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Les Rois barbares, de François Thibaux : ne pas aimer Florence ?

Auteur invité - 19.07.2017

Livre - Florence voyage Italie - rois barbares François Thibaux - histoire Italie périple


On peut louer la subtilité d’une écriture, son pouvoir évocateur, son style jubilatoire, incantatoire. Mais la force d’une écriture, c’est plus rare. Celle de l’Axonais François Thibaux — il réside aujourd’hui près de Soissons — recèle ce pouvoir précieux.




 

Elle est forte comme on pourrait le dire d’une eau, d’une liqueur, d’un alcool distillé aux alambics d’antan, de cette France d’avant qu’on a aimée si fort qu’elle a fini par prendre peur et s’est fait la malle. François Thibaux n’est pas ce qu’il est convenu d’appeler un jeune perdreau des Lettres.

Loué par la critique, il s’est vu attribuer le prix Paul-Léautaud 1997 pour Notre-Dame des Ombres (le Cherche Midi) et le Prix Joseph Delteil 2000 pour Le Guerrier Nu (Denoël). 
 

Avec Les Rois barbares, son présent recueil de nouvelles, il nous donne encore le meilleur de lui-même. On sombre sous le charme obscur et ombrageux de la première, « Gel », magistralement poétique, baroque et brutale ; elle balance avec un malin plaisir, telle une araignée de jardin, sournoise et imprévisible, sur son fil, entre les horreurs de la société capitaliste d’aujourd’hui et les lointaines froidures du Moyen Âge.

On y parle d’un Christ sur la croix, le visage dévoré par la mousse, amputé d’un bras, le tout « témoigne d’une civilisation engloutie ». Il y a là les mélancolies irréconciliables d’Yves Gibeau, cet autre et regretté Axonais, et les hallucinations altières de Georges Bernanos. 


Les autres nouvelles vous prennent tout autant à la gorge et vous font vaciller l’âme. Dans l’une, il est question, par exemple, de la belle Florence Valsery, couturière du village.

Le narrateur nourrit un amour fou à son endroit : « Quand je pense à elle, de l’aurore au crépuscule et de la nuit à l’aube, je tremble. Mes jambes flageolent chaque fois que je la croise ou que je l’aperçois de dos le long des chemins, très loin, avec sa peau très blanche qui donne envie de mordre [...] »

Comment ne pas aimer Florence quand on lit François Thibaux ? 

 

Philippe Lacoche 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais


Les Rois Barbares — François Thibaux — Editions du labyrinthe – 9782918397151 – 15 €