Les morts à leur place ; Journal d'un tournage, Gregor Von Rezzori

Clément Solym - 23.11.2009

Livre - morts - place - journal


Gregor Von Rezzori, ami de longue date du réalisateur de Louis Malle, rapporte ici une aventure humaine hors du commun au Mexique, un tournage fascinant confrontant les ego. Viva Maria est un film particulier dans la filmographie de Malle. Caractérisé à la fois par sa légèreté de ton, mais qui traite d’un sujet sérieux – celui de la révolution dans un pays imaginaire du continent sud-américain, il met en scène deux jeunes artistes du Music Hall quiv ont s’éprendre d’un même homme, à savoir un jeune leader révolutionnaire et vont reprendre son oeuvre à sa mort chacune à leur façon.

Dans un premier temps, l’intérêt de ce témoignage repose sur la rivalité posée d’emblée entre les deux actrices principales présentées comme diamétralement opposées l’une à l’autre.

Le match est annoncé : Brigitte Bardot vs. Jeanne Moreau. Voici une histoire qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. C’est d’ailleurs dans ce cadre que Von Rezzori avoue lui-même rapidement son incapacité à se situer parfois objectivement dans le rapport des faits dans lesquels il est lui-même parti pris. Il montre dans ce cadre son appartenance au tournage, mais de l’autre côté, il est aussi interpellé, mettant de ce fait sa neutralité et ses affects en péril.

Il en ressort de cette atmosphère, par ailleurs, un rapport particulier au temps. « On est partout et nulle part où l’on croit être, pas même au Mexique (que l’on s’était imaginé très mexicain ». Dans un pays où l’on prend son temps pour prendre la mesure de toute chose, à disposition d’un réalisateur exigeant et surtout à l’écoute de deux monstres du cinéma. Une pointe de surréalisme et de fantaisie à y ajouter: la Moreau, la Bardot, Luis Bunuel, Pierre Cardin, une cour de jouvenceaux,

Louis Malle et une pléiade de personnages hauts en couleur et plus fantasmagoriques les uns que les autres. Surréaliste, c’est bien le mot. Le film à peine commencé, les plus folles rumeurs et autres terribles tensions s’installent sur les plateaux autour des deux étoiles. S’y ajoutent les excès d’une presse française et internationale, une coproduction franco-américaine exigeante et des caprices de stars.

Bardot et Malle

À côté de ce témoignage d’un quotidien de mise en scène et de jeu d’acteurs, il s’agit également d’un carnet de voyage livré par un Européen sur le Mexique. La description d’un quotidien qui n’existe plus et qui était déjà en perdition à l’époque enrichit grandement le journal. Il faut également parler des rencontres improbables, un certain côté exotique certes, mais l’expérience cinématographique s’y superposant. On nous livre une version satyrique et sarcastique d’un groupe de personnes qui n’ont rien à voir ensemble, mais pourtant réunies autour d’un projet commun qui contraste avec l’environnement global…

 

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