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Meccania, le monde merveilleux de l'extrême surveillance

Mimiche - 14.08.2018

Livre - Owen Gregory roman - Meccania super Etat - surveillance citoyens Etat


ROMAN ÉTRANGER — Dans le courant de l’année 1917, l’éditeur et présentateur du livre a rencontré Monsieur Ming Yuen-hwuy qui lui a confié ce qu’il prétendait être le journal qu’il avait rédigé après avoir passé cinq mois en Meccania, un pays d’Europe Occidentale, dans les années 1970 (il n’y a pas d’erreur de dates…).




 

Sans avoir négligé la visite de la Romanie, ni de la Francarie, c’est en Meccania qu’il avait voulu mettre à l’épreuve de sa culture chinoise fortement imprégnée de culture anglaise, ce pays fermé dont la visite n’était qu’exceptionnellement autorisée par son gouvernement. Et, quand c’était le cas, dans des conditions de surveillance très strictes et notamment sous le chaperonnage quasi constant d’une sorte de tuteur spécialement formé pour n’ouvrir que les portes dont Meccania souhaitait laisser entrevoir ce qu’il y avait derrière.

 

Monsieur Ming, ne maîtrisant pas assez, selon lui, la langue anglaise, souhaitait donc laisser à son interlocuteur éberlué d’entendre parler d’une visite dans un temps futur, le soin de porter à la connaissance publique les constats qu’il avait pu faire in situ malgré toutes les préventions que ses amis avaient pu lever et notamment le risque d’être finalement exécuté pour espionnage.

 

Après avoir finalement obtenu toutes les autorisations administratives tant de son propre Gouvernement que de celui de Meccania, puis avoir traversé la zone frontalière de no man’s land de vingt miles, inhabitée et vierge de toute utilisation, Monsieur Ming est accueilli en Meccania par l’Inspecteur préposé aux Etrangers Stiff qui va faire procéder à une désinfection totale de ses vêtements parallèlement à des examens anthropométrique et médical, des enregistrements vocal, photographique, digital, pilaire, etc.,… et enfin lui remettre un « Code pénal relatif à la Conduite des Observateurs étrangers » dont il recommande à Monsieur Ming de bien s’imprégner.

 

Ayant ensuite défini la durée prévisionnelle de son séjour, Monsieur Ming est invité à régler les frais occasionnés par les contrôles obligatoires préalables à son admission sur le territoire de Meccania (…), et laissé entre les mains du Sous-Guide Sheep spécifiquement compétent pour les séjours d’une telle durée dans la première ville visitée dans le pays.

 

Le Sous-Guide Sheep lui remet alors le journal de poche sur lequel il est très fortement incité à noter scrupuleusement et de manière détaillée ses activités quotidiennes à l’attention du Département du Temps.

 

La visite de Monsieur Ming peut alors débuter sous très haute surveillance.

 

 

 

Au-delà du trouble dans lequel ce livre débute du fait du caractère incertain de sa transmission au narrateur de son introduction et de l’origine mal arrêtée du déroulement des faits, ce roman vieillot (il s’est finalement écoulé un siècle exactement depuis sa parution initiale) reste d’un intérêt majeur à plusieurs titres.

 

D’abord, il se situe dans la même veine que les 1984 ou Farenheit 451 par sa vision anticipative : imaginer, alors que se termine la Première Guerre mondiale, l’évolution répressive, dictatoriale, intrusive, policière d’un pays d’Europe Occidentale selon ce schéma hyper construit et réaliste place Owen Gregory dans le carré des auteurs de science-fiction qui font figure de visionnaires.

 

Ensuite il présente un univers politique d’une lucidité démoniaque dans laquelle il mélange fascisme et communisme, tous les deux capables de broyer hommes et collectivités pour en faire des moutons auxquels plus aucune liberté, tant de penser que d’agir, n’est octroyée au motif de la soi-disant préservation d’un plus haut intérêt commun.

 

Enfin, il montre qu’aucun de ces régimes aux soi-disant objectifs universalistes ne sait exister sans générer les privilèges et les exceptions dont est gratifiée une infime minorité qui n’a de cesse de s’auto-générer, s’auto-entretenir et s’auto-protéger des ambitions qui pourraient naître dans ses échelons les plus bas de la structure sociale (ceci étant, on ne peut pas considérer que les soi-disant démocraties occidentales — ou celles copiées sur leurs principes — ne fassent pas pire dans le domaine).

 

Bref, c’est un roman d’anticipation éminemment politique, réaliste et un peu désenchanteur que ce récit de voyage d’un chinois qui ne manque ni de sensibilité, ni de finesse, ni de perspicacité pour poser les questions bien actuelles, gênantes et pertinentes sur toute société humaine.

 

Cette œuvre visionnaire (Meccania sera l’Allemagne nazie pour les uns, l’URSS pour les autres, sans pour autant limiter le champ des possibles, car des pays du Moyen ou Extrême Orient ou d’Amérique du Sud sont certainement d’excellents candidats aussi) mérite une lecture attentive, une réhabilitation et une sortie de quatre-vingt-dix-sept années d’ombre pour rejoindre les plus grands auteurs de science-fiction et d’anticipation même s’il semble aujourd’hui impossible d’écrire une biographie d’Owen Gregory ou de… Gregory Owen !

 

 

Owen Gregory, trad. de l’anglais Thierry Gillyboeuf – Meccania, le Super État – Editions L’île oubliée – 9782954768502 – 22 €




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