Même le mal se fait bien, Michel Folco

Clément Solym - 11.04.2008

Livre - Michel - Folco - Meme


Ce grand roman est l’épopée de la famille Tricotin, épopée pour le moins picaresque. Au travers des 600 pages de ce roman fleuve, vous pourrez suivre les aventures de cette famille italienne sur trois générations. Michel Folco délivre là une narration sur un ton qui lui est propre et que je laisserai à votre appréciation…

Michel Folco, auteur de fresques romanesques denses au ton décalé :

Michel Folco est un habitué de ce type de production. Son premier livre, Dieu et nous seuls pouvons, qui raconte l'histoire de la dynastie Pibrac, exécuteurs des hautes et basses œuvres, a été adapté au cinéma. Dans ces trois derniers romans, on retrouve la même partie du Rouergue, pour y raconter l'histoire des épateurs de Racleterre, les quintuplés nés de l'union de Clovis Tricotin et de sa femme.

Histoire de la branche des Tricotin issue de Charlemagne Tricotin :

Même le mal se fait bien
commence par le mariage, en 1813, à Turin du général baron d'Empire Charlemagne Tricotin de Racleterre avec la toute jeune Giuletta. Mais leur bonheur est de courte durée. A peine sortis de l’église qu’ils sont pris sous le feu de partisans sardes qui voient Charlemagne Tricotin comme un oppresseur. Ce dernier meurt sous les balles.

Sa jeune et belle veuve va tout faire pour conserver le souvenir de son défunt mari. Elle va tout d’abord demander sa momification puis lui faire construire un tombeau digne des plus grands rois. Cela grâce au butin de guerre amassé par le défunt. Giuletta revient dans son petit village de San Coucoumelo pour enterrer Charlemagne.

Tout pourrait s’arrêter là…et ce serait peut-être mieux… Mais non. Charlemagne a eu le temps de mettre enceinte la belle Giuletta. C’est donc un fils, Carolus, qui voit le jour quelques mois après.

Après Charlemagne vient Carolus, un médecin quelque peu curieux :

Ce personnage atypique devient médecin dans son petit village. Mais à côté de l’exercice de sa profession, il se montre intéressé par les insectes, la philosophie. Personnage digne des Lumières, il apparait tout de même assez décalé. Ainsi, il mène une double vie. A côté de sa vie tranquille à San Coucoumelo, il passe des jours heureux à Turin où il a investi une partie de sa fortune dans un bordel chic : le Tutti Frutti.

Cet anticlérical obstiné va jusqu’à mettre en scène sa mort en organisant des paris : trépassera-t-il avant ou après minuit… Cette disparition est le véritable début de l’histoire, puisqu’elle laisse seul face à son destin son fils Marcello. Ce personnage est le maître d’école du petit village. Mais c’est aussi un passionné d’entomologie (il voue une véritable admiration aux araignées…). Toutefois, par rapport à son charismatique père, il semble plutôt faible de caractère.

Dans la famille, je demande le petit-fils, Marcello : son voyage initiatique

L’enjeu de la suite du roman vient du lègue du père de Marcello. Il lui laisse tous ses biens à la condition qu’il retrouve dans les trois ans son demi-frère, fils illégitime d’une Autrichienne, dont la famille ignorait l’existence jusque là. Après de nombreuses hésitations, Marcello va enfin quitter son petit village pour partir à la recherche de ce mystérieux frère.

  Ce périple va lui permettre de marcher sur les pas de son illustre père. En premier lieu, dans le bordel le Tuti Frutti… De passage à Vienne, il va même faire la connaissance de Freud. En fin de parcours, il retrouvera son demi-frère, à Linz : Aloïs Schickelgruber-Hitler, contrôleur des douanes en retraite, et beau-père d'un jeune Adolf…



Livre particulier, mais surtout, un style qui ne laisse pas indifférent :

Voilà un livre qui se présente comme une somme d’aventures toutes les unes plus trépidantes que les autres… Seul ombre au tableau… et de taille, il faut aimer le style sans concession, naturel pour certains, vulgaire pour d’autres, employé par l’auteur.

Si vous passez la première scène peu ragoutante pour le lecteur, vous avez de bonnes chances d’adhérer à la suite des aventures de la famille Tricotin. Il s’agit de la momification du défunt Charlemagne. La jeune Giuletta vient déposer le corps de son mari pour qu’il soit momifié. Le spécialiste en la matière demande alors quelques jours pour pouvoir remplir sa mission. Néanmoins, Giuletta insiste pour assister aux opérations. Malgré les réticences du praticien, ce dernier finit par accepter…au grand dam du lecteur à l’âme sensible… Je vous passe une citation de ce passage.

Un style qui fait mouche…ou qui les attire : c’est à voir, ou plutôt à lire !

 Autre point noir du roman, mais en même temps, c’est aussi l’une des spécificités du style de Michel Folco : ce ton naturel qui emploie les mots les plus recherchés en parallèle d’une vulgarité constante… Si vous passez sa première manifestation, vous pourrez sans conteste arriver jusqu’au bout du livre. Il s’agit du début du chapitre I. Carolus, fils de Charlemagne doit faire face aux premiers symptômes de ce qui va entraîner sa mort.

« Les yeux brouillés par les larmes, il réajusta ses lorgnons et examina ses déjections ; la vue du sans rouge vif mêlé au blanc du pansement gastrique […] fit bondir son pouls […].
Et comme si cela ne suffisait pas, une irrésistible pulsion à déféquer lui laissa tout juste le temps d’abaisser son pantalon et d’expulser sur le carrelage immaculé un chapelet de selles dures, nauséabondes, noires comme le deuil. »

Voilà. Il est vrai que ce passage n’est pas le reflet de l’ensemble du roman et qu’il est choisi avec un certain parti pris… Néanmoins, il reflète assez fidèlement l’idée de l’œuvre qui me reste à l’esprit… Mais à chacun de se faire son propre point de vue…Et, si l’on arrive à dépasser certains passages, on pourra certainement trouver un sens profond à ce roman…Humour noir disent certains. Sans doute.

Michel Folco, est un écrivain français né à Albi en 1943. Il a travaillé comme photographe pour de nombreuses agences avant de se consacrer à la littérature. Il a reçu le Prix Jean d'Heurs en 1995.