Les Lumières et le Monde : voyager, explorer, collectionner.

Audrey Le Roy - 25.06.2019

Livre - exploration découvertes explorateurs - cabinets de curiosité - voyager collectionner


HISTOIRE - « Le monde des Lumières est celui d’une Europe curieuse autant que conquérante, collectionneuse et narcissique, compulsive en tout, ogre naturaliste et dévoreuse d’antiquités. » Voilà qui introduit bien le livre que vient de publier chez Belin Pierre-Yves Beaurepaire, professeur d’histoire moderne à l’université Nice Sophia-Antipolis, et intitulé : Les Lumières et le Monde. Voyager, explorer, collectionner.
 

En étudiant les mondes anciens, en définissant l’esprit de collection, en explicitant les motivations des botanistes, astronomes et autres géographes et enfin en accompagnant les explorateurs du XVIIIe siècle à la découverte de terres inconnues, nous touchons du doigt la frénésie qui accompagnait le retour des inventeurs de trésors car il s’agissait bien alors d’objets, de plantes, d’animaux, etc., dignes de trésors.

Les sources n’ont pas manqué pour l’historien, entre les publications officielles faisant suite au retour des héros et de leurs trouvailles, les notes de voyages, les carnets de bord, les dessins et autres cartes, la difficulté est plus de faire le tri entre ce qui relève de l’exactitude scientifique et de ce qui relève de la rêverie et du fantasme.

Car même en ce XXIe siècle, comment ne pas laisser place à l’imagination quand on lit dans cet essai les vies et anecdotes de voyage de personnages tels que Bougainville, Michaux, James Cook, Buffon (qui ne voyageait pas), Banks et tant d’autres ?

Sans faire du film de Peter Weir, Master and Commander (2003), une fresque historique précise, celui-ci permet néanmoins de rendre compte d’un élément majeur : les naturalistes et plus largement les scientifiques qui partaient en expédition avaient rarement un navire affrété exclusivement pour eux, tous les botanistes n’avaient pas la chance d’embarquer sur l’ HMS Endeavour du capitaine Cook,  il fallait alors faire avec de nombreuses contraintes qui contraignaient nos chercheurs à n’être jamais en paix pour leurs découvertes, que cela soient les plantes, les animaux, voire les hommes, qu’ils souhaitaient ramener vivants ou des notes, dessins, données cartographiques… La vie des explorateurs n’est pas de tout repos et peu moururent tranquillement dans leur lit.

Ces explorations permirent la convergence entre l’archéologie, la géographie, l’histoire naturelle, etc., ce croisement de différentes disciplines permit, petit à petit, l’émergence de ce que nous appelons aujourd’hui l’ethnologie et l’anthropologie.

Malgré un contexte européen tendu, lié en grande partie à la situation politique de la France, la curiosité de la population – qu’elle soit anglaise, française ou d’ailleurs – pour les découvertes « exotiques » ne se démentit jamais. D’où une certaine course à la publication dès le retour sur terre afin de, certes, rendre compte, mais également bénéficier d’une certaine notoriété.

Un des sous-titres de chapitre de ce livre est « Tout un monde dans une coquille », tout est dit ou presque. Les cabinets de curiosités pullulent à l’exemple de celui qui est maintenant observable au Museum National d’histoire naturelle de Paris. Confectionné par le financier Joseph Bonnier de La Mosson, racheté par Buffon, il est, depuis 1979, classé monument historique.


Cabinet Bonnier de la Mosson, acquis par Buffon en 1744, installé plus tard dans le Cabinet du Jardin du Roi. Démontées en 1935, restaurées et installées définitivement à la bibliothèque centrale du Muséum en 1979.

<

>

 
 

Malgré les découvertes contemporaines, les explorations et collections du XVIIIe fascinent toujours et si au début la mise en scène des objets et/ou espèces de plantes et d’animaux exotiques était imaginée dans un but esthétique, « progressivement, [cette dimension] de la représentation s’efface au profit du caractère scientifique de la description. »
 
Invitations au(x) voyage(s) (Égypte, Polynésie, Océanie, Antarctique, …), cet ouvrage retrace finalement la genèse de l’éthologie et de l’anthropologie.
 
En définitive, « si les outils ont bien sûr beaucoup évolué depuis les voyages botaniques du XVIIIe siècle, les inquiétudes demeurent et sont exprimées en termes voisins ». Comme le rappelle l’auteur, la sixième extinction de masse annoncée démontre, hélas, la nécessité de cette « science des classifications » !

Passionnant de bout en bout, à lire !


Pierre-Yves Beaurepaire - Les Lumières et le monde : voyager, explorer, collectionner – Belin -  9782701194356 – 24 €


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Belin
Genre :
Total pages : 324
Traducteur :
ISBN : 9782701194356

Les lumières et le monde ; voyager, explorer, collectionner

de Pierre-Yves Beaurepaire

Il y a tout juste 250 ans, l'Endeavour, avec James Cook à son bord, se lançait dans l'exploration du Pacifique. Moins d'une décennie plus tard, débutaient les expéditions polaires. De ces voyages, qui allaient du Grand Océan aux sources du Nil, aventuriers, naturalistes et marins ne rapportèrent ni or ni pierres précieuses. Leurs trésors, bientôt exposés dans les collections privées ou les premiers musées publics, étaient d'un genre nouveau : vêtements, objets du quotidien, planches en couleurs révélant l'extraordinaire richesse d'une faune et d'une flore jusque-là inconnues, récits de premiers contacts avec des populations "autochtones".

J'achète ce livre grand format à 24 €