Les perdants magnifiques, histoires du Vieux Monsieur à la lumière du feu

Mimiche - 09.05.2019

Livre - Leonard Cohen ecrivain - Les perdants magnifiques - Leonard Cohen écriture


ROMAN ÉTRANGER - Leonard Cohen sera toujours, pour moi, le poète de Lady Midnight, de Suzanne, de Sisters of Mercy, l'amoureux de I'm Your Man, de Winter Lady, de Hey, That's No Way To Say Goodbye, le barde de Take This Waltz, le créateur du merveilleux Hallelujah, le vieux Monsieur smart et séducteur de Born In Chains ou de My Oh My, le chanteur qui aura bercé mon adolescence, et dont les chansons m'auront toujours ramené à ces soirées où je prenais la guitare pour accompagner une Marianne enthousiaste.
 


 
Quelle ne fut pas ma surprise, en parcourant les rayons de ma librairie, de voir exposés plusieurs ouvrages romanesques de celui dont je n'avais jamais imaginé l'écriture occupée à construire autre chose que des textes tendres mais courts, sur des mélodies souvent tristes ou, au moins, mélancoliques. Des textes brefs destinés à être écoutés ou chantés. Pas un roman à lire.
 
Alors j'ai jeté mon dévolu, au hasard, sur Les perdants magnifiques.
 
Et je suis entré dans un univers que je ne soupçonnais pas. Un univers encore émaillé de la même poésie que celle des chansons mais secouant toutes mes certitudes et dissolvant l'image iconique que Leonard Cohen s'est construite dans mon imaginaire.
 
Dire que j'ai été dérouté est un euphémisme.
 
Derrière l'histoire d'un homme qui pleure un ami disparu, comme a disparu la femme qui a été la sienne et qui s'est partagée entre eux deux, se dessine une quête du pourquoi de toutes choses ? De la mort. Du sexe. Des religions. Des relations humaines. Des dangers de la drogue. De l'inanité de la vie.
 
Et puis, comme une sorte de fil rouge, une référence régulière, et de plus en plus détaillée au fil des pages, à la vie d'une jeune femme indienne née au milieu du XVIIe siècle sur les bords de la rivière Mohawk, dans ce qui deviendra, aujourd'hui, l'état de New York et qui était encore territoire d'influence française en Amérique du Nord. Baptisée par les jésuites après sa conversion et canonisée par Benoît XVI des siècles plus tard, Catherine Tekakwitha vient ainsi ponctuer, par des épisodes de sa vie, un récit qui fait, ailleurs, la part belle aux relations difficiles d'un ménage à trois dont l'issue tragique mortifie le narrateur.
 
C'est l'occasion, pour Leonard Cohen, de se laisser dériver dans une écriture qui mélange expérimentation scripturale et évasions narcotiques, entre avalanche de mots et délires des sens, entre passé pluriel et futur solitaire, entre histoires personnelles et Histoire.
 
La mélancolie, toujours. L'absence et le poids qu'elle fait porter à celui qui la subit. Les difficultés du bonheur assombri par des souvenirs. La culpabilité (?) persistante face à l'évangélisation des autochtones et l'effacement progressif de leurs cultures puis l'effacement des colonisateurs par d'autres, plus envahissants et radicaux encore.
 
Je n'aurai jamais imaginé (je n'ai jamais lu ou entendu) Léonard Cohen en chantre d'une « cheminée d'aération au coin du continent » Nord-Américain.
 
Je n'aurai jamais imaginé (je n'ai jamais lu ou entendu) Leonard Cohen en accusateur virulent d'une « Église Catholique Romaine de Québec » chargée d'une infinité de maux divers, personnels ou d'envergure plus universelle.
 
En revanche, la voix rugueuse, grave, éraillée des derniers tours de piste de l'artiste n'a jamais cessé de chanter dans ma tête, page après page, comme si, des années après l’avoir écrite, le Vieux Monsieur me racontait son histoire autour d'un feu de camp. Une histoire remontée des limbes, mélangeant espoirs et souvenirs douloureux sans pour autant que le vague à l’âme ne devienne jamais tristesse.

Leonard Cohen – Les perdants magnifiques – traduit par Michel Doury – Éditions Christian Bourgois – 9782267031294 – 10 €


Commentaires
Merci pour ce rappel (l'occasion de redécouvrir et relire, dans l'édition 1972 !). Un oubli dans la présentation: le poème( chanté) de Léonard : "Joane of Arc". Je préférais la couverture ancienne du livre, montrant le chanteur sur fond orange. Et sur fond marron : "The favorite game".
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Pour approfondir

Editeur : Christian Bourgois
Genre :
Total pages : 302
Traducteur :
ISBN : 9782267031294

Les perdants magnifiques

de Leonard Cohen(Auteur)

Le narrateur est obsédé par le souvenir de sa femme Edith, suicidée dans une cage d'ascenseur, et tyrannisé par l'amant de cette dernière, le mystérieux et méphistophélique F. Le narrateur tente de conjurer ses obsessions par l'invocation, de plus en plus scabreuse au fil des pages, de la première sainte indienne du Canada, l'Iroquoise Catherine Tekakwitha, convertie par les Jésuites au XVII e siècle, si bien que le livre se déploie dans plusieurs directions - récit bourgeois d'un ménage à trois, biographie romancée d'une sainte historique, considérations hallucinées sur la drogue, Dieu, la culture pop, la guerre d'Espagne, les orgies et les Juifs, bref, l'univers de Cohen -, le cadre romanesque explosant à mesure, en poèmes, sketchs, dialogues, prières.

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