Margaret Atwood : la mort vous va si mal...

Nicolas Gary - 11.04.2018

Livre - Margaret Atwood mort - humanité grandeur misère - mort haine humains


Difficile de mettre un corbeau sur une couverture sans que l’esprit ne l’associe spontanément au poème d’Edgar Poe. Et s’il tient un anneau dans son bec, alors, tout devient possible. Les neuf contes de Margaret Atwood vont ravir les amateurs. On y parle de l’humanité, de sa grandeur, de sa misère. 

 



 

 

Margaret Atwood avait mérité, et amplement, la palme de personnalité de l’année 2017 – visionnaire, impertinente à souhait et le monde semblait, grâce à Netflix, redécouvrir ses œuvres. La servante écarlate connut une double actualité, tout à la fois par son adaptation et dans un mouvement de lutte, aux États-Unis, pour le droit à l’avortement. Des femmes grimées à la manière des costumes employés dans la série tentaient de faire valoir leurs droits, dans différents États. Margaret Atwood présidente, on en bicherait d’avance. 

 

Dans ce nouveau recueil, neuf récits parlant de vieillesse se superposent, comme des strates concomitantes. Des récits, au sens premier, puisque chacun des personnages regarde la mort avec appréhension, distance, envie ou calme. Et tous se remémorent alors des instants de leur vie — et ce sont parfois les pires pulsions qui remontent à la surface de la mémoire.

 

Et comme Atwood ne se contente pas d’édifier quand elle écrit, elle nous fait voltiger — valdinguer ? – dans des univers d’horreur, des mondes fantastiques, interrogeant les mythes qui forgent l’humanité. Et ceux qu’elle s’est forgés pour grandir, comprendre, maîtriser, dominer… pour se rassurer en somme. Que ce soit au niveau de l’individu, autant qu’au niveau de l’espèce, il apparaît clair que l’humain aime les histoires.

 

Rien n’est effleuré : on plonge au cœur de l’acrimonie d’un poète, qui avec le temps, et un maigre talent, développe une amertume grandissante. Les femmes ont accompagné toute sa vie, mais dans quelles conditions — et quand il finit par en épouser une de trente ans plus jeune, que retenir de cette existence de prétention ? 
 

[Extraits] Neuf contes de Margaret Atwood 

 

C’est la peur de vieillir qui est ici passée en revue — et comment d’anciens ennemis peuvent être réincarnés en chien… Parce que la sagesse tient en réalité bien plus de la peur de notre propre fin que d’une expérience accumulée, Margaret Atwood jongle, sourit, et on la sent même moqueuse à l’égard de notre médiocrité. Elle ne raille pas, non, mais n’en pense pas moins. Et c’est délicieux, absolument. 

 

Pour Margaret Atwood, les hommes ont besoin
d'un manuel de drague

 

Parce qu’à la manière de ses personnages, nous ne vieillissons pas dans la plus grande sérénité : c’est une lutte perdue d’avance, et que chacun mènera, suivant ses moyens. Mais le pire ? C’est qu’en réalité, la mort nous unit tous. Celle qui mettra fin à nos jours — autant que celle que l’on a voulu dispenser. Car mourir, c’est aussi cela : en finir avec quelqu’un d’autre. Enchanteur ? Pas vraiment : mais qui a dit que l’humanité était un rayon de soleil ?


Margaret Atwood, trad. Patrick Dusoulier – Neuf contes – Editions Robert Laffont – 9782221190340 – 21 € | Ebook 9782221219249 – 14,99 €
 




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Pour approfondir

Editeur :
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Total pages :
Traducteur : patrick dusoulier
ISBN :

Neuf contes

de Margaret Atwood

Une écrivaine de fantasy récemment veuve se laisse guider à travers un hiver glacial par la voix de feu son époux. Une dame âgée, victime d'hallucinations, apprend peu à peu à accepter la présence des petits hommes qui ne cessent de surgir à ses côtés, tandis que des militants populistes se rassemblent pour mettre le feu à sa maison de retraite. Une femme née avec une malformation génétique passe pour un vampire. Un crime commis il y a longtemps se voit vengé dans l'Arctique par un stromatolithe vieux de 1,9 milliard d'années... Dans ce recueil composé de neuf contes poétiques et satiriques empreints d'une ambiance gothique, Margaret Atwood, la grande dame des lettres canadiennes, s'aventure dans des ténèbres explorées avant elle par des auteurs tels que Robert Louis Stevenson, Daphné Du Maurier ou Arthur Conan Doyle – ainsi que par elle-même, dans son roman adapté en une série TV unanimement saluée par la critique, Captive.

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