Loin du Père Noël, au pays des Samis, Le dernier lapon

Mimiche - 08.04.2013

Livre - cercle polaire - élevage - lapon


Klemet Nago, un lapon d'origine, et Nina Nansen, fraîchement émoulue de l'école, font partie de la brigade P9 de la Police des Rennes à Kautokeino, dans le nord de la Norvège.

 

Leur boulot, c'est de tenter de contenir l'ordre dans les relations entre éleveurs de rennes quand les frictions se font jour, pour la plupart du temps causées par des troupeaux mal surveillés qui se moquent bien des limites humaines des concessions et profitent de la baisse momentanée de l'attention des bergers pour aller chercher plus loin un lichen plus facile à dénicher sous la couche de neige, pour se mêler au troupeau du voisin et pour provoquer ainsi des disputes sans fin.

 

À Kautokeino, les éleveurs ont changé et rares sont ceux qui n'ont pas adapté leur mode de vie et leur élevage aux nouvelles facilités apportées par en Laponie par les Suédois, les Norvégiens, les Finlandais, etc., qui n'ont pas souvent eu, à l'égard des populations strictement autochtones, la reconnaissance d'une culture ancienne, mais orale. Submergés par les puissances politiques centralisées s'abattant sur eux, les Lapons peinent à faire subsister cette culture et certaines traditions qui y sont attachées, à faire admettre une prééminence de droits en tant qu'occupants premiers de cette terre.

 

Aussi, le vol d'un ancien tambour chamanique avant son exposition dans le musée de Kautokeino, à quelques jours d'une conférence de l'ONU dans la région, ne manque-t-il pas de créer quelque émotion.

 

Quand est découvert, peu de temps après, le corps torturé de Mathis, un éleveur, poignardé, oreilles tranchées et abandonné, mort, dans la neige, près de son gumpi, son refuge, le shérif local n'a pas complètement tort de considérer que ces « gros problèmes » sont en train de « faire exploser (leur) quota annuel »… 

 

Avec ce roman ancré dans les terres boréales, Olivier TRUC devient, et nous fait devenir, lapon comme Klemet, Aslaq ou Niils, les personnages de son livre magnifique.

 

De la ré-apparition quasi magique du soleil après la longue nuit polaire, en passant par les chants traditionnels lapons, les joïks, par les tambours des chamans, sortes de supports de récits mi-légendaires, mi-fantastiques, ou encore par les bergers lapons qui surveillent leurs rennes recherchant leur pitance sous l'épaisse couche de neige, c'est à une découvert d'une civilisation en voie de disparition qu'il nous convie.

 

La trame policière n'est qu'une excuse pour nous conduire dans ces étendues glacées dont les richesses minérales attirent toutes les convoitises.

 

Racisme, mépris, corruption, rien n'est différent, là-bas. Faire de l'argent sur le dos de ses semblables, les asservir, les dominer, aucun des ingrédients qui font la noirceur de l'âme humaine ne peut être effacé par le blanc manteau neigeux des tempêtes ni figé par les températures glaciales.

 

On est transi devant ces « Derzou Ouzala » qui ont su faire corps avec un milieu si hostile.

 

On retrouve dans ce Grand Nord des comportements immémoriaux des peuples d'Asie Centrale magnifiés dans « Le Totem du Loup ».

 

« Le Dernier Lapon » se lit comme un roman, se déguste comme une belle envolée, s'assimile comme une légende, se conserve comme une part de nous-mêmes oubliée.

 

Ce livre n'est pas un roman policier. C'est le témoignage d'une civilisation qui disparaît. C'est l'exploit d'Olivier TRUC que d'avoir su ainsi parler, exalter une contrée qui n'est pas la sienne et de la chanter presque comme un vrai lapon.