Les premiers émois de Madame Bovary dans le manuscrit originel

Victor De Sepausy - 14.03.2016

Livre - Madame - Bovary - manuscrit


Une nouvelle fois les éditions des Saints Pères, spécialisées dans la publication de fac-similés de chefs-d’œuvre, s’attaquent à un monument de la littérature. Après Les Fleurs du mal, Voyage au bout de la nuit, ou encore Alice au pays des merveilles, c’est au tour de Madame Bovary de faire son entrée dans cette superbe collection.

 

S’offrant dans une livrée rouge et or, ce coffret renferme le fac-similé du manuscrit du plus célèbre roman de Gustave Flaubert. Tout d’abord publié en feuilleton à la fin de 1856 dans le journal La Revue de Paris, l’ouvrage est ensuite paru chez l’éditeur Michel Lévy.0

 

Cependant, entre temps, Flaubert a essuyé un procès pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». S’il l’emporte devant la justice, aux côtés du gérant de La Revue du Paris, cela assure aussi une publicité au roman qui connut rapidement un important succès.

 

 

 

Ce très beau livre publié par Les Saints Pères saura séduire les amoureux de cette œuvre qui a nécessité pour l’écrivain un pharaonique travail de préparation, occasionnant l’écriture de 4456 pages pour n’en retenir finalement que 470.

 

Entre juin 1851 et avril 1856, Flaubert s’est épuisé à la tâche pour venir à bout de son roman. Depuis les années 2000 et à l’appui d’un travail de fourmi réalisé par la bibliothèque de Rouen et le Centre Flaubert de l’université de Rouen, tous les brouillons de l’écrivain sont immédiatement accessibles sur le site de l’atelier Bovary.

 

Mais pour les amoureux de l’écrivain, posséder dans sa bibliothèque une copie de très belle facture relève désormais d’une réalité accessible. L’ouvrage est cependant proposé au prix de 189 € (édition numérotée, L 25 cm, H 35 cm, 4,2 kilos), ce qui pourra en décourager certains.

 

Édité en France, par l’Imprimerie de Champagne, ce beau livre est assorti d’une courte préface signée par Jacques Webert, le comédien nous comptant ses premiers pas dans Madame Bovary, un roman qui commence par la scène d’exclusion de Charles Bovary, nouvel élève accueilli par les moqueries de ses camarades.

 

Peu à même de décoder les codes du groupe dans lequel il va devoir s’insérer, le jeune Charles dénote déjà par sa piètre compréhension de la psychologie humaine. S’en suit, entre autres, la fameuse description de la casquette impossible de Charles, une casquette aussi improbable qu’encombrante.

 

Gardons à l’esprit que jusqu’au bout Flaubert retravailla les moindres mots de son chef-d’œuvre, retouchant la première phrase juste avant la publication de son roman : « Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. »

 

On pouvait lire avant dans le manuscrit : « Une heure et demie venaient de sonner à l’horloger du collège quand le Proviseur entra dans l’étude, suivi d’un nouveau… ». Mais ce n’est là qu’une des versions successives de la phrase d’attaque redessinée jusqu’au bout par l’écrivain.

 

Voilà un ouvrage de la plus belle facture qui fera le bonheur des passionnés de l’œuvre de Flaubert. Avoir ainsi en main ce manuscrit, s’amuser à déceler les variantes, à lire ce qui se cache sous les ratures, à l’ouvrir sur une page choisie au hasard, c’est un plaisir qui n’a pas de prix !

 

Ce manuscrit est publié à partir du 15 mars 2016. Cette édition fera l’objet de deux tirages. Le premier, à couverture rouge, est limité à 1000 exemplaires numérotés. Un second tirage de 1000 exemplaires, à reliure ivoire, non numéroté, sera édité ultérieurement. Chaque livre est assemblé par les ateliers Babouot, à Lagny (France).