Maximilien Robespierre : véritablement monstrueux ?

Audrey Le Roy - 11.04.2016

Livre - Maximilien Robespierre - Terreur politique - incorruptible histoire


Maximilien Robespierre, voilà un personnage qui laisse l’historien bien pantois. Comment le qualifier ? Le mot venant le plus rapidement à l’esprit semble être : tyran ! Vraiment ? Jean-Clément Martin, Professeur émérite de l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française, publie, aux éditions Perrin, ce remarquable, instructif, et presque touchant Robespierre. La fabrication d’un monstre. 

 

 


« La fabrication »… là est l’une des clés de notre perception de ce personnage adulé puis décrié (le mot est faible). Finalement la chanson est connue, une fois l’homme de pouvoir tombé, il est toujours de bon ton de nier que nous ayons été en accord avec lui. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Et si en plus nous pouvons le rendre responsable de toutes les misères du monde, pourquoi s’en priver ? 

 

Nous ne le répéterons jamais assez, le travail de l’historien est de se fonder sur des sources ! Concernant Robespierre elles sont assez peu nombreuses et ont été minutieusement décortiquées, trop même ! Et de ce fait l’auteur n’a « pas cru bon de traquer les mystères supposés de sa personnalité, estimant par exemple, que son goût pour les oranges et son habitude de boire de l’eau rougie n’expliquaient rien de son action politique. » Et de ça, nous le remercions. 

 

Mais nous voilà bien avancés. Comment pouvons-nous essayer d’en dresser un portrait le plus fidèle possible sans donner foi aux « racontars » d’après 1794 ? 

 

Maximilien Robespierre est né le 6 mai 1758. Ses parents se sont mariés cinq mois avant sa naissance, nous pouvons donc affirmer qu’il a été conçu dans le péché, un comble !


Issu d’une famille de juristes se considérant au-dessus du peuple, n’ayant de cesse que d’essayer d’accéder à une certaine noblesse sans jamais en faire réellement partie, d’où une certaine frustration mêlée d’envie ! « Est-il besoin de dire que nombre de futurs révolutionnaires sortiront de ce groupe social formé dans la revendication d’un rang et dans la contestation des privilèges possédés par des rivaux ? » (Notez que cette phrase de Jean-Clément Martin est en fait la genèse de quasiment toutes les grandes révolutions, ou une définition de la nature humaine, au choix…).

 

Bon élève, ce Robespierre, il ira loin


« Orphelin de mère à 6 ans, abandonné par son père peu après », Robespierre n’a certes pas une enfance rêvée, mais que cela ne serve pas d’excuse pour son parcours futur, à l’époque les enfants orphelins sont légion ! De plus, Robespierre ne sera pas, pardonnez l’anachronisme, un petit Gavroche. Orphelin, oui, mais pas sans famille. Ainsi, en 1765, il entre au collège d’Arras. Bon élève, il va bénéficier d’une bourse qui finance ses études au collège Louis-le-Grand à Paris. Il y restera douze ans. « En 1781, Louis-le-Grand octroie à Robespierre une somme de 96 livres pour sa bonne conduite et ses succès : il a été reçu bachelier, puis licencié en droit en dix-huit mois au lieu des quatre ans ordinairement prescrits. »


Le 5 août, il rentre à Arras prendre la succession familiale. Il prête serment au barreau du Conseil d’Artois le 8 novembre 1781, le voilà donc officiellement avocat à 23 ans.


Mais pour autant Robespierre n’est pas un « petit surdoué », c’est simplement un très bon élève, plutôt solitaire, de ceux qui préfèrent les bibliothèques aux lupanars… . D’autres futurs grands révolutionnaires n’ont pas moins bien réussi que lui, Robespierre est un jeune de son temps, avec la culture de son temps (et de son milieu). 

 

De 1782 à 1789, il va traiter environ vingt affaires par an, rien d’exceptionnel, mais « il peut en vivre, à l’abri du besoin, dans une maison en pierre de taille. » Une affaire va le faire connaître, en 1783. On s’imagine qu’il s’agit d’une affaire de mœurs, ou bien une de celles où il faut défendre la veuve et l’orphelin. Que nenni ! Le grand Robespierre s’est fait connaître comme avocat pour une affaire de… paratonnerre, que le dénommé Vissery de Bois-Valé avait « osé » installer sur son domicile ! Un illuminé donc ! Robespierre va le défendre et gagner le procès. Un éclair de génie ? Non, mais son éloquence semble en avoir impressionné plus d’un. 

 

École française du XVIIIe siècle, Portrait de Maximilien Robespierre, musée Carnavalet

 

 

En 1785, il publie Éloge de Gresset (1709-1777, poète et dramaturge français ainsi que jésuite). Il y exprime sa ferveur pour la culture classique, sa dévotion, son goût pour la simplicité, et, plus surprenant, son « envie de légèreté, proche du badinage ». Surprenant, car, il faut être honnête, quand nous pensons à Robespierre, la légèreté et l’enjouement ne sont pas les mots, qui semblent le mieux le qualifier. Pire, Robespierre pourrait même nous apparaître comme quelqu’un d’asexué !


Et de fait, il n’a jamais été marié et nous ne lui connaissons pas d’idylles avérées. Ne surtout pas en tirer de conclusions hâtives. 

 

Nous apprenons, en outre, qu’il est contre la peine de mort et qu’il a été extrêmement choqué après qu’un de ses jugements l’ait « amené à envoyer un assassin sur l’échafaud. » Notons qu’il s’agissait d’un simple assassin et non pas d’un rival…

 

« En novembre 1783, Maximilien entre à l’académie d’Arras où se réunissent les beaux esprits. Il en est élu chancelier en 1785 et directeur en 1786 pour un an. » Durant cette courte période, il va y faire entrer deux femmes de lettres : Marie Le Masson Le Goft (1749-1828) et Louise de Kéralio (1757-1821). Il souhaite alors que les femmes trouvent une place dans « la société française et dans les sociétés académiques ». La constance dans les idées n’est pas un des traits de caractère de Robespierre, surtout lorsque l’on sait qu’il ne lèvera pas le petit doigt pour défendre les Citoyennes républicaines révolutionnaires de Paris en 1793 et qu’il reléguera la place de la femme à celle de… mère de famille ! 

 

En définitive, le Robespierre trentenaire de 1789 est encore un homme simple, ayant plutôt des idées saines. Comment comprendre alors qu’en l’espace de cinq petites années, cet homme, assez ordinaire, finisse par devenir l’un des personnages incontournables de la Révolution puis le monstre par qui tous les malheurs sont arrivés ? 

 

Pour comprendre Robespierre, il faut étudier une époque ainsi que tous ceux qui ont entouré « l’Incorruptible » : les Marat, les Danton, les Desmoulins, les Saint-Just et bien d’autres. Plus qu’une Révolution populaire ne s’agit-il pas là d’une guerre des ego fomentée par ceux-là mêmes qui jalousaient l’aristocratie ?


Robespierre était-il vraiment un monstre ? La tyrannie peut prendre bien des chemins et l’homme le mieux intentionné au monde peut, semble-t-il, devenir un être abject. Ne peut-on le percevoir comme un idéaliste, limite naïf, qui n’a pas supporté que ses contemporains ne puissent concevoir sa vision du monde ? 

 

« Comment ne pas penser à son mutisme final lorsqu’il passe les longues heures d’agonie, allongé sur une table sans prononcer un mot, rejoignant Saint-Just muré dans l’attente de l’immortalité ? Tous ceux qui, appartenant à ce groupe […], rêvèrent d’un monde réédifié autour des valeurs stables de la justice et de la fraternité durent admettre que leur Cité rêvée fut incapable de résister aux affrontements politiciens comme aux espérances trop humaines. »


Pour approfondir

Editeur : Perrin
Genre : biographies...
Total pages : 364
Traducteur :
ISBN : 9782262042554

Robespierre. La fabrication d'un monstre

de Jean-Clément Martin

Comment fabrique-t-on un monstre, un nouveau portrait de "l'Incorruptible" Le parti pris de cette nouvelle biographie de Robespierre - qui fait sa valeur et son originalité - est le refus revendiqué de toute approche psychologisante, de tout affect et de tout sensationnalisme. Nous voyons ainsi évoluer l'homme parmi ses pairs et ses rivaux, dont beaucoup ont partagé avec lui les mêmes expériences : une enfance difficile, une adolescence studieuse et une réussite sociale, mondaine et littéraire précoce. A travers ses multiples et successives prises de position politiques, y compris celles qui paraissent mineures, on comprend qu'il s'exprime en réponse aux Danton, Marat, Pétion, Saint-Just, Fabre d'Eglantine, Camille Desmoulins, Hébert, Collot d'Herbois, dans un jeu de bascule permanent, sans pouvoir exercer une quelconque magistrature suprême. Lorsqu'il paraît enfin pouvoir y accéder, il est condamné hors la loi par ses collègues, le 9 thermidor 1794. Chacun le sait, aucune artère parisienne ne porte le nom de Robespierre, passé à la postérité comme l'archétype du monstre. Sans l'absoudre de rien, sans l'accabler non plus, Jean-Clément Martin explique que cette réputation a été fabriquée par les thermidoriens qui, après l'avoir abattu, voulurent se dédouaner de leur recours à la violence d'Etat : les 10 et 11 thermidor, qui voient l'exécution de Robespierre, de Couthon, de Saint-Just et de près de cent autres, servent en réalité à dénoncer " l'Incorruptible " comme le seul responsable de la " Terreur ". Cette accusation a réécrit l'histoire de la Révolution et s'impose encore à nous. En historien, l'auteur démonte les mythes et la légende noire pour retrouver l'homme. Une démonstration sans faille et un livre à l'image de Robespierre : éminemment politique.

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