Les poteaux étaient carrés : le terrain de l'adolescence

Béatrice Courau - 23.08.2018

Livre - Poteaux carrés Seyer - Roman football enfance - Finitude Rentrée littéraire


ROMAN FRANCOPHONE - 12 mai 1976, Hampden Park. Dans le mythique stade de Glasgow, le Bayern de Munich affronte l’A.S. St Etienne en finale de la Coupe d’Europe. Un premier roman singulier, qui nous fait oublier que nous en connaissons l'issue. Le football comme métaphore de l'adolescence. 


 

« Nicolas est devant la télé, comme toute sa famille, comme ses copains du collège, comme la France entière. Mais pour lui c’est bien plus qu’un match. Cette équipe de Saint-Étienne est devenue sa vraie famille. Depuis le départ de sa mère, depuis qu’il est le seul fils de divorcés de sa classe, depuis que son père vit avec cette trop séduisante Virginie, il n’en a plus d’autre. Alors il retient son souffle quand les joueurs entrent sur le terrain. C’est sûr, ce soir, ils vont gagner. »

 

Nicolas a treize ans, aux portes de l’enfance et de ses obsessions, à l’orée des drames de l’adolescence.

 

Le soir où sa mère avait quitté son père, personnage falot et pleutre, il avait comblé le vide dès qu’il était apparu : c’était le soir des huitièmes de finale, et la petite radio qu’elle lui avait laissé en guise de souvenir lui avait procuré une émotion aussi grande et vertigineuse que celle laissée par le départ de sa mère.

 

« Même papa m’en fit le reproche. Comme si essuyer mes larmes d’enfant lui manquait pour retrouver sa contenance d’adulte. Il n’a pas compris que j’avais simplement fait comme lui. J’avais remplacé maman. J’ai comblé le vide immédiatement, dès qu’il est apparu. Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi, je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football, les Verts de Saint Etienne, Lasse. Cela s’est fait instantanément, sans que j’aie eu à y penser, le soir du match contre Split. Par instinct de survie. C’est pour cette raison que je n’ai pas pleuré. J’étais triste bien sûr, mais j’ai camouflé ma tristesse sour la joie de ce nouvel amour. »

 

Et ce soir là, le soir du roman, le soir de la fameuse finale, deux tragédies vont se nouer : l’une sur l’écran de la télévision, où la tension dramatique de cet épisode sportif vaut bien un Shakespeare ou un Racine, l’autre sur la canapé familial, en compagnie de son père, ( « et pourtant il est pour moi le Grand Inconnu. Rien chez David Laroche ne m’est familier. Il ne comprend pas le football et je n’ai aucune idée de ce qui peut l’émouvoir, à part le mouvement des jambes de Virginie sous ses jupes trop courtes, ce qui n’est certes pas le plus facile à partager avec son fils de treize ans. J’ai grandi en m’habituant à ne rien attendre de mon père » ), de sa nouvelle belle-mère, sa « fausse-doche », et son nouveau geignard et insupportable demi-frère, autrement appelé  « ContreMonGré ».

 

« Je m’appelle Nicolas Laroche.

Je suis né à Glasgow, le 12 mai 1976.

J’avais treize ans et demi »

 

La construction de ce court et vif premier roman, remarquable et maîtrisé, suit la trame et le rythme de la rencontre, parvenant à instaurer un suspens alors même que nous connaissons le résultat de ce match devenu mythique.
 

 

 

Les poteaux étaient carrés - Laurent Seyer - #editionfinitude 12 mai 1976, le Bayern affronte St Etienne en finale de la Coupe d'Europe. Les devenus mythiques Larqué, Rocheteau, Beckenbauer. Devant eux, Nicolas, treize ans et demi. C'est sa vie qui se joue ce soir-là. Ce soir-là, deux drames vont se jouer, l'un dans le stade, l'autre sur le canapé familial. Le temps du match, les passions et les drames d'une enfance. Singulier, et formidablement efficace. Et je vous épargne les métaphores footballistiques. #premierroman #football #LesVerts #passion #enfance #adolescence #rentreelitteraire #rentreelitteraire2018 #RL2018 #instabook #bookstagram #ContreMonGre #faussedoche #lire #reading pour @actualitte

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Peu importe que l'on aime le football : entre la tendresse pour l'enfant qu'il a été, la mélancolie profonde qui se dégage de ce texte, et le suspens narratif de ces deux drames qui se jouent en 90 minutes, Laurent Seyer parvient à convaincre le lecteur qu'il vient d'assister à un moment décisif.
 

[Extraits] Les poteaux étaient carrés de Seyer Laurent


D’esquives en tentatives de toucher au but, cherchant partenaire ou déjouant adversaire, le temps de la rencontre sera suffisant autant que nécessaire pour peindre ce portrait subtil, vif et puissant de l’enfance et de l’adolescence, de ses gouffres, de ses envolées et de ses passions démesurées. Et de sa tristesse parfois à jamais inconsolable.



Laurent Seyer - Les poteaux étaient carrés - Editions Finitude - 9782363390974 - 15 €

 

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Pour approfondir

Editeur : Finitude
Genre :
Total pages : 144
Traducteur :
ISBN : 9782363390974

Les poteaux étaient carrés

de Laurent Seyer

Mai 1976, l’épopée des Verts enflamme la France. Ce soir, Saint-Etienne rencontre le Bayern de Munich en finale de Coupe d’Europe. Nicolas a treize ans et depuis que sa mère est partie, c’est son amour du foot et de Saint-Etienne qui l’aide à supporter son quotidien de collégien, un père médiocre, une belle-mère écervelée et son fils abruti. Quand les Verts perdent le match (par deux fois les poteaux carrés ont empêché le ballon de rentrer) le monde de Nicolas s’effondre. Laurent Seyer mêle avec subtilité le déroulé de ce match de légende avec les souvenirs et les réflexions de Nicolas. Durant ces 90 mn, se dévoile un adolescent marqué par l’indifférence de son père et ayant remplacé la chaleur d’une famille par une passion pour le foot. Mais quand celle-ci vous déçoit, que reste-t-il ? Malgré une carrière qui le mène aux quatre coins du monde, Laurent Seyer est toujours resté fidèle aux deux passions qui ont construit son adolescence : la littérature et le football. À plus de 50 ans, il fréquente les stades avec assiduité et, lui qui a toujours écrit, s’est enfin décidé à envoyer son premier roman à un éditeur.

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