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Les pages roses, de Teodoro Gilabert

Clément Solym - 25.09.2008

Livre - pages - roses - Teodoro


Les années 70, Paris, le Quartier Latin… souvenirs d’une époque pour un professeur probablement désenchanté. Les éternelles citations des pages roses du Petit Larousse illustrent l’itinéraire d’une jeunesse, de Alea jacta est (Le sort en est jeté) à Vedi Napoli, e poi muori ! (Vois Naples, et meurs !).

Professeur de lettres classiques, le narrateur a vu naître sa vocation dans la lecture des pages qui divisent le fameux dictionnaire entre noms communs et noms propres.

Qui donc, passé l’enfance, a jamais relu ces lignes ? Généralement, l’adulte, en quête d’une explication, ne trouve jamais la traduction recherchée. Ce même adulte se souvient parfois de sa fascination d’enfant pour ces citations, essentiellement latines. Le texte original restant, le plus souvent pour un petit, tout aussi obscur après traduction. Mais la magie des souvenirs d’enfance est là, dans cette première approche de la poésie et de la littérature..., un dimanche après-midi d’ennui, dans une famille pauvre en livres.

Le narrateur (on ne connaît pas son nom) devient professeur, plus par faiblesse que par choix. Son enfance, dans un milieu modeste du 5e arrondissement, a été marquée par ce quartier imprégné de culture.

Lycée Fénelon, Sorbonne, Capes, lycée Henri IV, collège d’Aulnay-sous-Bois, agrégation, nomination à Nantes : un parcours classique de professeur éternellement adolescent. Il vit dans la nostalgie des années passées au lycée, dans les classes de latin-grec essentiellement peuplées de jolies jeunes filles. « Et si les humanités rendaient les filles belles ? Le sport fait bien grandir ! » La vie était facile, il suffisait de travailler assez pour être aimé.

Puis le temps de la révolte est venu, il a fallu renoncer au vieux monde latin pour entrer dans la modernité : le cinéma de Jean-Luc Godard.

L’acte fondateur de la rupture est un moment précis, à Naples, dans le voyage de fin d’études de l’année de licence. Contre tous, les professeurs, les étudiants et sa fiancée, il refuse la visite organisée de la Villa Tibère pour partir à la recherche de la Casa Malaparte, autrement dit la villa du Mépris de Godard.

« Pourquoi est-ce que tu ne m’aimes plus ? C’est la vie ! Pourquoi est-ce que tu me méprises ? Je ne te le dirai jamais, même si je devais mourir. » : les mots éternels, d’une banalité absolue, rendus sublimes par le génie du cinéaste. La lumière de la villa écrasée de chaleur, la sensualité des corps dans l’été, Capri, l’étrange maison rose…

Des rêves d’avenir pour le jeune étudiant !

Il y a dans ce livre une jolie naïveté. On imagine le parcours du héros assez proche de celui de l’auteur, un enseignant nostalgique d’un monde fini.

Aujourd’hui Jean-Luc Godard rejoint le latin-grec dans l’éternité de la culture, et le marketing s’empare des icônes révoltées. La photo de Che Guevara rend fashion le moindre « petit pull », Jane Seberg dans Pierrot le Fou incarne régulièrement la dernière tendance de la planète mode… Mais au fait, monsieur le professeur, que signifie ASICS sur vos chaussures de jogging ?


Retrouvez Les pages roses, sur Place des libraires,



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