

 

Il nous apporte cependant un témoignage qui met d’autant plus en contraste ce que racontait, par un autre bout de la lorgnette, Patrick DEVILLE dans « Equatoria ». Loin des villes où les blancs viennent piller ce continent, une sorte de loi de la jungle prospère avec des armes redoutables qui changent le visage des luttes tribales immémoriales !

 

En 1969, René DUMONT écrivait « L’Afrique Noire Est Mal Partie » : décidément, nous n’avons rien fait pour redresser la barre.

 
 

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