Les tout petits bonheurs font les grands humains

Clémence Holstein - 27.06.2018

Livre - handicap tetraplegie roman - resilience bonheur humanite - apprentissage limites combat


Henry Fraser narre d’un bout à l’autre le bouleversement d’une vie, de l’avant à l’après, le catastrophique, son acceptation sans jamais aucune résignation. Histoire de la pulsion de vie et de la force du lien. Éloge de la gratitude.

 


 

Le plus violent apprentissage de la vie qui soit sans doute est celui dont témoigne Henry Fraser dans ses Tout petits bonheurs. C’est la découverte de ses propres limites et de ses handicaps, nous en avons tous même si nous n’en parlons pas, soi-disant pudiquement. Mais Henry en fait l’expérience à travers la perte de l’usage de son corps à peu près total du cou jusqu’aux pieds.
 

Henry Fraser n’avait que 17 ans lorsqu’un terrible accident lui a irrémédiablement endommagé la colonne vertébrale. Paralysé des pieds aux épaules, il a surmonté d’inimaginables obstacles pour réapprendre à aimer la vie et s’adapter à son nouveau quotidien.


 

Il nous est donné à voir ici le tableau d’un corps qui n’obéit plus. Mais jamais Henry ne se dissocie de lui pour autant. Il demeure lui et en lui. Il ne le hait pas et au contraire, il joue avec les potentiels qui lui restent. L’on sent combien son corps pourrait être une prison, combien lors de cette fameuse nuit d’angoisse il vit son impuissance. Pour autant, il remonte du fond du gouffre et poursuit son chemin sans jamais cesser d’espérer davantage que ce qui lui est promis.

Les détails très précis physiologiques et métaboliques que nous fournit l’auteur plongent le lecteur dans le ressenti le plus interne possible de sa tétraplégie. Il est rare de pouvoir aussi bien imaginer tout ce que ce handicap implique. Et il nous en révèle le quotidien et ses plus infimes difficultés. Le quotidien est souvent une question de survie.

 

L’auteur explique également avec finesse comment cette expérience de vie à fait surgir une personnalité potentielle de lui qu’il n’aurait jamais crue possible. Face à cette adversité suprême, les ressources du jeune homme, qu’il ignorait lui-même, se sont développées pour faire naître pour ainsi dire un homme nouveau.
 

Dans cette métamorphose, l’auteur nous parle d’une « nouvelle normalité » et de l’acceptation sociale de cette dernière. Il évoque cette normopathie dont nous sommes profondément infectés et qui freine honteusement la mobilisation autour des personnes en situation de handicap. Elles pourraient avoir pleinement leur rôle dans la société si on leur en donnait les moyens et Henry Fraser se bat aujourd’hui pour cela.

 

Des valeurs mal-aimées aujourd’hui, du moins sur notre continent, sont louangées dans cet ouvrage. Parfois, cela peut sembler démesuré ou seulement nous dépasser parce que nous ne sommes pas, nous lecteurs, assez avancés dans l’expérience de nos limites. Nous pouvons parfois avoir cette impression que toute cette gratitude et cet amour de la vie sont exagérés. Mais ils sont bien réels pour celui qui les écrit : il ne s’agit pas d’une fiction. Force est de constater que notre vraie limite se situe peut-être à cet endroit, à ne pas pouvoir remercier pour les tout petits bonheurs que nous vivons et qui font notre grand bonheur.
 

[Extraits] Les tout petits bonheurs de Henry Fraser
 

La force et l’importance du lien, de l’attachement ou plus clairement de l’amour sont racontés tout au long de l’ouvrage. L’émotion dans la simple présence des autres, dans les quelques mots d’un inconnu compatissant, est palpable. Henry Fraser n’a de cesse d’admirer et de s’émerveiller de l’amour des autres, celui qu’il reçoit et celui qu’il peut désormais offrir. Et en effet, on aura beau vouloir jouer au dur, on ne peut qu’admirer à notre tour ce dont témoigne Henry.

 

C’est une véritable leçon de patience que nous donne Henry Fraser. Pour peu que l’on parvienne à se mettre réellement à sa place rien que quelques secondes, ce qu’il nous incite à faire avec talent, l’on sent les fourmis dans les jambes et les pieds se mettre à courir tout seuls. Cela paraît insupportable et la patience apprise de facto par Henry semble le plus grand miracle de cet histoire. Une prouesse qu’il n’est pourtant pas le seul à effectuer mais que nous ignorons copieusement.
 

Ce livre nous fait entendre que nous connaissons si peu et qu’il y a toujours à apprendre encore. L’humain n’est jamais achevé.

 

Henry Fraser, traduit de l’anglais par Aude Sécheret - Les tout petit bonheurs – Editions Larousse – 9782035950734 – 15€




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