Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier

Clément Solym - 19.01.2009

Livre - lune - captive - oeil


Et si le rêve sécuritaire se transformait soudainement en notre pire cauchemar ? Si au-delà des peurs de l’autre exacerbées, le pire était finalement de se retrouver face à soi-même ? C’est ce que vont expérimenter trois couples et une femme, tous d’un certain âge, tous aisés, voire très aisés. Ils se retrouvent propriétaires d’un bout de paradis, loin de toute inquiétude, un must en terme de sécurité. Avec quelques contraintes, certes.

Une monotonie architecturale déprimante, dans une zone pavillonnaire où le chez-soi ne se démarque en rien de chez les autres. Où les petits-enfants sont tolérés, mais pas plus de 15 jours d’affilée. M. Flesh est le garant de cette tranquillité. Lui, il, défonce les chats à coups de pelle : au moins, comme ça, on est sûr qu’ils ne reviendront pas.

Cette tranquillité pour couler de vieux jours heureux, c’est ce que sont venus chercher quelques nantis. Il y a Martial et Odette, lui si tranquille et elle si ordonnée ; Marlène et Maxime, elle ancienne danseuse à la beauté aujourd’hui fanée, lui éternel séducteur, dégoulinant de teinture pour cheveux et bardé d’un sourire à faire pâlir une publicité pour Email diamant. Et puis, il y a Léa. Si mystérieuse, encore belle, différente, mélancolique.

Et Nadine, l’animatrice, qui regrette avant même d’avoir commencé d’avoir accepté ce poste d’animatrice au club-house de la résidence, qui la condamne à devoir égayer les journées des habitants. Nadine, qui regarde ces vieux avec condescendance, mais qui plus encore qu’eux est dépourvue d’attentes de la vie, de toute illusion. Et qui finit par les apprécier, en comprenant que « ces vieux riches [sont] aussi des marginaux, une espèce qui se [protège] elle-même, presque des rebelles ».

Très vite, cependant, le havre de paix se transforme en prison dorée, où tous les fantasmes et les peurs sont exacerbés. Dépouillés des boucs émissaires qui leur servent habituellement d’exutoire, chacun trouve un nouvel ennemi, à la hauteur de ses névroses. Qui une mouche, qui des visiteurs extra-terrestres qui nous observent en attendant une invasion proche. Et ces gitans, qui se sont installés près de la résidence, quelles peuvent bien être leurs intentions, si ce n’est de les dévaliser, de violer les femmes et d’égorger tout le monde ?

Avec beaucoup d’humour et de noirceur, Pascal Garnier nous brosse le portrait de gens pas si éloignés de nous, avec la vivacité d’écriture d’un scénario. Entre démesure et réalisme, il nous brosse le portrait de ces nouveaux quartiers résidences-séniors ultra-sécurisés et formatés, que l’on connaissait aux États-Unis, mais qui trouvent dans le sud de la France un décor tout aussi crédible. Et dépeint une réalité accablante, dans laquelle la peur de l’autre nous mène à un repli sur soi tout aussi dévastateur.

Quant à la chute… difficile à dire. Pour ma part, j’ai été déçue. Les dernières pages sont l’objet d’un changement de rythme, d’une accélération couplée à des ellipses, tout va très vite. Trop vite ? Le choix de la chute est judicieux, l’écriture reste maîtrisée. Certains l’apprécieront, sans aucun doute. Pourtant, quelque chose me dérange. Peut-être de quitter comme ça, de manière si brutale, ces personnages auxquels on s’est finalement attaché.


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