Libre, seul et assoupi, de Romain Monnery

Clément Solym - 09.09.2010

Livre - dormir - chomage - paresse


« Machin » est un fils comme peu de parents en rêvent. Bien qu’ayant terminé ses études supérieures avec succès, les raisons ne manquent pas de se demander si celles-là ne se sont pas débrouillées toutes seules pour l’amener au bout pendant que, lui, se vautrait dans une paresse vide de sens et d’activité. Un désœuvrement total complètement assumé, une solitude forcenée à regarder la vie vivre autour de lui.

De là à le jeter hors du cocon familial pour incompatibilité de conception de la vie, il y a peut-être un tas de parents de « Tanguy » en puissance qui s’y seraient refusés. Pas les parents de « Machin » !

Qui se voit donc contraint de trouver un toit sous lequel traîner son désir de ne rien faire et, notamment, celui de s’abstenir avec entêtement et persévérance, de chercher du travail, préférant déployer toute son énergie à trouver les justificatifs qui lui permettront de bénéficier d’aides sociales et de disposer alors d’un temps supplémentaire pour regarder les autres s’agiter (vainement ?) et surtout éviter d’en faire autant.

Voilà le point de départ ainsi qu’une longue partie du développement de ce roman dans lequel Romain MONNERY s’acharne à faire « comater » au fond d’un fauteuil, son héros dans des certitudes selon lesquelles rien ne sert de courir, il n’est surtout pas non plus nécessaire de partir à temps.

Et c’est vrai qu’au fil des pages, on a quand même un peu tendance à comprendre ses parents qui ne supportent plus ce boulet dont les plus grands succès se résument à des heures de sommeil ou des journées à faire rien. Strictement rien !

On imagine le désarroi, l’incompréhension, le dialogue impossible, l’immensité du gouffre qui séparent alors ces adultes pétris dans le modèle, un peu aliénant certes, mais tellement prégnant, du « métro, boulot, dodo », de cet ancien adolescent dont toute l’énergie est exclusivement tournée vers le « dodo ».


C’est choquant ! C’est perturbant ! Comment intégrer cette apathie foncière ? Comment en admettre seulement la potentialité sans, immédiatement, jeter un coup d’œil autour de soi en se demandant si cet extrême romanesque représente un imaginaire d’écrivain évidemment excessif ou l’observation tranquille de son entourage contemporain ? Comment ne pas se sentir concerné par ce jeune adulte qui refuse la vie avec acharnement ? Est-il possible que notre société puisse en arriver à générer un tel besoin de rejet absolu, total, délibéré, quasi justifié comme une philosophie de la vie ?

Ce questionnement devient rapidement, longtemps et durablement troublant au fil des pages. Et ce d’autant plus que les autres habitants de la colocation dans laquelle « Machin » s’est incrusté, ne sont finalement pas beaucoup plus reluisants, ni enthousiasmants.

Le récit est noir et sa conclusion (que je me garderai bien évidemment de seulement vous laisser entr’apercevoir ici) n’est pas très colorée ! Au motif de voir revenir vos réactions m’assurant que les jeunes d’aujourd’hui ne voient pas ainsi, pour leur immense majorité, le monde que nous (leurs aînés) leur avons concocté, je vous recommande cette lecture.

Car si ce n’est pas le cas, il serait temps que les pantins qui nous gouvernent prennent la mesure de tout l’impact que le bling-bling, les petits arrangements entre amis, les passe-droits et autres billevesées ont pu déclencher en cascade au fil de leur accumulation à la une des journaux. Un roman pareil m’amène à me demander si cette terre que nous empruntons à nos enfants, nous ne sommes pas en train de la planter de ronces.


Seul, libre et assoupi, neuf ou d'occasion, à tous les prix