Ma Vie, Mon Oeuvre, Mon Scooter ; Les Faux Memoires Du Prince Jean

Clément Solym - 10.12.2009

Livre - vie - oeuvre - scooter


Ah que tout cela fait du bien... Un peu d'humour potache et corrosif, pour rendre à César ce que Cléopâtre n'a pas voulu le refiler. Parce que ce petit Jean Sarkozy, qui nous aura tanné le cuir avec ses velléités politiques soudaines, ses prétentions à gouverner ça ou ça dignes d'un héritier de république bananière et son relooking pour se racheter une crédibilité auprès de l'opinion publique... Tout à fait entre nous, ce battage m'était sorti par les oreilles, les yeux et la bouche. Vraiment.

Alors de voir débarquer une autobiographie, signée de la main de Jean, et qui n'est autre qu'un pamphlet à peine déguisé, on se frotte les mains.
Mais uniquement si l'on n'a pas eu vent de la campagne médiatique qui a entouré le livre. Le 1er décembre, Libération a en effet sorti des bonnes feuilles du livre pour attirer l'attention et créer le buzz. Tout cela est bel et bon et réussi : on parle de ce petit livre de 143 pages, publié par l'éditeur qui était à l'origine de Madame, monsieur, bonsoir, autre ouvrage particulièrement polémique. Mais qui lui reposait sur des faits apparemment réels.

Et durant plusieurs jours, sur le net circulent même les extraits repris de ces bonnes feuilles. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais alors de quoi il en retourne dans ce livre ? Eh bien... Vous voyez, quand au cinéma, vous assistez aux bandes-annonces, il y en a toujours une qui vous fait dire : « Super. Celui-là a vraiment l'air génial. Je ne veux pas le rater. » Ou mieux : « Mince... je sais que les extraits qu'ils viennent de me montrer sont les meilleures séquences du film, et que si je paye ma place pour voir ça, je serai déçu. » Mais on y va tout de même.

Car si dans l'ensemble, Jean Sarkozy en prend pour son grade, et qu'au passage on égratigne - dans les grandes longueurs, hein... - les autres petits chefs de la politique, autant que les patrons de majors (un certain Pascal Nègre passe pour un lèche-bottes de première, tout comme d'autres), finalement en refermant le livre, on a tout de même le sentiment de n'avoir pas lu grand-chose de pertinent. On ricane. Bêtement. Parce que se moquer c'est jouissif et que faire passer Jean Sakozy pour ce grand dadais qu'il semble, c'est facile, et forcément efficace...

Oui, les 'oncles' Brice, Charlie, Éric, qui sont autant de politiques actuels, comme les Balkany, ne sont pas épargnés, et c'est une petite vengeance contre les manipulations des hautes sphères... Mais un peu comme au cinéma avec ces bandes-annonces... on avait déjà eu le meilleur, et à la lecture on aura aussi le reste. Une écriture lourde, qui sous prétexte de reprendre des tics de langage (du 'légitime' plus qu'il n'en faut) ou faire passer pour plus sot encore son sujet, devient indigeste rapidement. Un manque de subtilité, qui fait l'effet d'un bulldozer, là où l'on attendait plutôt des manoeuvres plus habiles.

En fait, voilà tout à fait le genre de livre qui mériterait une version numérique à 3 ou 4 €. Ça se lit, par curiosité. Ça flatte l'esprit rebelle d'un lecteur : au mieux il se sent vengé parce qu'enfin, on s'attaque aux grands, au pire, il aura un sourire niais de contentement... Mais ça ne marquera ni les esprits ni l'année, et en format numérique, ça n'encombrerait pas votre bibliothèque...


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