Manderley for ever, une biographie magistrale

Félicia-France Doumayrenc - 21.04.2015

Livre - Tatiana Rosnay - biographie livre


Tout bon livre donne envie d'écrire. Il en est de même pour une biographie. Toute bonne biographie donne envie de lire, quand il s'agit d'un auteur, son œuvre en entier. C'est ce que l'on ressent après avoir lu la longue biographie de plus de quatre cents pages de Tatiana de Rosnay sur Daphné du Maurier. Tout lecteur a, au moins lu, le roman le plus connu de celle-ci Rebecca ou s'il ne l'a pas lu, en a au moins vu l'adaptation cinématographique réalisée par Alfred Hitchcock et se souvient de la phrase « j'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley » qui ouvre tant le livre que le film.

 

Mais, qui connaissait la vraie Daphné du Maurier qui a écrit quinze romans, nombre de nouvelles et des biographies ?

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Dans ce texte, l'auteur met ses pas dans ceux de celle dont elle décrit la vie et nous fait revivre avec une acuité troublante, les émotions, les tourments, les voyages de la romancière sur laquelle elle se penche. Ce n'est pas une simple autobiographie, cela s'apparente plus à une revie. Tatiana de Rosnay est Daphné du Maurier, et on plonge avec elle dans la vie de cette dernière.

 

Cadette d'une fratrie de trois sœurs dont le père Gérald du Maurier est un comédien de théâtre célèbre, la petite fille voit le jour le 13 mai 1907. Dès son enfance, elle a une imagination fertile, et malgré sa mauvaise orthographe annonce par un mensonge éhonté à sa gouvernante alors qu'elle a tout juste quatre ans qu'elle vient d'écrire un livre Jean dans les Bois du Monde.

 

Très vite, elle est fascinée par le monde qui l'entoure, se passionne pour le théâtre et joue avec ses sœurs des interprétations de Peter Pan dont son oncle J.M. Barrie en est l'auteur.

 

Fière de ses racines françaises (en effet, son grand père paternel George du Maurier, caricaturiste célèbre, devenu romancier sur les conseils de Henry James, est né à Paris), elle part en 1925 étudier à Meudon au pensionnat la villa Camposonea où elle fait une rencontre déterminante en la personne de Fernande Yvon qui est le professeur de «l'élite» de cette institution. Daphné tombe sous le charme de son enseignante, part avec cette femme qu'elle surnomme Ferdie en voyages en France (elle ne cessera jamais de correspondre avec elle tout au long de sa vie) et se laisse aller à des « amours vénitiennes».

 

Les trois sœurs Daphné, Angela l'aînée et Jeanne la petite dernière s'inventent un code incompréhensible, souligne Tatiana de Rosnay « pour tous ceux qui ne faisaient pas partie de la famille », afin de parler de sujets considérés comme tabou. « Vénitienne », par exemple, signifie lesbienne.

 

Mais, à vingt-trois ans, la vie de la jeune fille change quand son premier roman L'amour sans l'âme trouve un éditeur. Dès lors, Daphné du Maurier ne cesse plus d'écrire et devient un écrivain à succès. Elle se marie avec un officier britannique Tommy Browning surnommé Tristounet avec lequel elle aura trois enfants deux filles et un garçon.

 

Deux événements majeurs bouleversent à jamais la vie de la romancière la publication de Rebecca qui, en un mois, se vend à 40 000 exemplaires et est traduit en français chez Albin Michel et sa rencontre avec son Manderley : Menabilly manoir qui a donné naissance à Manderley. Daphné du Maurier qui malgré ses demandes n'en fera jamais l'acquisition, mais le louera pendant quarante ans, dira de celui-ci : « J'ai un peu honte de l'admettre, mais je crois que je préfère “Ména” aux gens ».

 

C'est là qu'elle  écrira ses plus beaux textes, délaissera son mari pour se consacrer à son écriture mais n'y finira, malheureusement pour elle, pas sa vie car les propriétaires les Rashleigh n'accepteront jamais de s'en séparer. Même, aujourd'hui, la demeure est habitée par ceux-ci et nul ne peut s'en approcher ni la visiter.

 

 


 

 

Nommée « dame commandeur » par la reine Elizabeth d'Angleterre, Daphné du Maurier aura toute sa vie comme regret de n'être considérée que comme un auteur romantique et comme elle le fait remarquer avec nostalgie dans une interview « oui apparemment Rebecca, reste le roman favori de mes lecteurs, je ne sais pas pourquoi à vrai dire ».

 

Le 19 avril 1989 âgée de 81 ans, la romancière décède. Les éloges funèbres sont unanimes et le Daily Télégraph écrit « Dame Daphné écrivit vingt-neuf livres, dont la plupart sont des romances historiques ».

 

Le long travail qu'a entrepris Tatiana de Rosnay  en écrivant Manderley for ever est d'une finesse, d'une précision et d'un aboutissement total. Il plonge le lecteur dans la vie de Daphné du Maurier avec une telle justesse qu'il lui donne le sentiment de partager sa vie. Tatiana de Rosnay signe là un très grand livre dont, sans nul doute, Daphné du Maurier aurait été fière.