Lettres à l'Académie française, par Christophe Carlier

Clément Solym - 22.03.2010

Livre - lettres - academie - francaise


Impossible, vous dis-je, de ne pas avoir en mémoire, lorsque l’on évoque la célèbre Coupole du quai Conti, le passage de Jean d’Ormesson sur France Inter, qui en 80 subit alors l’affront du banc de la honte, lorsque le réquisiteur Desproges demanda la peine optimale contre lui dans le Tribunal des flagrants délires. « Puisque l’accusé n’écrit pas avec les pieds, qu’on lui coupe les mains », triompha ainsi Petit Pierre. Mais quel fut son propos à l’égard des 40 plésiosaures grabataires qui forment les Immortels de jadis et au rang desquels (au siège devrait-on dire…) Mme Simon Veil s’est dernièrement affichée ?

C’est fort simple : dans l’histoire de France réécrite par Desproges, avant que le cardinal de Richelieu ne fît bâtir l’Académie que nous savons, se trouvait, au quai Conti, un boulanger. Ce dernier faisait le pain, là où on lui intimait de le faire. Et surtout, à la mode de chez lui. C’est-à-dire, d’un côté les croûtes, de l’autre les mies. Et les clients, selon leur budget venaient acheter l’un ou l’autre. Le bon bout langé répondait au tout-venant, pour indiquer la marche de la queue à suivre : « C’est là qu’ya les croûtes, et c’est là qu’a des mies. »

Superbe…

Bref, tout cela pour dire qu’il faut lire l’ouvrage de M. Carlier. D’abord, parce que vous en ressortirez moins niais quant aux usages épistolaires de la Coupole. Parce que, croyez-le ou non, le premier des membres de l’Académie y fut inscrit contre son gré. Ce n’est qu’ensuite que l’on se dit que peut-être, il serait bon de consulter les uns et les autres, juste pour savoir.

Ensuite, parce que de multiples lettres émanant de fameux personnages viennent enrichir le propos ludique de la chose, ce qui ne gâche rien. On y trouve même celle d’un petit monsieur qui souhaita occuper la place du Maréchal Pétain… les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

Enfin, M. Carlier a eu le bon goût de dépoussiérer tout un patrimoine vraiment intéressant parmi les 3000 courriers aujourd’hui conservés dans les archives de l’Institut de France. On restera cependant sur la frustration des 30 années de délai à respecter, alors que d’autres petites perles nous attendent dans les candidatures à une place d’Immortel.

D’ailleurs, le terme même de candidature apparut dans le dictionnaire de l’Académie en 1835. C’est qu’à force d’en recevoir, il était probablement temps que le genre se fasse un nom. Entrecoupées de réflexion sur le fonctionnement de l’Académie, les lettres, presque de motivation, auxquelles il ne manquerait que les CV avec expérience détaillée, sont autant de petites friandises mignonnes, de fausses modesties sournoises ou d’écrasement flasques devant.

Un seul regret : le prix de ce livre - dont je comprends la nécessité des recherches et du temps investi - mais tout de même 20 €… ça fait une somme déjà.


 

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