Les naufragés de l'île de Tromelin : l'île des oubliés

Mimiche - 03.03.2017

Livre - Littérature française - esclavage - histoire vraie


Ce livre raconte une histoire vraie. Bouleversante. Fondatrice.

 

1760. Construit à Bayonne, l’Utile, un bateau de la Compagnie des Indes appareille pour les îles de France et Bourbon sous le commandement du capitaine Lafargue avec 140 hommes à bord.

 

En totale désobéissance aux consignes de la Compagnie qui interdit la traite négrière sur ses bateaux - au demeurant pas conçus à cet effet - le capitaine fait un crochet par Madagascar pour y embarquer 160 esclaves malgaches. Une perspective de fortune rapide lors de leur vente à Bourbon en profitant de quelques complicités.

 

Mais dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se fracasse sur les récifs coralliens de l’îlot des Sables comme le craignait le second, Castellan. Depuis quelques jours, il bataillait avec Lafargue, opposés qu’ils étaient par la lecture et l’interprétation de deux cartes marines contradictoire.

 

Seulement 220 Noirs et Blancs parviendront à trouver refuge sur ce morceau de terre de seulement un kilomètre carré, le toit d’un volcan émergeant de seulement sept mètres au dessus du niveau de l’océan que seules les nuées d’oiseaux avaient jusqu’alors signalé aux marins qui, de peur, viraient de bord à l’approche des énormes déferlantes qui brouillent la vision lointaine de l’îlot.

 

Un refuge hostile, battu par les vents, les tempêtes et les ouragans, accablé par le soleil et la chaleur torride !

 

L’impératif immédiat : rationner les vivres et surtout l’eau puis tenter de mettre à jour un puits dans une de ces zones où la végétation semble plus verte.

 

Sous la direction de Castellan qui a pris le relais d’un Lafargue défait, rendu fou par le naufrage, les hommes tentent d’organiser leur survie : les Blancs d’un côté et les Noirs rejetés de l’autre. Ces derniers ne profiteront pas des réserves d’eau que l’Utile a vomies de ses entrailles ouvertes et seront les premiers à mourir.

 

Quand, à force d’un labeur acharné, à coups de pioche et de pelle dans la dure coque corallienne de l’îlot, une nappe d’eau saumâtre sera enfin mise à jour, les perspectives de survie immédiate s’amélioreront. Les oiseaux, leurs œufs et les tortues, payant un lourd tribu à cette intrusion, complèteront les tonneaux de riz, ou de farine rendus par les courants marins aux naufragés.

 

Alors Castellan peut s’attaquer à la construction d’un nouveau bateau, une simple prame, pour envisager de quitter l’île en récupérant tout ce que l’Utile peut encore livrer d’utilisable. Bois, mâts, planches, clous, débris de toutes sortes, cordages, voiles vont être réutilisés pour construire cette seule planche de salut susceptible de les ramener vers la civilisation.

 

Seulement une vingtaine de Blancs vont participer à l’effort ainsi que de nombreux Noirs.

 

Mais quand la prame reçoit son nom de baptême, la Providence, il est aussitôt très clair que seuls les Blancs y trouveront une place à bord faute pour Castellan d’avoir pu récupérer assez de matériaux pour construire plus grand et embarquer tous les rescapés.

 

Le 27 septembre, la Providence abandonne l’île et les 80 Esclaves Noirs auxquels Castellan jure qu’ils reviendront les chercher avant que les vivres qu’il leur laisse pour trois mois soient épuisés.

 

Ce n’est  pourtant que 15 longues années plus tard, le 29 novembre 1776, que Jacques Marie de Tromelin récupérera sept femmes et un nourrisson sur l’ilot.

 

 

Ce livre, comme la BD de Savoia, Les esclaves oubliés de l'île de Tromelin qui a été tirée de cet épisode tragique et des fouilles réalisées sur l’île, est le récit romancé de cette tragédie qui a ainsi vu périr nombre de marins et de malgaches.

 

Mais c’est aussi le récit d’un commencement.

 

Celui de la prise de conscience d’une proximité humaine qui va contribuer à faire avancer les idées nouvelles jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1792, quand les rescapés, et surtout Castellan, remueront ciel et terre pour tenter d’aller sauver ceux qu’ils ont abandonnés et qui, eux, n’avaient pas failli à apporter leur contribution à la construction de la prame salvatrice des seuls Blancs.

 

 

J’ai découvert au Musée d’Aquitaine, à Bordeaux, l’exposition itinérante qui présente depuis 2015 en France et Outre Mer, les découvertes archéologiques issues de fouilles réalisées par des équipes de l’INRAP entre 2006 et 2013 sur l’île, tentant de mettre à jour tout ce que les rescapés abandonnés ont réussi à mettre en œuvre pour assurer les conditions de leur survie.

 

Tous les sentiments se mélangent tout au long de la visite : de l’incrédulité quant à l’immensité du hasard qui a fait se rencontrer ; par une nuit sans lune, un bateau microscopique et une île minuscule au milieu d’un océan gigantesque, de l’admiration devant la ténacité de ces hommes et de ces femmes, de la honte face à la ségrégation et l’esclavage, de l’empathie et de la compassion devant les seules rescapées ramenées de l’île par le bateau de Tromelin.

 

 

Rarement tous les ingrédients se combinent pour atteindre ce niveau d’interpénétration d’un ouvrage, d’une histoire, d’un moment historique fort

 

Je vous souhaite de les vivre aussi intensément que moi.


Pour approfondir

Editeur : Michel Lafon
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782749909905

Les naufrages de l'île Tromelin

de Irène Frain(Auteur)

1761. Un navire français s'échoue sur une île. A son bord, cent soixante esclaves. Les marins refusent d'aider un officier à construire une chaloupe. Ce sont les esclaves qui la fabriquent. Mais au moment du départ, ils ne sont pas embarqués. Quinze ans plus tard, apprenant ce forfait, des hommes viennent secourir les huit derniers survivants. Grand prix Palatine du roman historique 2009.

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