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Ma mère, cette inconnue, de Philippe Labro : touchante déclaration

La Licorne qui lit - 07.07.2017

Livre - déclaration amour mère - roman histoire famille - homme enfant femme


Retour de Saint-Tropez. Expérience mitigée : trop de faux. Faux semblants, faux cils, faux riches, faux amis, faux sacs. Et ce défilé permanent de pseudo-mannequins, cet étalage de jéroboams de Dom Pérignon, ces centimètres de talons se dandinant sur les plages, ces amitiés éphémères créées devant les Caves du Roy m’ont poussée illico hors des dancefloors…


Je n’ai que des tongs, je suis totalement hermétique aux avances répétées de Shinny Bob et, en raison de l’état pitoyable de mon compte en banque, je suis en mode ascèse niveau champagne (à la rigueur, je peux m’offrir une demi-coupe de prosecco, mais rien de plus…) Je suis en manque de vrai.




 

Alors que je ne me sentais que peu, très peu à ma place dans cet environnement trop pailleté, quel comble pour une licorne, j’ai pensé à une phrase que ma mère me dit quand mes ailes font la tête : ne sois jamais trop, tu es remarquable tu n’as pas besoin d’artifices. Ce souvenir maternel me permet de faire une jolie passerelle avec le livre dont je vais vous parler dans cette deuxième chronique arc-en-ciel, qui a pour seul objet : la mère, les mères. J’ai donc retrouvé un peu de vrai.
 

Car, qu'y a-t-il de plus vrai qu’une maman ? Une maman défend, une maman soigne, une maman rassure, une maman gronde, une maman nourrit, une maman punit, une maman aime tout simplement. Ma mère, mon héroïne, qui m’a appris à voler, apprivoiser ma corne, coiffer ma crinière et employer mes pouvoirs à bon escient. 

Je ne saurais dire pourquoi, peut-être parce que je n’en suis pas encore une, mais mamlicorne est une énigme. Je suis certaine qu’il en de même pour vous.

Une mère, c’est un peu un énorme livre fantastique que l’on est loin d’avoir terminé, et qui révèle ses secrets avec parcimonie. Pour protéger leurs familles, nos mamans s’imposent retenue, décence et pudeur ; elles cachent leurs cicatrices avec des sparadraps de bisous ; elles dissimulent leurs douleurs avec leur sourire ; elles s’érigent en tour inébranlable que nulle tempête ne fera plier. Les mères ont toutes une histoire, dont nous n’avons pas toutes les clefs. 
 

Et c’est là la quête de Philippe Labro dans son roman : percer le mystère Netka, Henriette de son vrai nom. Qui est-elle ? Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Philippe Labro, sans jamais tomber dans le pathos, ni se prendre au piège de l’autoglorification d’un être qu’il vénérait, nous emmène à la recherche des origines et de l’ADN de sa mère, cette femme aux yeux bleu-vert assise face à la mer. Les mots sont emprunts de cette lente douceur slave qui coule dans les veines de cette maman extraordinaire. « Dois-je lire de la tristesse sur un tel visage ? Non jamais en apparence, mais une mélancolie, l’air de qui cherche ce que le sort lui a refusé : un père, une mère. »
 

Née de la relation extra-conjugale entre un riche propriétaire terrien polonais et une institutrice française, la petite maman de Philippe Labro est un enfant-valise qui ne connaîtra jamais l’amour d’un foyer. De cet abandon originel, Netka traversera son existence avec bienveillance, humilité et don de soi. Mais elle est forte, Netka. Elle affrontera les épreuves, debout, usant de son intelligence et de sa sensibilité pour répondre à la violence de l’autre. Elle écrit des poèmes, elle dessine des gens qui s’embrassent et elle aime : son frère d’abord – son double – son mari Jean ensuite – l’homme de toute une vie — ses enfants, ses petits-enfants, et tous ceux qu’elle refusera d’abandonner.
 

Philippe Labro reconstruit son histoire à travers celle de sa mère, sa manière à lui de comprendre l’exceptionnalité de cette femme qui lui a donné la vie. La référence à l’eau tout au long du texte, la rivière de Tescou, le lac Léman, le bleu-noir de la Méditerranée, est comme une plongée dans le liquide amniotique qui permet à l’auteur de mieux revenir à sa naissance et par extension à la naissance de Netka.

Ma mère, cette inconnue représente une magnifique déclaration d’un fils à sa mère. Une déclaration touchante, parfois maladroite, mais tellement vraie.
 



 

Netka, Mamika, Netouchka reste intouchable. Philippe Labro ne s’en cache pas, il ne vaut, au final, pas mieux que les autres. Alors qu’il hait ceux qui ont blessé sa petite maman pour un crime dont elle n’est pas responsable, il cherche comme eux à lui donner des racines, à en faire un être légitime, désiré et reconnu. La réticence de Netka à répondre aux questions de son fils confirme l’intuition de la licorne : Henriette n’a pas eu besoin de savoir d’où elle venait pour savoir où elle irait. Elle n’a pas eu besoin de percer son mystère pour savoir qui elle deviendrait. 
 

[Extraits] Ma mère, cette inconnue de Philippe Labro  


Interrogation ultime, quelque peu égocentrée, d’un auteur ému, qui semble retenir ses larmes au fil des pages : « Nous avons eu beaucoup de chance… Mais l’ai-je assez aimée ? » Aimons-nous assez ceux que nous aimons ? Non, une mère n’est jamais assez aimée, et ce livre existe pour nous le rappeler. Sur ce, je m’envole, j’ai rendez-vous avec mamlicorne pour une virée shopping. J’essaierai de l’aimer plus, mieux, constamment, toujours.
 

Votre copine ailée vous souhaite une belle semaine et vous retrouve bientôt pour une nouvelle chronique, qui parlera de bonheur, de pluie, de malheurs et sûrement d’arc-en-ciel à la fin.


Ma mère, cette inconnue - Philippe Labro - Gallimard - 9782072727528 - 17 €