Les Veilleurs, Vincent Message,

Clément Solym - 21.09.2009

Livre - veilleurs - Vincent - Message


Les rêves sont parfois si réalistes. Au réveil, on ne sait plus trop bien si ce qu’on vient de vivre est vrai ou pas. Tout le monde a fait cette expérience au moins une fois. Tête embrumée, difficile de se repérer.

L’éveil, le sommeil, la frontière est-elle si bien délimitée ? C’est qu’il y a de quoi s’interroger à la lecture du premier roman de Vincent Message, les Veilleurs.

Imaginons que vous soyez dans la rue, à vous promener par une belle matinée ensoleillée. C’est une journée comme tant d’autres, vous cheminez, perdu dans vos pensées. Tout à coup, vous entendez une première détonation, puis une seconde. Vous vous retournez, vous voyez cet homme, l’arme au poing, les yeux exorbités. Trois personnes viennent d’être abattues, au hasard.

C’est ce qu’on vécut les citoyens de Regson un matin de février. Le meurtrier, un veilleur de nuit, est retrouvé endormi sur les corps. Ne niant pas les faits, il est jugé, incarcéré, mais répète à qui veut l’entendre qu’il vient de sauver le monde.

Vincent Message
Le maire de Regson en fait une affaire personnelle. Il confie l’enquête à Rilviero, un officier chevronné et au docteur Traumfreund, un psychiatre réputé. L’assassin, Nexus, est transféré à la clinique Bentlam. Jusqu’ici, on nage dans le thriller classique. Mais, on va sortir la tête de l’eau au moment où Nexus va intégrer l’Aneph, une maison mobile, un véritable labyrinthe dédaléen. Et tous pourraient bien s’y perdre.

Dès lors, on entre dans un huis clos angoissant au coeur de la montagne. Le policier et le médecin veulent comprendre. Et c’est les yeux cernés, plein de longues vues, qu’ils vont assister à une veillée. Car l’homme est conteur, et semble avoir une vie parallèle à laquelle il croit vraiment. Les deux hommes vont le suivre au Séabra, y rencontrer ses habitants, en apprendre l’histoire. On s’interroge : Nexus est-il un ambassadeur, un messager, ou un simple manipulateur ?

On dépoussière son amnésie, on farfouille dans les recoins de sa folie. Et c’est là que Vincent Message se laisse aller : on rame avec difficulté dans les flots de son imagination jusqu’à se noyer complètement. Même le docteur Traumfreund n’arrive pas à nous ramener sur les berges de la réalité. Le roman-feuilleton, oui, le roman-fleuve non.

Heureusement, la fin est une délivrance. Les Veilleurs est une véritable odyssée. Après toutes ces épreuves, Vincent Message nous offre une magnifique récompense. Le récit s’accélère, le puzzle se met en place. Fin des divagations embrumées, ça balance. Après les éclats pamphlétaires humanistes du début, c’est une ode à l’art qui nous éventre par sa justesse d’analyse, son pied de nez à la rationalité de notre société. La chute du récit excelle aussi. Tout est construit pour nous offrir deux fins possibles. Onirisme, pragmatisme, la frontière entre réalité et pluralité d’altérités possibles est gommée.

Les narrations s’entrecroisent, les références, citations, jeux de mots foisonnent. Le roman devient inifini. Tout y est mobile. Chaque chapitre est une porte, comme dans les livres dont vous êtes le héros. Le texte est instable, surréaliste, délirant. On vous aura prévenu, Les veilleurs a de quoi laisser songeur.



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