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MacBeth par Jo Nesbo : une ville dévastée, entre crime et pauvreté

Mimiche - 25.10.2018

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ROMAN NOIR – Après des années d’emprise autoritaire et corrompue du préfet de police Kenneth sur la ville, l’arrivée du nouveau préfet Duncan est une lueur d’espoir.

 

Celui-ci veut redonner à cette ville son lustre d’antan, son attrait pour les investisseurs industriels qui l’ont progressivement fuie, du travail pour ces quantités de gens qui l’ont perdu au fil des ans, de même qu’ils ont perdu la sécurité dans les rues que se partagent les Norse Riders d’un côté et Hécate de l’autre, lesquels les ont inondées de drogues diverses, de violence, de corruption et de désespoir.




 

Rapidement, Duncan a écarté les anciens lieutenants de Kenneth pour les remplacer par des hommes à lui avec lesquels il partage cette volonté de ramener l’espoir et le soleil à la place de la désolation qui sourd d’une atmosphère polluée, qui tue à petit feu ceux qui ne meurent pas plus vite de règlements de comptes ou de la drogue.

 

Pour cela, il sait qu’il peut et doit s’appuyer sur des hommes comme Macbeth, le commandant de la Garde, et son équipe, une troupe d’élite attachée à ce Corps au moins autant qu’à son Chef. Ce changement de politique policière n’empêche évidemment pas les ambitions personnelles de perdurer chez les uns ou chez les autres.

 

Et Macbeth, s’il n’a pas eu de lui-même ces idées, commence à en sentir poindre les effets quand, promu soudainement patron de la Brigade du Crime Organisé suite à une opération menée contre les Norse Riders qu’il a empêché de récupérer une énorme livraison de drogue, sa maîtresse les instille petit à petit dans son crâne bourru et amoureux de cette femme magnifique.

 

Lady, propriétaire du casino Inverness, voit loin, elle, pour son amant qui boit son ambition démesurée pour la faire sienne : provoquer la disparition des deux seuls obstacles qui, depuis cette promotion, le séparent maintenant du poste de préfet de police : Duncan et Malcom.

 

Et, au-delà, lors des prochaines élections, la Mairie.

 

Pour cela, il suffit simplement de provoquer le destin, jouer sur les animosités des uns et des autres, s’appuyer sur l’indéfectible loyauté et le professionnalisme de ses hommes, bousculer les règles, anticiper, accuser, créer des preuves, effacer toute velléité d’opposition, dicter au jeu ses règles.

 

La quatrième de couverture l’annonce : Jo Nesbø, avec ce roman noir, a pour ambition de « revisite(r) le chef d’œuvre de Shakespeare ».

 

Et effectivement tout y est : les personnages dont les noms sont inchangés et les rôles seulement adaptés à une autre époque, les sorcières venues dessiner la trame dramatique de l’histoire comme très souvent dans le théâtre antique sous forme de prophétie, les bons, les méchants, les coups bas… Tout : tout y est !

 

[Extrait] Macbeth de Jo Nesbo
 

Mais si Shakespeare avait brodé sur des épisodes plus fondamentalement accrochés à l’Histoire de l’Angleterre, Jo Nesbø est délibérément venu s’ancrer dans un autre contexte largement actualisé et un peu apocalyptique. Dans une époque qui pourrait aussi bien être la nôtre tout en mélangeant une part de passé récent et une part de futur proche. Dans une ville en plein déclin à laquelle il est difficile de donner un nom même si elle ressemble probablement à nombre de quartiers de nos villes d’aujourd’hui. 

 

Le dépaysement vis-à-vis de Shakespeare est garanti.

 

Pourtant, le fil conducteur, lui, est largement respecté (même si les puristes trouveront à redire à cette vision réductrice du roman), le combat du bien contre le mal et l’acharnement du mal à soudoyer le bien restent les moteurs essentiels de l’histoire qui ne les départagera pas, car, tel le Phénix, l’un comme l’autre renaissent et renaîtront de leurs cendres dans un combat sans fin où les gagnants d’aujourd’hui seront les perdants de demain. Et réciproquement.

 

Ce que je dois reconnaître, c’est la faculté du récit à rebondir d’une scène à l’autre, d’un personnage à l’autre, sans jamais laisser un instant de répit, sans laisser le lecteur en panne d’événements, d’inattendu alors que le scénario est pourtant cousu de fil blanc compte tenu de son final immuablement déterminé.

 

Est-ce la raison ? Est-ce parce que j’aurais préféré lire une autre histoire ? Est-ce parce que ce livre manque désespérément du piquant de l’inconnu que je n’ai pas su me contenter des originalités dont il est émaillé ?

 

Je ne sais pas. Je ne peux pas écrire, en toute honnêteté, que je me suis ennuyé à lire cet énorme pavé de plus de six cents pages mais je n’y ai pas trouvé mon compte et en sors frustré d’un dénouement établi depuis presque quatre cents ans, que la qualité de l’écriture n’est pas parvenu à sauver.

 

 

Jo Nesbø, trad. (norvégien) par Céline Romand-Monnier – MacBeth – Gallimard – 9 782 072 786 051 – 21 €

 

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Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre :
Total pages : 624
Traducteur :
ISBN : 9782072786051

Macbeth

de Jo Nesbo

Dans une ville industrielle ravagée par la pauvreté et le crime, le nouveau préfet de police Duncan incarne l’espoir du changement. Aidé de Macbeth, le commandant de la Garde, l’unité d’intervention d’élite, il compte débarrasser la ville de ses fléaux, au premier rang desquels figure Hécate, puissant baron de la drogue. Mais c’est ne faire aucun cas des vieilles rancœurs ou des jalousies personnelles, et des ambitions individuelles… qu’attise Lady, patronne du casino Inverness et ambitieuse maîtresse de Macbeth. Pourquoi ce dernier se contenterait-il de miettes quand il pourrait prendre la place de Duncan ? Elle invite alors le préfet et d’éminents politiques à une soirée organisée dans son casino. Une soirée où il faudra tout miser sur le rouge ou le noir. La loyauté ou le pouvoir. La nuit ou le sang. Mondialement reconnu pour sa série "Harry Hole", Jo Nesbø est considéré comme le chef de file du thriller scandinave. Avec Macbeth, il revisite le chef-d’œuvre de Shakespeare dans un roman fiévreux et crépusculaire.

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