Mémoire fauve : Philippe Will, le musicien de rock écrit des livres

Mimiche - 31.03.2015

Livre - Littérature française - humour noir - folie


« Première phase de la mission : observer ».

 

Sur les conseils du médecin qui la suit depuis son internement après un grave accident, Anne/Antigone raconte sa vie d'avant. Sa vie d'infiltration au sein du Hell's Club où sa tâche était d'« observer ». Le Hell's Club est un club de sport où se côtoient l'Oxygène qui est à l'accueil, les Vieilles Pouffes qui maigriraient plus en se faisant exciser (de toutes façons, pour ce à quoi leur sert leur clitoris) qu'en marchant péniblement sur un tapis de course ou encore le Nouveau avec qui elle a échangé incidemment un regard intergalactique par lequel il a réussi à lui poser la Question et dont elle finit pas se demander s'il ne serait pas un Prédateur (mais un Prédateur l'aurait aussitôt détruite pour l'empêcher de poursuivre sa Mission !).

 

Ce regard permet d'engager à distance, via les petites annonces de Libération, une histoire d'amour entre A (Antigone) et N (Nouveau) au grand dam de Créon qui se trouve ainsi rejeté hors de ce champ de félicité, dans tous les sens du terme, quand Anne éclate l'écran de son ordinateur sur lequel se visage de Créon apparaissait.

 

Jusqu'au jour où, après une absence inexpliquée, le Nouveau revient au Hell's Club avec le teint hâlé et une Pétase au Short Rose qui lui colle le train dans un élan d'intimité qu'il n'a jamais manifesté aussi ostensiblement à Anne.

 

Alors Anne fait appel à Tommy, un nouvel ami rencontré sur un site de vente de matériel militaire serbe : l'épisode se termine sur des images couleur d'hémoglobine dans les couloirs du Hell's Club où résonnent les cris des Vieilles Pouffes alors que le champ visuel d'Anne se limite progressivement à une partie du sol de plus en plus réduite et que sa tête finit par heurter quelque chose de dur.

 

Fin de la période fauve.

 

Début de la période blanche. Comme le blanc des murs de la clinique psychiatrique.

 

 

A la croisée de nombreux chemins, (polar, psychologie, humour, fantaisie débridée, …), le livre de Philippe WILL se lit comme on boit du petit lait.

 

Par petites touches successives, il nous dépeint un crime parfait dont le scénario concocté par celle qui en est l'auteur relève d'une stratégie certes un peu mutilatrice mais diablement efficace ! Un truc à ne pas mettre entre toutes les mains dans un environnement où la propagande et le conditionnement tendent à devenir une religion sur laquelle adosser la détresse incommensurable de plus d'un paumé chronique.

 

Dans la clinique du docteur Kalb, le suivi thérapeutique va bon train mais c'est en dehors du bureau du psychiatre que se dénouent les manches les plus délicates de cette partie d'échec qui se joue avec un Maître de Jeu incontestable aux manettes.

 

 

Entre applications des théories découlant de l'étude de la paranoïa et observation des effets traumatisants des pressions psychologiques exercées sur des prisonniers militaires, le scénario suit son petit bonhomme de chemin en se permettant quelques coups de griffes occasionnels sur les poncifs de la société et de son organisation : « (…) personne ne veut entendre parler d'une société de malades mentaux dirigée par d'autres malades mentaux où la réussite est moins affaire de compétence que de degré de paranoïa ».

 

Au bout d'une somme de petits éléments insignifiants dévoilés par-ci, par-là, finit par se faire jour un Grand Œuvre à la conception sidérante.

 

L'Homme n'a décidément pas son pareil pour détourner ses découvertes du bon chemin.

 

Et, du coup, Philippe WILL est un être dangereux dont il ne faut surtout pas se priver du plaisir de lire l'ouvrage.