Les stratégies absurdes, Maya Beauvallet

Clément Solym - 24.04.2009

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Envie de se détendre en temps de crise ? Pourquoi pas avec cette petite étude de prime abord plutôt sympathique et qui fait sourire. Il s’agit de suivre les entreprises et leurs différentes tentatives, parfois franchement ridicules, de mettre en place des stratégies dites « organisationnelles » en vue de rationaliser nos structures, et ce, à tous les niveaux de la société : écoles, entreprises, hôpitaux, et j’en passe… Attention cependant, l’enfer est pavé de bonnes intentions ! En clair, résumons : comment faire mieux tout en faisant pire, une véritable logique de l’absurde donc.

Pascal avait l’habitude de dire qu’« on a coutume de dire que la vie est dure, moi j’me bats pour le futur, quelle aventure ». Je m’égare… allons donc, absurde donc disais je. Notre philosophe national a eu donc l’occasion de dire « l’homme n’est ni Dieu ni diable, mais le malheur veut que qui veut faire l’ange fait bien souvent la bête ». Globalement, Pascal veut dire que derrière les bonnes attentions se cachent bien souvent des effets non désirés, rétroactifs en somme… des conséquences non prévues qui rendent les choses encore plus difficiles et compliquées.
 

Derrière les stratégies compliquées et sans vraiment de sens pour les salariés, on retrouve des principes soi-disant scientifiques qui existent parce que quelqu’un de très intelligent (paraît-il) a décidé que – pour le bien commun, bien sûr - l’organisation devait être revue pour telle ou telle raison. Comprendre « branlette intellectuelle » au final. C’est l’obsession de tout normer, de tout cadrer et de tout hiérarchiser. C’est là qu’il faut introduire les fameux indicateurs de performance qui veulent tout et ne rien dire dans le même temps : des logiques théoriques qui n’ont aucune signification si on ne prend pas en compte les logiques individuelles.
 

Pour être clair, il s’agit d’une logique de l’attrait ; fais ceci et je te donnerai cela (la logique du bâton et de la carotte donc). On se rend compte dans les faits que ces prétendues logiques mènent à des conclusions plus ou moins irrationnelles. Si le but affiché est de rendre davantage les collaborateurs compétitifs, cela fonctionne effectivement… mais à l’intérieur de la structure même : la compétition entre collaborateurs, on imagine l’ambiance dès lors.
 

Prenons l’étude dans sa globalité. On s’attend à un report satirique des incentives et autres formidables idées mises en place par nos fameux think tanks au sein de nos entreprises. Pas vraiment. Il s’agit avant tout d’une étude que l’on peut qualifier à raison de moraliste par certains côtés.

Pour exemple : dans une entreprise lambda, pour plus de rationalité/performance/interaction entre les individus (peu importe le but finalement), on s’aperçoit que généralement c’est la logique du chacun pour soi qui l’emporte. Et là attention, c’est très très mal ! Mais la logique humaine n’est-elle pas de prime abord égoïste ? Chacun va agir en fonction de ses intérêts premiers, de ses avantages et de ses contraintes. Mettre en place des mesures en partant du postulat que tout à chacun est similaire est tout simplement ridicule. Qui voudrait d’un monde parfait, d’un monde de clones ?
 

La douzaine de cas décrits concernent essentiellement le milieu de l’entreprise : une véritable jungle, où le chacun pour soi prévaut en premier lieu et advienne que pourra !
 

L’étude est globalement forte intéressante, mais aussi très répétitive comme s’il s’agissait d’insister sur l’absurdité des comportements, d’améliorer tout ce qui ne relève pas de la rationalité… comme si l’humanité se réduisait finalement à une armée de robots. L’imprévu, la spontanéité sont aussi ce qui fait la richesse du genre humain. Qui voudrait d’un monde où tout serait déjà planifié ?
 

Par ailleurs, l’auteur agace assez rapidement avec ses formules toutes faites et définitives : « toutes choses égales par ailleurs ». On tombe rapidement dans la victimisation à outrance à coups d’attention à ce que vous faites, Big Brother vous surveille… alors qu’il aurait fallu, « toutes choses égales par ailleurs », modérer son propos et faire la part des choses…

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