Margaret Atwood, Le dernier homme

Clément Solym - 17.12.2007

Livre - Margaret- - Atwood- - Dernier


Snowman, pour qui ne pratique les sports d’hiver en général ni la langue de Shakespeare en particulier signifie « bonhomme de neige ». Pourtant, l’intéressé n’a rien de la superposition de boules de neige, avec option carotte en guise de pif et marrons pour les yeux. Nan. Snowman est le dernier homme, le seul rescapé de notre espèce, ayant survécu à une probable calamité météorologique, ou que sais-je.

Autour de lui, des enfants, des femmes et des hommes d’une nouvelle race se sont imposés. Ils résistent mieux aux agressions d’un soleil meurtrier, ne craignent pas les piqures de moustiques et n’ont pas à se raser. Mon Dieu que la nouvelle humanité est bien faite. Surtout pour les moustiques. Mais ils ne savent à peu près rien de ce qui existât avant eux. Race vierge, en friche, sans passé, ils vont et viennent autour de Snowman, interrogeant la mémoire de cette créature étrange, pas franchement à leur image. Un substrat de jadis. Une résurgence incohérente d’avant.

Avant d’être Snowman, il s’appelait Jimmy. Il avait un père manipulateur d’AND, qui travaillait à la conception de porcons (combien de fois j’ai lu pop-corn…). Ces manipulations génétiques, sortes d’hybrides de porcs et d’autre chose, servent à créer des organes, ou de la peau. En tout cas, ils permettent de remplacer ce qui est déficient chez l’homme. Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous, non ? Avec sa mère dépressive – et qui ne tardera pas à ficher le camp du foyer familial – Jimmy vit dans une sorte de complexe protégé du monde extérieur : les plèbezones. Et vu l’engeance infernale qui traîne au-dehors, on comprend que les parents mettent toute leur énergie à préserver l’existence de leur progéniture dans ces lieux confinés.

Voilà. Durant les 200 premières pages, on alterne entre Snowman et Jimmy, l’un survivant dans une jungle hostile peuplée de trucs génétiquement modifiés, l’autre expérimentant la vie, avec ses déconvenues et ses échecs. Snowman raconte quand il était Jimmy, plonge dans les souvenirs de ce passé, de son enfance à l’abri, dans une cage dorée. Et Snowman lutte aussi dans un quotidien très Robinson rescapé sur son île, consacrant çà et là du temps aux enfants de Clarke qui le questionnent.

Crake, c’était Glenn avant. Du temps où Snowman était Jimmy. Mais très vite, Glenn est devenu Crake. Et Crake développait d’impressionnantes qualités de biophysicien et autres joyeusetés dans le domaine scientifique. Et manifestement Crake développa également une nouvelle espèce, pour remplacer l’humanité.

Bon. Quand je dis les 200 premières pages, ce n’est pas qu’un revirement soudain chamboule le récit à la 201eme. Nan. Ou du moins, je l’ignore. Tout bonnement parce qu’après 200 pages de pur calvaire, j’ai, en mon âme et conscience, décidé que le cilice, très peu pour moi. Et le cilice, c’est cette ceinture en crin de chèvre que les chrétiens s’appliquaient autour de la taille pour faire pénitence. J’ai peut-être été un vilain garçon dans ma vie, mais je ne mérite pas semblable punition. Du tout.
Je ne reproche rien à l’idée d’un monde dévasté, avec son survivant et sa mémoire d’avant. Ni même ses flashbacks perpétuels, qui en somme nous en apprennent un peu sur ledit « avant ». Nan. Peut-être même le texte en langue originale me convaincrait complètement, quitte à en rater des morceaux. Mais là… Oh bonne mère, c’est un pur calvaire !

Lourd, indigeste, se débattant dans une écriture pesante chargée de descriptions d’états d’âme tout aussi pénibles, je redoute l’overdose. Que Snowman/Jimmy manque de relief ne pose pas de problème, on a lu déjà des En attendant Godot ou des Éducations sentimentales plus écrasants de passivité. Mais avec un je-ne-sais-quoi – particulièrement dans Godot – qui donnait vie à l’ensemble. Et j’ignore si la traductrice en est l’unique responsable… Et je sais que je ne me ferai pas des amis en disant ça.
Ça n’enlève rien au fait que oui, c’est une fable cynique sur la fin des temps, qu’il y a sûrement des traces d’intelligence dans le propos, ou que, ainsi qu’ont pu l’écrire certains de nos confères, cette parabole noire sur la science a quelque chose de visionnaire. Certes. M’enfin, autant relire Ravage si c’est ce que l’on souhaite, et de là à mesurer Le dernier homme a ce qui émane d’Orange mécanique, certains devraient relire leurs classiques.

Donc, j’ai arrêté. Je sais, c’est mal de parler de ce que l’on ne connaît pas ou pas bien, mais si mon expérience peut épargner de perdre quelques heures avec ce livre, autant la partager.

  Comme je suis un garçon poli (merci maman, merci papa), je ne vociférerais pas des mots grossiers tels que « grosse bouse », « désastre littéraire » ou « gâchis écologique de papier ». Je me contenterais de vous dire que je n’ai pas aimé. Parce que comme me l’ont justement inculqué mes parents, on doit répondre « merci, mais je n’ai pas apprécié » et surtout pas : « c’est à gerber ».

Même si on le pense assez fort pour que tous l’entendent… Et puis chacun trouve midi à sa porte. Parait même qu’il y a des gens pour apprécier un MacDo.

Nan, là je polémique… Quoique…