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Les voraces de la Macronie : politique, argent et conflit d'intérêts...

Jean-Luc Favre - 27.01.2020

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ESSAI – Les voraces est le dernier livre attendu de la rentrée 2020, que vient de publier notre confrère Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur et qui défraie la chronique du moment. L’auteur de ce livre particulièrement incisif et révélateur d’une France qui se délite n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai. Vincent Jauvert aime épingler certes ! 



 
Une pratique journalistique à la mode, mais plus justement pointée du doigt sans pour autant verser dans de sombres et inutiles polémiques. S’appuyant sur des faits concrets. Rien que les faits ! Même si l’analyse convie à une réflexion plus intense et scrupuleuse, voire littéralement soupçonneuse. 


Que se passe-t-il en France ?


Vorace, un terme singulièrement gentillet, pour désigner une catégorie d’individus qui n’a peur de rien ! Après deux ans d’enquête et avec l’aide d’une quarantaine de témoignages pour la plupart inédits, l’auteur dénonce la déliquescence des pratiques républicaines. « Jamais sous la Ve République les élites qui dirigent notre pays n’ont été aussi riches et obnubilées par l’argent. Jamais autant de hauts fonctionnaires n’ont pantouflé à prix d’or dans le privé. Jamais autant de ministres n’ont été multimillionnaires. Jamais autant de responsables politiques et non des moindres sont devenus lobbyistes ou avocats d’affaires. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi la situation actuelle a-t-elle empiré sous Macron ? ».

Avec en ligne de mire la macronie. Un nouveau régime ? Mais qu’est-ce à dire au juste, au sein d’un système décisionnaire globalisé, y compris institutionnel qui semble avoir ‘pété les plombs’ ! Conséquence presque évidente d’une dérive des comportements et des mœurs dans un pays miné par la hantise, et fasciné par le pouvoir de l’argent, mais surtout et c’est plus probable, la peur d’en manquer. Car le problème est plus profond qu’on ne le pense.
 
Certes on pourra toujours accuser Emmanuel Macron de laisser-faire ou plus sournoisement le rendre directement responsable d’un tel état de fait. Ainsi accuse-t-on les uns pour exonérer les autres. Mais la réponse s’avère dans le cas qui nous occupe bien plus complexe qu’il n’y parait. Ce n’est donc pas tant certaines pratiques délictueuses ou non qui sont finalement mises en cause que le fond lui-même, c’est-à-dire la pérennité d’un système qui semble à bout de souffle avec en arrière-plan une société française devenue surindividualisée par la force des choses, et une morale politique désormais exempte de grands débats réconciliateurs et solidaires.

Un grand débat national encore attendu avec la vocation vertueuse d’exfiltrer les ressentiments. Et de ce point de vue le mouvement non avorté des Gilets jaunes aura permis de faire entendre la voix d’une population “majoritaire ?” au bord de l’asphyxie économique et sociale. Notre pays ne le perdons pas de vue compte aujourd’hui grosso modo neuf millions de pauvres. D’où l’intérêt peut-être de cet ouvrage. 
 

C’est la peur qui est responsable…


En clair le fossé se creuse pyramidalement entre le peuple et les élites. Il y a celles et ceux qui se serrent la ceinture et qui peinent à boucler les fins de mois, et celles et ceux qui s’enrichissent et se servent malproprement. Oh ! Les vilains : « Une pratique qui a irrigué toute la haute fonction publique française » entre autres et qui pose là encore la question de la morale républicaine dans une catégorie privilégiée, là où l’exemplarité devrait être de mise. À qui la faute donc, la vraie ?

L’auteur évoque alors le fameux ‘pantouflage’, avec des allers — retours entre secteur public et secteur privé. Mais là ce n’est pas nouveau, il me semble. Les protagonistes n’ont certainement pas attendu Emmanuel Macron pour faire valoir de nouveaux droits. Plus subtilement, « le pantouflage est devenu un sport de masse pratiqué de plus en plus jeune avec son lot d’innombrables conflits d’intérêts ».

Une affaire générationnelle en somme qui prend exemple sur ses aînés. « Tous pourris pourquoi pas nous ? ». On ne peut donc pas leur en vouloir à ces jeunes loups, de vouloir s’emparer d’une part du gâteau, fut-il empoisonné, en cassant les règles du système, quitte à défier impunément la loi et la rendre obsolète. « Tant pis si on se fait prendre », et là pour le coup c’est souvent le cas. « De toute façon le compte en banque est assuré. »

Aujourd’hui un petit séjour en prison n’a rien de dramatique. Ça fait partie du jeu et de toute façon il sera vite oublié ! Pas sûr cependant. Aussi même si l’ouvrage de Vincent Jauvert ne révèle rien d’exceptionnel dans les faits, hormis quelques salaires exubérants, car ‘Tout le monde le sait’, il a au moins le mérite de remettre les pendules à l’heure en ce début d’année. Même si, restons lucide, il n’y changera strictement rien. C’est certain ! 


Vincent Jauvert – Les voraces — Robert Laffont — 9782221220184 – 10 €


Commentaires
Cela résume le genre humain! De grâce enlevons des frontons de nos mairies, les mots " Liberté, Egalité, et fraternité. Un citoyen desappointé...
Calomniez, calomniez il en restera toujours quelque chose.

La déliquescence dans laquelle se complaise certains journalistes, indûment baptisés "journalistes d'investigation", n'est ni plus ni moins qu'une propension malsaine à la délation.

Chez d'autres on les appelle des balances.
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