Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Margot ; la reine rebelle - Hortense Dufour

Clément Solym - 10.12.2011

Livre - Biographie - Margot - Flammarion


Marguerite de Valois, fille, sœur et épouse de rois. La fin d'une lignée qui n'aura pas de descendants : les Valois. La fille d'une reine, d'une mère terrible : Catherine de Médicis. L'épouse du Béarnais, le futur Henri IV à qui elle ne pourra jamais donner d'enfant. Ce qui conduira au divorce et l'empêchera d'être Reine de France !

 

Une période tourmentée avec des assassinats comme s'il en pleuvait et pour solution exclusive à toutes les tracasseries, à toutes les contrariétés, à tous les problèmes. Et surtout pour en créer de nouveaux, car ne réglant rien sur le fond, bien au contraire.

 

Une royauté française qui vacille encore malgré François Ier. Car les petits enfants de ce dernier n'auront pas sa vision royale et passeront plus de temps à des luttes intestines pour asseoir leur destin personnel plutôt que celui de leur pays. Seule Catherine semble avoir cette vision prospective mais seulement pour tenter de stabiliser la situation, pour maintenir ses enfants sur le trône de France en essayant de provoquer la paix aux frontières par une constante démarche de marieuse.

 

Une période difficile, haineuse au nom de Dieu. Au nom des religions qui s'affrontent, prêchent l'amour et sèment le sang. Par flots entiers qui rougissent la Seine. Le jour du mariage de Margot et de Henri le Béarnais, son cousin. Le jour de la Saint Barthélemy.

 

Une biographie de plus, me direz-vous ? Certainement : Margot a, depuis toujours, attiré aussi bien les biographes que les cinéastes. 

 

Oui, mais celle-là, c'est Hortense Dufour qui en est l'auteure. Et Hortense Dufour, c'est tout de suite autre chose ! Après Cléopâtre, Marie Antoinette, Colette, Marie Stuart ou encore Calamity Jane, Hortense Dufour ne pouvait pas échapper à Margot ! Et réciproquement !

 

Hortense Dufour, c'est une plume, c'est un style, c'est un monde à part. Entre ses mains, entre ses doigts, l'Histoire devient une histoire. Elle la modèle, la traque, la passe au crible pour la restituer comme un roman, loin, très loin, à mille lieux de ces fastidieux recueils de fiches que savent si bien élaborer d'autres biographes bien moins talentueux. Mais sans pour autant prendre quelque liberté que ce soit avec la réalité historique.

 

Sa jubilation est perceptible à chaque ligne de même que son admiration devant cette femme qui fut une des premières, certainement, à vivre en revendiquant sa vie et sa liberté de femme. Hortense est de la même veine et est en admiration devant Margot, prête à lui pardonner son manque de discernement, de jugement, de sens politique, sa versatilité de fille de fin de lignée, la digne sœur de ses frères. A lui pardonner ses erreurs, ses fautes qui contribueront souvent à mettre le feu aux poudres alors que l'époque n'avait déjà vraiment pas besoin de cela.

 

Mais comment cette fille rejetée par sa mère autant que par ses frères montés sur le trône de France ou même par son mari qui l'a épousée à contrecœur, pouvait-elle avoir assez de ce discernement quand celui-ci se décline à la pointe d'une épée ou d'une dague ? Quand elle n'est qu'une femme dont on n'attend d'elle qu'elle ne soit finalement qu'un maillon pour fabriquer des descendants, mâles autant que possible, pour la lignée royale ?

 

Comment vivre et préserver sa liberté, une certaine idée de la grandeur mais aussi le goût du faste, du luxe, aux abords d'un pouvoir qui lui échappera toujours ?

Hortense Dufour a été subjuguée par Margot, par cette volonté féroce de rebondir toujours, de ne jamais laisser le désespoir la submerger même au plus profond de son long exil dans la forteresse prison d'Usson.

 

Et moi, je suis subjugué par la langue, par l'écriture d'Hortense Dufour, par cette plume qui fait flotter les mots, qui enchante, qui  envoûte du préambule au point final, qui donne vie à Margot mieux qu'un film, qui sait donner, par un épais volume, un plaisir de lecture sans égal, et qui, à la dernière page, fait regretter que Margot n'ait pas encore vécu cent ans de plus.

Comme avec chacun de ses ouvrages que j'ouvre religieusement depuis qu'avec l'Ecureil dans la Roue, je suis tombé en Hortensomania.


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