Les matins de Bangalore : la fabrique de l'espoir

Cécile Pellerin - 24.11.2014

Livre - Inde - ville - société


Bangalore, dans le sud de l'Inde, déploie ses huit millions d'habitants, vibre et s'agite, s'affaire dans les vastes centres économiques et industriels comme dans les quartiers plus populaires, déborde de vie et de bruit, à toute heure.

 

D'un côté, Anand, le chef d'entreprise, rêve d'ouvrir son usine  de pièces détachées automobiles à l'international ; de l'autre, Kamala, veuve et analphabète, femme de chambre au service de Vidya, la femme d'Anand, veille sur son fils adolescent et loue un modeste logement dans un quartier pauvre de la ville convoité par des investisseurs immobiliers.

 

En souhaitant développer son entreprise, Anand devient la victime malheureuse d'un chantage financier de la part d'un riche homme puissant, ami des politiques et de son côté, Kamala, doit se battre pour éviter d'être expulsée de son logement et offrir à son fils un avenir "hors des rues".

 

Deux mondes parallèles dans lesquels le lecteur pénètre et découvre, de manière très visuelle et vivante, la société indienne contemporaine, son incroyable développement économique associé à la corruption, aux combines douteuses des plus influents et à une précarité difficile à contenir dans les nouveaux quartiers d'affaires, que certains d'ailleurs souhaiteraient voir reculer aux confins de la ville.

C'est dans cette ambiance colorée, bavarde et parfois exubérante que l'auteure a choisi de construire son récit, s'entoure d'une foule de personnages assez pittoresques, happés par la mondialisation, attirés par l'Occident mais encore imprégnés d'une culture hindouiste forte, archaïque sous certains aspects (notamment vis-à-vis des femmes), ballottés entre deux mondes, entre tradition et modernité.

 

A travers Kamala et son fils Narayan,  mais aussi Anand et sa femme Vidya, Pingu et Valmika, leurs enfants, Harry et Rubi  Chinappa, sa belle-famille, les amis, les collègues, les voisins, c'est tout un microcosme de la société indienne qui semble se présenter au lecteur, si  exhaustif qu'il en devient parfois excessif.

 

En effet,  tout y est ou presque, toutes les images, les idées que le lecteur se fait du mode de vie indien sont évoquées dans le roman (le zèle des employés d'Anand, l'image de la femme mondaine, ses caprices, les conflits incessants entre les femmes de ménage, la corruption et les dessous de table, les nouvelles forces politiques, les prières aux divinités, le poids de la famille, l'homosexualité, le harcèlement, l'éducation et l'entreprenariat pour s'insérer et remédier à un système défaillant, l'insalubrité des quartiers pauvres, les castes, l'américanisation du pays, le pragmatisme des habitants, la polygamie, les violences conjugales, les plats indiens typiques et savoureux, les embouteillages monstres, etc.), comme attendues, pressenties et si elles ne déçoivent pas, c'est l'impression de survol qui déroute, frustre un peu.

 

Le récit se prive alors d'intensité, d'une partie de sa réalité et de sa profondeur. En fait le lecteur, malgré les détails nombreux, ne s'immerge pas complètement dans l'histoire, reste à distance, comme détaché des événements, parfois ennuyé et regrette un peu que l'intrigue ne soit pas plus resserrée encore sur les deux personnages.

 

Tel un touriste, il assiste en spectateur à des  scènes exotiques et curieuses sans y prendre réellement part et ce n'est qu'au dernier tiers environ du récit, lorsque qu'Anand, embourbé dans une sale histoire de pots de vin, se rebelle et se libère, s'émancipe de sa belle-famille, qu'il commence soudainement à s'intéresser à cet homme mais regrette, à l'issue du livre,  que l'auteure ne soit pas allée au bout de cette transformation et ai laissé quelques intrigues inachevées.

 

Lavanya Sankaran a vécu à New-York avant de revenir vivre à Bangalore et c'est sans doute ce regard d'expatriée, "d'Indienne occidentalisée", désormais plus distancié  qui transparaît dans son ouvrage, et lui ôte une part de spontanéité sans pour autant lui ravir son charme oriental, assurément dépaysant et agréable à lire.


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