Les identités remarquables, Sébastien Lapaque

Clément Solym - 22.10.2009

Livre - identites - remarquables - Sebastien


Les journées dans le Sud durent plus longtemps, c'est connu depuis que Nino Ferrer le chante. Mais la vie ne s'y compte sûrement pas en millions d'années : pour preuve, dès la première ligne, on sait que notre narrateur va mourir. Et avant la fin du jour. Alors pour ce qui est du linge étendu sur la terrasse, on repassera. Pourtant, ce sud-là sera le théâtre d'une tragédie, telle que jamais la chanson de Nino ne l'envisageait.

C'est celle de Caroline, la vendeuse de jouets, qui couche avec le narrateur, ce « tu » qui s'apostrophe en permanence donnant l'impression qu'il scrute son nombril à chaque seconde. Il n'en est rien, mais cela ne s'apprend qu'à la fin, évidemment. Caroline, qui rêve, d'apprendre, de savoir, de découvrir, et qui va partir à Paris. Elle n'a que 25 ans, et Toi, tu as dépassé les 40. Et fuis Paris.

Il y a aussi Laroque, un professeur de philosophie, qui officie dans le même lycée que Toi. Un phénomène, une histoire permanente. Un personnage qui s'écrit chaque jour un peu plus. Qui vous aime bien, Caroline et Toi, et qui aimerait que tu fasses plus attention à elle. Que tu sois froid ou distant, c'est aussi pour cela que vous êtes devenus amis. Mais ne sois pas cruel avec elle. Il a peut-être bien eu le béguin, à un moment, mais avant tout, il voudrait vous voir heureux.

Et les journées ont passé. Et les heures passent. Semblablent toujours, jusqu'à aujourd'hui, où Tu vas mourir. Alors, tu vas tout faire dans le désordre et te brouiller avec tous. Ou presque. C'est terrible : ignorer que l'on va mourir. Qu'un frère et une soeur souffrent en silence et attendent de se venger, sachant que rien ne changera dans leur vie. Affreux, affreux, affreux...

Attention : affreux, c'est une référence à la marionnette de Papin dans les Guignols, pas une conclusion à cet ouvrage. Non, Les identités remarquables, c'est typiquement le genre de livre que l'on est content de finir. Simplement parce que les trois derniers paragraphes emportent tout. Soudain un voile s'envole et voilà qu'en quelques phrases – une magnifique déclaration d'amour et d'amitié – on nous fait oublier la langueur, pour ne pas dire la longueur, du reste.

Parce qu'on s'ennuie. Ferme. Sec. Implacable. Rien à faire. Le roman est lent, à la hauteur de son personnage central, ce fameux Tu, qui sembles s'adresser à lui-même, se regarder vivre. Et cela donne une belle impression d'égocentrisme, de distance prise par rapport à une vie qui va le quitter. Il s'éloigne de lui à même mesure qu'il nous éloigne de son être. Ce tutoiement avait quelque chose de cynique et de sarcastique qui me plaisait bien, qui compensait un peu la vacuité du reste.

Et puis, on, finalement, ces trois derniers paragraphes, qui achèvent un récit de rien – de trois fois rien – sont venus tout démolir. Et paradoxalement, tout faire oublier. Sur simple email de votre part, je vous expliquerai pourquoi, mais comprenez bien que je ne peux pas le faire dans cette chronique...

C'est d'ailleurs, dommage, car en lisant la quatrième de couverture, on apprend que « c'est lui, inconscient, égotiste et jouisseur, que le roman interpelle et tutoie, comme s'il tendait à notre insouciante finitude un miroir ». C'est amusant : si j'avais lu d'entrée cette 4e de couv, le roman aurait été juste fade, péchant par excès de rien. Quelques scrupules par-ci, quelques souvenirs par-là, des instants volés au monde, des rires et probablement quelques sourires... Tout cela est bien joli, mais quand on n'a pas eu l'occasion de s'attacher aux personnages, leur vie et leurs émotions, ça nous en touche une sans faire bouger l'autre.

Remarquables ? Finalement, pas tant que cela.



 

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