Les mains dans le ventre, Paul Fournel

Clément Solym - 21.04.2008

Livre - mains - ventre - Fournel


Ah, le théâtre ! L'appel de la rampe, le feu des planches... Ou bien l'inverse, à vrai dire je m'y perds un peu ces derniers temps. Alors certes, lire un texte conçu pour être joué, mis en scène et vécu, n'apporte pas la saveur du « spectacle vivant », appellation obscure et saugrenue à mon sens. Sauf que là où un metteur en scène peut faire tourner à la catastrophe un texte sympathique – et rarement l'inverse, pour le coup – le livre, lui, ne vous offre que la nudité de la pièce. Ce qui peut amplement suffire. D'ailleurs, au cas où certains seraient dubitatifs (voire précoces de jugement...) oui, on peut et même on doit lire une pièce dans sa version écrite. 

 

Ces quelques divagations passées, voyons de quoi il en retourne avec Les mains dans le ventre, suivie de Foyer Jardin. 


Laurent est marionnettiste de profession. Il vit avec sa femme Rose et sa fille Pierrette. Le théâtre de Guignol qu'il dirige ne fait guère de recettes, et ses attaques renouvelées contre le maire ne lui prodiguent assurément pas les bonnes grâces de l'administration. Situation complexe, d'autant plus que sa fille a entamé une crise d'adolescence aiguë, remettant en question les principes souverains de Guignol, tel que son père les envisage. 

 

S'ensuivent quelques péripéties amusantes et informelles, diverses représentations très politisées et une histoire d'amour entre Pierrette et Victor, l'apprenti de Laurent. Et quand la maréchaussée s'en mêle pour censurer Laurent, celui-ci brave l'autorité pour affirmer la liberté de son art. On le voit, et on le découvre, derrière les rideaux, la plage de la contestation... 

 

Dans Foyer jardin, la situation est toute autre. Des comédiens, en pleine représentation de quatre ou cinq pièces entrées dans le répertoire classique – et pas prêtes d'en sortir... — se retrouvent entre chacune de leurs apparitions pour dévoiler leurs angoisses, leurs doutes et finalement les tracasseries que le spectateur ne voit pas quand il est confortablement assis dans son siège et profite de la pièce. Ou alors, suit rigoureusement et à la lettre le texte de l'auteur, attendant le comédien imprudent au détour d'un trou de mémoire ou d'un remaniement intempestif de texte. 


Alors quid de ces deux pièces, lecteurs, mes semblables, mes frères, encore que pour le dernier point, ma mère ne m'ait rien dit ? 


Si la première exploite aisément le principe de théâtre dans le théâtre, qui vise à faire ressortir ce qui est joué, à l'intérieur de la pièce, comme le plus digne d'intérêt, le second explore bien plutôt les dessous de cet art, ce qu'on nommerait sans peine : les coulisses... 


Toutes deux sont très agréables. Lecture facile, pointes sarcastiques ou humoristiques bien dosées, des histoires brèves et sans éclat aveuglant, que les didascalies agrément d'éléments fort utiles. Mais entre nous, qui lit les didascalies, hormis les élèves de lettres et leurs professeurs ? 

 

Les mains dans le ventre possède cependant une dimension politique manifeste, permettant de lire en filigrane une critique dirigée contre les instances de notre beau plateau de fromages de pays en particulier ou contre l'autorité débilitante en général. C'est plaisant et bien fichu. Foyer jardin incarne plus un regard d'auteur porté sur une profession qu'il connaît ou du moins cerne bien, et qu'il soumet à son regard mi-cynique mi-paternaliste, pour un résultat tout aussi agréable. 


Reste que... sur scène... Je m'adresserais tout d'abord aux metteurs en scène potentiels. Si Foyer est relativement simple ou en donne l'impression, Les mains peut se révéler un brin moins attrayante. Mais après tout, ce n'est qu'une opinion. Excepté que le spectateur se divertira plus avec Foyer (à condition qu'il ait deux sous et demi de références théâtrales : le Cid, Tartuffe, Winnie (Oh les beaux jours) et Mary (La cantatrice chauve), pas vraiment la mer à boire). 

 

Mais l'une comme l'autre se lit aisément, et tout porte à croire que si l'une ou l'autre ou les deux se présentaient dans votre ville pour une série de représentations, il serait compliqué de rater leur réalisation. À découvrir et à ne pas rater, surtout.