Les intouchables : Haro sur la jeunesse, la nouvelle menace ?

Cécile Pellerin - 09.07.2013

Livre - adolescence - dystopie - virus


Auteur  de « Durango » (Nathan) et lauréat du Prix du Polar jeunesse en 2003, Gilles Fontaine, directeur d'un bureau d'études de marchés dans le domaine des médias, propose cette fois-ci, aux lecteurs à partir de 12 ans, un roman sombre d'anticipation (dystopique), glaçant de bout en bout, dérangeant et parfois effrayant qui met en scène toute une population adolescente, victime, malgré elle d'une société sécuritaire et répressive, presque déshumanisée.

 

Un virus étrange, nommé Zéro (« Il paraît  qu'on l'a appelé Zéro parce qu'il n'y a aucune guérison possible »), touche la population mondiale. L'épidémie sème l'effroi, affole les médias et le gouvernement français, par mesure de précaution, décide d'organiser au sein des collèges et lycées, un vaste dépistage car il semblerait que le virus s'attaque principalement aux jeunes. En fait, il s'avère que les adolescents, naturellement immunisés, sont épargnés mais soupçonnés de transmettre la maladie au reste de la population. Ils deviennent  alors responsables du chaos. « Qu'avons-nous fait de mal ? […] Moi, je suis persuadé que je n'ai rien fait de mal. J'ai peur mais je ne me laisserai pas faire. »

 

Ciblée par la politique sécuritaire de l'Etat, la population adolescente, telle la caste des Intouchables en Inde, est finalement mise à l'écart, détachée de la famille et isolée dans de vastes camps  militaires, pour la sauvegarde de l'humanité.  « Hélicoptères assourdissants qui tournoient au dessus de la ville, sirènes des voitures de police, rues bloquées. On dirait que la guerre est déclarée […] Certains essaient d'échapper à « l'éloignement temporaire », c'est ainsi qu'est baptisée l'opération qui va nous envoyer loin de nos familles. »

 

Privés de liberté, rejetés comme des parias ou des criminels, ces jeunes tentent de s'organiser au sein de cet enfermement. Certains groupes font alors régner la terreur, menacent les plus faibles, rationnent la nourriture, s'érigent en véritables despotes. « Je pense à ce monde en miniature, isolé, là-bas au camp. Aux clans qui se sont formés, à la guerre que nous sommes prêts à nous mener alors que tout brûle, disparaît, s'écroule. » La situation devient intenable pour Thomas, le narrateur, Lucie, Benjamin, Matthieu, ses camarades de classe. Il faut s'échapper, regagner la ville, retrouver sa famille.

 

Mais dehors, la situation est explosive, presque apocalyptique, quasi guerrière et l'espoir d'apaisement semble lointain.  « La plupart des maisons sont vides… Les gens sont morts ou alors ils ont quitté la ville. Certains se terrent à l'intérieur et ils peuvent être violents… » Dans ce contexte désespéré et très noir, les personnages vont se révéler à eux-mêmes, connaître des souffrances, éveiller leur conscience, se forger une nouvelle personnalité, devenir adultes, perdre leur innocence et certains de leurs rêves. Mais ils sauront se soutenir dans les épreuves, rester honnêtes et loyaux. Rester Humains. « Nous ne pouvons pas reprendre notre vie d'avant. Nous avons grandi, nous avons survécu sans l'aide des adultes et même malgré eux. Nous reconstruisons nos familles, nous redécouvrons l'affection que nous nous portons, mais il faudra que nous réapprenions la confiance. »

 

Un beau roman initiatique, captivant, tout en tension, sans digressions pour relâcher l'atmosphère oppressante de l'ensemble. En effet, le roman est assez court et l'auteur rentre immédiatement dans le vif du sujet, sans précaution pour le lecteur, aussitôt aspiré par l'angoisse, la violence et la noirceur de la situation chaotique,  tout imprégné  également de la tonalité très réaliste accordée au roman. Il redoute, à l'instar des personnages, la mise en déroute de la société, la privation de libertés et l'absence de dénouement heureux.

 

De plus, le style sec et direct amplifie l'ambiance froide et rude du récit, l'impression de désolation. Un seul regret, peut être, le manque d'explication sur le virus Zéro, sur ses origines et sa mise en sommeil. Avec ces précisions, l'histoire devenait effroyablement convaincante.