Les noces de Mantoue, Marie Cosnay

Clément Solym - 22.06.2009

Livre - noces - Mantoue - Marie


Un martèlement lointain de sabots, des bruissements de feuilles mortes, une silhouette aux cœurs des pins. Qui est cette femme qui traverse les Alpes à cheval, et que les gens de la région appellent « la Ménade » ? Personne ne le sait. Exceptée Marie Cosnay... À l’image de son personnage, elle devient une Shéhérazade des temps Modernes et nous murmure l’histoire de cette amazone.

 

L’inconnue surgit des montagnes. Elle rejoint Rémi, un homme qui vit au palais de Te, et trouve refuge chez lui. Ses longs cheveux sentent le pin, ses vêtements sont en lambeaux. Pendant sept jours et sept nuits, elle va lui narrer d'incroyables histoires, morcelées et bien souvent inachevées. C’est la genèse de contes insensés où la jeune femme dit avoir vu un homme sans tête.

Le matin du huitième jour, elle disparaît. Rémi reprend ses esprits et sa vie. C’est sans compter l’arrivée d’un commissaire. Une dépouille décapitée vient d’être retrouvée. La jeune femme est soupçonnée. Elle, de son coté, continue d’errer dans les montagnes. D’autres victimes seront découvertes, toutes auront croisé son chemin.

 

Bien qu'il suive pendant un certain temps le canevas d’une trame policière, le roman s’en affranchit finalement. Il y a bien quelques pistes pour ancrer l’histoire dans un univers concret, mais la fantasmagorie et l’onirisme sont l’essence même de ce récit éclaté et discontinu. La prose se brise, la ponctuation s’encanaille, et les mots font la noce.

 

Ce personnage énigmatique, dont on ne connaîtra jamais le nom, est insaisissable. D’un côté, c’est « elle » qui conte, qui se raconte dans un flot de mots incessant. De l’autre, elle incarne l’évanescence, ce personnage embrumé, que ceux qu’elle a pu rencontrer n’arrivent pas à cerner. Finalement, de l’intérieur comme de l’extérieur, l’inconnue reste enveloppée d’un manteau de secrets avortés.

 

Cette femme étrange, use et abuse du vin, fuit, erre et sans cesse retourne vers les montagnes. Parler pour exister, parler pour trouver son identité. C’est la découverte d’un au-delà personnel, une recherche de la psyché, quitte à découvrir qu’au bout de la route, c’est la solitude qui l’attend.

 

Ce texte rue dans la prose traditionnelle. Place au galop d’images oniriques, d’associations sauvages et incongrues, le tout porté par une syntaxe fougueuse. Mais, si le texte respire, halète… il s’essouffle aussi. Découragé par ce foisonnement verbeux et confus, on laisse, non sans regret, la Ménade s’éloigner ; et c’est bien dommage pour nous, qui restons finalement sur le bas-côté.


 

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