Les mille et une gaffes de l'ange gardien Ariel Auvinen : Divine plaisanterie, sur la terre comme au ciel.

Cécile Pellerin - 13.06.2014

Livre - Littérature finlandaise - Humour - Paradis


Avant de se réjouir du dernier roman d'Arto Paasilinna qui paraît en France, il est utile de lever l'agaçante ambigüité de l'éditeur à vouloir absolument le présenter sur son bandeau comme un livre nouveau et tant attendu : « Paasilinna, le grand retour ». Nouvellement traduit, peut être mais déjà vieux de plus de 10 ans en Finlande, écrit même avant les 10 femmes de l'industriel de Rauno Rämekorpi paru chez Denoël en 2009.


Cette petite mise au point établie, le lecteur peut se plonger sans risques et sans déconvenue dans cette histoire joyeuse et loufoque, savourer, comme à l'accoutumée, le style réjouissant et la bonne humeur de l'écrivain, s'esclaffer devant les gags à répétition de l'ange gardien, s'étonner aussi parfois du comportement étrange des Finlandais, approuver avec malice les propos existentiels des personnages, s'amuser des douces moqueries amères autour de la religion.


Sans jamais choquer ni provoquer, ce roman divertit, apporte de la jovialité au moment, ne demande ni effort de concentration (sauf peut être les noms propres finnois, toujours difficiles à prononcer), ni exigence particulière. Il suffit de vous laisser porter sur les ailes de l'ange, d'accepter l'invraisemblable et le farfelu, l'absurde et le cocasse pour parcourir, de manière assez délicieuse, fluide et sans obstacle les 200 pages de ce récit fort sympathique.


Ariel Auvinen est mort. Professeur de religion de son vivant, il souhaite désormais devenir ange gardien. Lors d'un séminaire de formation dans l'église de Kerimäki (« le ciel des chrétiens »),dirigé par saint Pierre, assisté de l'ange Gabriel, on lui attribue Aaro Korhonen, rentier respectable entre deux âges, célibataire, féru de livres, nouvellement propriétaire d'un appartement et d'un salon de thé à Helsinki. « Je viens d'acheter un petit salon de thé et un appartement agréable, dans le même immeuble. J'ai l'intention de me mettre à écrire, des livres et d'autres choses de ce genre. »


Carrément maladroit et incompétent dans sa nouvelle vocation, l'ange gardien a bien du mal à préserver Aaro des désastres et une série de catastrophes surviennent au protégé et à son entourage. Chaque nouveau chapitre est une nouvelle gaffe. A vouloir trop s'immiscer dans la vie d'Aaro, Ariel finit par la lui rendre insupportable et franchement périlleuse. Le bonheur tranquille n'est pas acquis pour les protagonistes mais le lecteur, lui, en profite et se marre. D'indélicatesses en mauvaises intentions involontaires à l'égard d'Aaro, Ariel risque sans cesse la vie de son protégé et demande assistance à Dieu.

 

 

 

Et quand le démon s'en mêle aussi, (« on m'a chargé de vous demander si vous ne voudriez pas changer de camp. ») il devient difficile pour Ariel de savoir à quel saint se vouer et comment revoir son programme de protection inadapté.


Si les gags se suivent page après page (d'accidents en commotions cérébrales et dégâts matériels), se succèdent même sans surprise et révèlent ainsi une construction assez attendue de la trame narrative et une fin prévisible, ils n'ôtent pourtant pas à l'ensemble un rythme alerte et entraînant, une tonalité joyeuse, un plaisir immédiat.


Et puis, c'est certain, l'organisation qui règne au ciel et les détails truculents, drôles et insolites sur les anges ou le démon finiront par vous convaincre du talent inusable de l'écrivain et (ou) des choix de traduction judicieux de l'éditeur.