Méchant tueur en série cherche petite fille et allumettes pour conte de fait

Clément Solym - 16.04.2012

Livre - contes de fées - tueur en série - petite fille


Celui qui n'a pas lu la Psychanalyse des contes de fées de Betthleim a probablement plus raté sa vie que celui qui vient de passer le cap des 50 ans, et n'a toujours pas de Rolex. Instinctivement, on pourrait ajouter que celui qui dispose d'une grosse montre luxueuse au poignet, et ignore tout des textes de Bruno s'est tout de même moins armé pour réussir sa vie. Voire, s'apprête à constater qu'il l'a ratée. L'avantage de sa montre, c'est qu'il aura tout loisir de constater que le temps passe, et qu'il n'est jamais trop tard. 

 

Dans l'univers de Nadine Monfils, les contes de fées ont quelque chose de macabre, quand ce sont des tueurs en série qui les racontent et les mettent en scène. Laissant la police sur le carreau - et quelle police ! - ils parsèment le doux pays de Pandore de macchabées, plus maquillés et fardés que jamais. 

 

Cooper et Michou forment pourtant une équipe de choc : le vieux bougre de la brigade, qui caresse des canards en plastique pour se rassurer - ça vaut toujours mieux que de se ronger les ongles. Et l'homo pleinement assumé, qui la nuit tombée, se change en travesti, taille des pipes dans les bars gays de la ville. Fameuse équipe, pour sûr.

 

Bien loin de leurs vies policées (sic !), vit Nake. Commencer l'existence avec pour prénom une marque de baskets n'a rien pour aider. Mais cramer des allumettes qui font voir des crimes tous mis en scènes selon les contes de Grimm, ça relève du duo délire. Un paquet d'allumettes récupérées dans les draps de sa grand-mère morte, ça vous a des relents de petites histoires terrifiantes… Surtout que le gentil bonhomme qui vient d'emménager dans la grande maison n'a rien de rassurant. Le jour où la grand-mère trépane… 

 

En somme, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais pour cela, fautait-il encore que les meurtres cessent. Et comme la police piétine, peut-être la solution viendra-t-elle de mémé Cornemuse, une sorte d'hystériques avec une morale toute personnelle, et un côté nymphomane pleinement assumé, mais difficile à supporter venant d'une septuagénaire… si ce n'est plus, et sans affinités. 

 

Pourtant, mémé va faire sa part, avec un ménage dans l'univers de l'inspecteur Cooper, plutôt efficace. Au point de faire sauter en éclat une maison de campagne sur les bords de mer. Juste après avoir glouglouté toute la cave dudit policier. Fameuse nénette, cette mémé. Et qui plus est, fan de Jean-Claude Van Hamme, qu'elle cite à tour de bras, parce que JCVD lui cause régulièrement et lui assène de petites sentences magiques qui rendent le monde meilleur. 

 

Mémé est folle (on le sait déjà), Cooper est cinglé, Michou est un doux-dingue, Nake est un ado flippée. Comment le conte de fées pourrait-il finir autrement qu'avec des cadavres ? Et surtout, mettant en scène des Cendrillons ou des Blanche-Neige particulièrement frappantes ! Ici, rien n'est calme, ni luxe, ni volupté. En revanche, on se marre bien, à Pandore ; surtout en allant voir le maire qui tient plus du Sphinx prophétique, voire de la Pythie défoncée au laurier que du contribuable honnête. 

 

L'enquête commence, les preuves se font rares, les témoins plus avares qu'un poivrot de son baba au rhum. 

 

Alors, oui, c'est noir. Et saupoudré d'humour noir, parfois glacial. C'est aussi à la limite du roman graveleux ou vulgaire, flirtant avec quelque chose de malsain. C'est surtout fondamentalement drôle, barré et improbable. Des qualités rares pour un roman, qui se distingue d'à peu près tout ce que l'on peut lire, par le style inimitable de Nadine Monfils, toujours prête à en faire un peu trop, pour en donner juste assez à son lecteur. 

 

Les personnages sont crades, sortis d'un tome de Canardo, le désespoir et le fatalisme en moins, et tous ont une envie de vivre débordante. Même les plus dangereux. En fait, les psychopathes du livre sont finalement ceux qui auront connu la vie la plus triste, et l'existence la plus frappée du sceau Cour des miracles. Nadine Monfils fait dans le noir, le grinçant…. et comme on le disait de Franquin, quand on ferme son livre, les noirs grincements qui persistent sont encore d'elle. 

 

Avec ce sourire idiot et machiavélique accroché aux lèvres pour unique souvenir. 

 

Même si les dernières pages laissent un goût plutôt aigre-doux, pas des plus agréables - peut-être un texte trop hâtivement bouclé, ou une intrigue qui se résout trop vite pour être prise au sérieux. Même dans cet univers. Reste alors le final, parce que dans tout conte qui se respecte on se doit de finir par un mariage. On souhaite simplement que les personnes mariées n'aient pas beaucoup d'enfants…

 

Faudrait noyer les bébés...

 

A retrouver dans la librairie de ActuaLitté

avec Decitre