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Lorsque la hyène hurle à la mort, grandir pour ne pas être la proie

Christine Barros - 04.09.2018

Livre - Adeline Dieudonné roman - Vraie Vie Iconoclaste - Iconoclaste RL2018


ROMAN FRANCOPHONE - Quand apprivoiser la mort devient nécessaire pour survivre et que l'on a douze ans, inutile de chercher de repères connus. Dans son premier roman, qui prend à contrepied les habituels clichés de la folie familiale, Adeline Dieudonné nous embarque dans la descente aux Enfers d’une jeune héroïne incroyablement puissante. Car Cerbère est une hyène affamée.

 



 

« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres »


Le décor est posé. Nous sommes dans une banlieue, le Démo, des pavillons « alignés comme des pierres tombales », entre un père à la « carrure d’équarrisseur, des mains à décapiter un poussin » et une mère « amibe », une pas grand chose qui au fil des années de couple « s’était peu à peu remplie de crainte ». Elle ne semble trouver d’émotions, fugaces, que dans le soin apporté à ses chèvres. Lui est un chasseur de gros gibier, dont il expose les trophées dans la chambre des cadavres.
 

Et dans un coin de cette chambre , la hyène, qui se délecte « de l'effroi qu'elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien », qui incarne à jamais la pollution insidieuse de l’envie de dépecer, de torturer, de faire mourir qui l’on a commencé à mordre.
 

Les rites quotidiens, le repas que l’on prend ensemble, sans parler « parce que c’était comme ça », la bouteille de Glenfiddish que biberonne le père quand le soir venu il s’installe devant la télé pour expliquer les infos à sa femme. « Chez nous les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu’on devait boire quotidiennement ».
 

Au-delà du jardin, premier territoire libre, le bois des Petits Pendus ; puis il y la casse, labyrinthe fabuleux dans lequel frère et soeur échappent à un quotidien sans étincelle ni amour. Seule La valse des fleurs qui annonce l’arrivée du marchand de glaces est comme le signal d’une légèreté sans fard, un rite joyeux et dénué d’enjeux.
 

Elle est la grande soeur qui voue un amour infini à son petit frère de 5 ans : « je l’aimais d’une tendresse de mère, je le guidais, je lui expliquais tout ce que je savais, c’était ma mission de grande soeur. […] Le rire de Gilles pouvait guérir toutes les blessures »
 

Jusqu’à l’accident.  

 

 

 

@adeline_dieudonne - La vraie vie - @ed_iconoclaste chronique à paraître sur @actualitte Le père est un chasseur, de ceux qui consacrent une chambre à leurs prises de guerre. La mère est insignifiante, engoncée dans son incapacité à vivre les émotions et tenue par la peur. Elle aime son petit frère, passionnément. Lui dont le rire enchante le monde. Jusqu’à l’accident, qui leur fait perdre leur enfance. C’est la plongée vers le cauchemar, une poétique de l’effroi et de l’inéluctable. Ai sursauté dans mon metro, me suis arrêtée dans la rue en mettant la main devant la bouche, saisie. Longtemps qu’un texte n’avait pas résonné comme ça en mes parois. Indispensable nouvelle voix. #premierroman #roman #lavraievie #adelinedieudonné #cauchemar #famille #soeuretfrere #combat #puissance #animalite #instabook #bookstagram #rentreelitteraire #rentreelitteraire2018 #decouverte #lire #reading

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30 pages auront suffi à poser le décor du drame ; l’accident ouvre le gouffre et permet à la hyène de s’immiscer dans le coeur de son frère. « Le vide de ses yeux s’était peu à peu rempli d’un truc incandescent, pointu et tranchant. Ce qui vivait à l’intérieur de la hyène avait progressivement migré vers la tête de mon petit frère »
 

Alors pour se sauver, pour les sauver, elle décide, parce qu’elle a encore un pied dans l’enfance, de remonter le temps, de construire une fabuleuse machine qui saura les ramener à l‘instant d’avant le drame, quand Gilles, et elle, étaient encore capables d’être des enfants.
 

Sans pouvoir dévoiler les ressorts de l’intrigue, il suffira peut-être de dire l’étourdissante construction du premier roman d’Adeline Dieudonné, de la profondeur qui se révèle au fil des relectures, des multiples voies et voix qu’il emprunte.
 


Pour dire la place des mentors, l’infinie liberté que lui offrira son intelligence, parce que pour construire une machine à remonter le temps, il faut au moins devenir Marie Curie. 
 

Pour raconter avec une grande grâce les premiers émois, fussent-ils immoraux, de la sensualité, son corps « qui ne la trahissait jamais ».
 

Pour mettre les mots justes, sans jugement énoncé, sur la violence du couple, sur la douleur physique vécue comme condition de la survie, la sienne, celle de sa mère, celle des bêtes, sur l’animalité qui ronge comme un acide la moindre des émotions. 
 

Pour nous entraîner dans un cauchemar qui semble ne plus avoir de fin qu'inéluctable, une lente et stupéfiante descente aux enfers, de la menace sourde à l’effroi naissant jusqu’à la terreur absolue, dans des scènes portées par une langue à bout de souffle. Cette mère rendue muette, ce père fou, qui fera de sa fille la proie et de son fils le chasseur.

 

[Extrait] La vraie vie de Adeline Dieudonné

 

 

Et toujours, le combat, et l’énergie prodigieuse autant que miraculeuse, que consacre cette fillette, par amour et sur les quelques années qui la mèneront à l’adolescence, à ne jamais, jamais, abandonner la volonté de rendre son rire à son petit frère.
 

Ce petit frère à qui elle racontait des histoires, parce que « les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça, on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. »
 

Jusqu’à la dernière scène, qu’on lit, comme la mère la regarde, « les mains jointes devant la bouche ».


 

Adeline Dieudonné - La vraie vie - L’Iconoclaste - 9782378800239 - 17 €

 

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