Leurs enfants après eux : la pauvreté est destin

Auteur invité - 16.09.2020

Livre


ROMAN FRANCOPHONE - Si en 2018, vous avez haussé les épaules négligemment « Le Goncourt, c’est très surfait » et que pris dans la cataracte de bouquins qui s’abat sur les lecteurs trop gourmands à chaque rentrée littéraire et les rend aveugles par moment, vous avez loupé le coche, vous avez une deuxième chance avec la sortie en poche de Leurs enfants après eux.
 

 
Alors oui, on a déjà tout dit sur l’histoire de ce petit monde étouffant perdu dans les années quatre-vingt-dix dans une ville où l’industrie rend son dernier souffle et où des vies minuscules s’enlisent et se débattent pour rêver un peu d’avenir.
 
Mais le style bon sang, le style !
 
Vous verrez, vous sentirez qu’il se passe quelque chose de différent, que l’auteur joue de la langue en artiste, a la trope échevelée, manie l’oxymore avec une discrétion et une audace qui le rendent invisible et que les portraits vous cueillent en quelques lignes alertes :
« C’était un vieux rebeuh chenu, admirable, tout de terre et d’ocre, et qui portait aux pieds de considérables baskets blanches. Ses jambes jaillissaient de là comme des baguettes. On aurait dit une plante en pot. »
 
On peut aimer un roman juste parce que le vieux rebeuh est « admirable » que pour la première fois dans votre carrière de lecteur les baskets blanches d’un chibani sont « considérables » et que ses jambes jaillissent des dites baskets et non le contraire.

Alors vous relisez la phrase une fois, puis une autre parce comme un bon vin, elle réjouit le cœur de l’homme.
 
On peut aimer un roman aussi parce que l’auteur aime ses personnages, qu’il a de la tendresse rentrée, même pour Steph la coquette des beaux quartiers qui s’encanaille à se frotter aux cassos pour frissonner un peu, même pour Hacine le petit dealer qui n’a pas de mot mais plus que ses poings quand la rage de savoir son père vaincu le brise, pour Anthony enfin qui s’ébroue de l’enfance en matant le cul des filles et sait déjà que certaines ne seront pas pour lui.
 
Nicolas Matthieu les accompagne dans cette poignée d’années où les vibrations de la sortie de l’adolescence donne de l’élan, tous veulent s’échapper, peu y parviendront.

Ils sont les enfants des banlieues ternes où les vies des parents se sont abimées dans l’alcool, la monotonie, le chômage, la violence des mots, des gestes, l’amour ténu, effiloché par la désespérance.
 
Il ne nous vend pas du rêve : « Leurs enfants après eux » tomberont aux champs du déshonneur d’une société qui fait de la pauvreté un destin.
   
 
Nicolas Mathieu – Leurs enfants après eux – Babel – 9782330139179 – 9.90 €


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