Madame de Polignac, intime de Marie-Antoinette, « Morte de douleur »

Audrey Le Roy - 18.08.2016

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Beaucoup de choses ont été dites sur les relations de Madame de Polignac et de la reine Marie-Antoinette. Beaucoup d’horreurs ! Aujourd’hui encore, certains aiment à fantasmer sur l’amour et les relations charnelles auxquelles ces deux femmes se seraient adonnées. Et pourtant, il s’agit bien là d’une « simple » et magnifique histoire d’amitié entre une Reine délaissée pendant plus de sept ans par son mari qui n’arrivait pas à l’honorer, et une femme qui s’attacha petit à petit à sa souveraine bien que n’ayant que très peu de goût pour la vie de cour. 

 

 

 

Nathalie Colas des Francs, spécialiste du XVIIIe siècle, réhabilite, grâce à cette biographie publiée chez Tallandier, Madame de Polignac qui nous apparaît en fin de compte, sensible, gracieuse, peu intéressée, réservée et surtout… bien paresseuse. 

 

Les débuts 

 

Yolande Gabrielle Martine de Polastron est née à Paris le 8 septembre 1749. Elle est issue d’une très ancienne famille qui remonte au XIe siècle. Elle perd sa mère à l’âge de trois ans, son père, qui souhaite refaire sa vie, la confie à sa tante, Marie-Henriette de Polastron, comtesse d’Andlau. Elle aura une enfance heureuse. C’est chez sa tante qu’elle fera la rencontre de Hyacinthe de Vaudreuil, cousin éloigné, de neuf ans son aîné. Il sera l’ami, le confident, le frère puis l’amant. Jamais ils ne seront, désormais, loin l’un de l’autre.


Comme toutes les jeunes filles de bonne famille, Yolande sera envoyée au couvent pour étudier et préparer sa première communion. Inscrite à la maison des dames de Panthémont, elle y apprendra « le maintien, la musique, le dessin, la danse ». Elle s’y montrera très douée contrairement aux matières plus scolaires qui la rebutent complètement.


En grandissant, elle devient une ravissante jeune fille et regroupe tous les canons de l’époque, blonde aux yeux bleus, avec une jolie bouche et, fait non négligeable à l’époque, de jolies dents. Si Vaudreuil n’avait pas été hypocondriaque, peut-être l’aurait-il épousé, mais il se croit quasiment mourant (il lui survivra pourtant). À défaut, c’est lui qui lui présente son futur mari, Jules de Polignac, car « il ne craint pas en Jules un rival possible », pratique ! Le mariage est célébré le 7 juillet 1767 à l’église Saint-Sulpice, à Paris. Yolande à 18 ans, Jules, 22.


Jules est le fils d’une petite nièce du cardinal Mazarin, famille illustre, certes, mais sans grande fortune. Jules a une sœur, Diane. Celle-ci a un caractère bien trempé et ne manque pas d’ambition, elle sera la vraie femme du clan Polignac, celle qui dirigera plus ou moins dans l’ombre, elle qui, en définitive, aurait dû s’attirer les foudres des mauvais esprits de la cour puis du peuple. 

 

Dans leur modeste château de Claye, « le couple Jules organise très simplement sa vie de châtelains campagnards. » En mai 1768, Yolande accouche de son premier enfant, une fille prénommée Aglaé. Yolande sera toujours une mère affectueuse, même au plus fort de sa faveur et de ses occupations royales.
Sans grande fortune, ils ne peuvent pas se rendre très souvent à la cour et pour tout dire ça ne les dérange pas. Il faudra pourtant s’y rendre pour « les festivités du mariage du Dauphin et de la jeune archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette », en mai 1770. Mais, le faste ne lui tourne pas la tête et, de retour à Claye, elle reprend sa vie. Elle accouche, le 15 janvier 1771 d’un garçon appelé Armand. « Le comte de Vaudreuil fait bien entendu partie de cette harmonie. Il serait bien incapable, au reste, de vivre longtemps loin de sa cousine, ni elle de se passer de lui. »

 

Comte de Vaudreuil - Elisabeth Vigée Le Brun - 1784- Virginia Museum of Fine Arts



À partir de 1774, leur vie va être bouleversée, Louis XV nomme Diane de Polignac « parmi les dames pour accompagner la comtesse d’Artois ». De fait, il faudra se rendre plus souvent à Versailles.

Le 10 mai 1774, Louis XV meurt. Le Roi est mort ! Vive le Roi ! Louis XVI, qui n’avait goût que pour les travaux manuels et en particulier la serrurerie, s’apprête à régner. 

 

La rencontre d’une vie

 

En 1775, par une belle journée de printemps, Yolande joue dans les jardins de Versailles. Marie-Antoinette s’approche, lui reproche de ne pas venir plus souvent à la cour… Ce jour, une histoire d’amitié va naître, que peu vont comprendre, que beaucoup vont juger, et qui, comme un beau mariage, ne connaîtra un épilogue qu’avec la mort. Oui, mais voilà, « c’était fatal, nombre des courtisans évincés, envieux de cette intimité, devinrent des ennemis jaloux parfois vindicatifs de la comtesse Jules ».


Qu’à cela ne tienne, désormais la société de la Reine se résumera à la société de Madame de Polignac, à savoir les parents et amis de celle-ci, au nombre desquels de prince de Ligne et une pièce rapportée, mais pas n’importe laquelle, le comte d’Artois, le plus jeune frère de Louis XVI.


Dès lors, « la comtesse Diane envisage très clairement la situation et se dispose à prendre les choses en main afin que l’amitié de la Reine dévolue à sa petite belle-sœur profite à toute la famille de Polignac. L’ascension prodigieuse peut commencer », elle ne s’arrêtera qu’avec la Révolution française.


Dès 1774, des bruits courent sur les préférences de la Reine, « la Reine serait une femme à femme. » Ces calomnies proviennent, très probablement, du chancelier Maupeou et des filles (vieilles filles) de Louis XV, tous fervents opposants à l’Autriche. Ces rumeurs colleront à la peau de la souveraine ainsi qu’à Yolande. Pour les libellistes, cette dernière « est l’instigatrice de tous les vices et la partenaire idéale de Marie-Antoinette pour de supposés embarquements pour Lesbos. »
 

Versailles, une pause


Les Jules occupent, à Versailles, un très bel appartement, proche de ceux de la Reine. Louis XVI aime aussi à passer du temps avec les Polignac, mais sa présence rend les choses tout de suite plus guindées, et le Roi ayant pour habitude de se retirer vers 22 heures, il n’est pas rare que les horloges soient quelque peu avancées pour hâter son départ.


En 1777, Marie-Antoinette voit débarquer à Versailles son cher et tendre frère, l’Empereur d’Autriche, Joseph II. Celui-ci s’est donné pour mission de convaincre son beau-frère de se faire opérer afin de pouvoir – enfin – honorer sa femme et donner un héritier à la Couronne.

 

La reine "en gaule", le tableau qui fit scandale - Élisabeth Vigée Le Brun - 1783 — Collection of the prince Ludwig von Hessen und bei Rhein, Wolfsgarten Castle, Germany.jpg

 


Conseil écouté et appliqué puisque le 30 août 1777, Marie-Antoinette écrit à sa mère qu’elle n’est plus vierge… pour faire simple. Suite logique des choses, du moins pour l’époque, elle annonce être enceinte en mai 1778. Le 19 décembre, elle accouche de son premier enfant, une fille, appelée comme grand-maman, Marie-Thérèse.

Pendant quasiment dix ans, de grossesses en promotions, de mariages arrangés en deuils, de pamphlets en caricatures honteuses, de cabales en crises politiques, toute cette petite société va couler des jours presque heureux en essayant d’oublier toutes les horreurs que l’on raconte sur eux et en fermant les yeux sur les remous qui agitent la société. 

 

La fuite et l’exil

 

Le 13 juillet 1789, le peuple s’empare des Invalides, le 14 juillet c’est au tour de la Bastille de tomber. Ce même jour le Roi, qui rentre bredouille de la chasse, note sur son carnet « rien » (comprendre ici « je n’ai rien tué, même pas un lièvre »). Combien ce « rien » fera parler de lui pendant des années, des siècles !
La nouvelle arrive à Versailles dans la nuit, La Rochefoucauld-Liancourt s’en va réveiller son monarque pour lui annoncer la nouvelle, « C’est une révolte ?
», « Non, Sire, c’est une révolution. »

Une liste de personnes à abattre est dressée, il s’agit des mauvais esprits supposés, qui empêchent au bon Louis XVI de bien comprendre son peuple. Madame de Polignac est sur la liste. Le 16 juillet, les révolutionnaires sont à Versailles. Marie-Antoinette, avisée, demande à Yolande de ne pas se montrer et de partir en exil, elle lui sauve la vie. 

 

Commence alors la fuite en berline, Yolande est habillée en femme de chambre, une épopée dangereuse, mais qui réussira. Le 21 juillet, les Polignac arrivent à Bâle. Cette fuite ne connaîtra pas de fin, elle les mènera de Suisse en Italie puis à Vienne, la ville même qui fût le berceau de l’enfance heureuse de Marie-Antoinette. Yolande dépérira à mesure que les nouvelles de France se feront de plus en plus dramatiques, pour finalement mourir cinquante jours après sa tendre amie, le 5 décembre 1793. Sur sa tombe sera écrit « Morte de douleur ».

 

Voici une biographie dynamique et fouillée qui se lit, bien que j’ai horreur de cette formule consacrée, réellement comme un roman. Nathalie Colas des Francs, en s’appuyant sur des mémoires, des journaux intimes, des correspondances, des coupures de journaux, etc., a su à travers ce livre, Madame de Polignac, intime de Marie-Antoinette, restituer l’atmosphère qui régnait autour de cette souveraine si mal aimée.
 


Pour approfondir

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Madame de Polignac ; l'amie de Marie-Antoinette

de Nathalie Colas Des Francs(Auteur)

Jolie, gracieuse, élégante et pleine d'allant, Yolande de Polignac croise le chemin de Marie-Antoinette un beau jour de 1775. Le caractère enjoué de la jeune comtesse séduit aussitôt la Reine qui se languit beaucoup à Versailles. Grâce à elle, Marie-Antoinette redécouvre la légèreté et l'insouciance que lui refuse l'étiquette. Tant et si bien qu'une amitié sincère se noue entre les deux femmes qui vont désormais partager un quotidien tourbillonnant.

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