Mémoire vive, de Vanessa Caffin

Clément Solym - 08.09.2010

Livre - vieillesse - guerre - mensonge


Dans la série des récits qui tournent court et penchent vers le fantastique quand ils s'épuisent à trouver une voie (voix ?) pour s'achever dignement, on vient probablement de toucher du doigt une belle chose. Vanessa Caffin avait fait un carton avec J'aime pas l'amour... ou trop peut-être en 2008. Le roman alors publié chez Anne Carrière avait fait son succès intéressant. Le renouveau de la romancière, qui fait partie des auteurs de Place des éditeurs inclus dans le partenariat avec Sony. Pour promouvoir l'ebook. C'est probablement tout ce que l'on retiendra du livre.

L'histoire de Sara, jeune journaliste, incapable de pleurer -parce qu'elle n'aurait pas assez de liquide dans le corps, en même temps, suffit de picoler plus - est liée dès les premières pages à celle d'un divorce houleux, d'un décès récent (son grand-père) et d'une grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Autrement dit, un contexte familial légèrement perturbé. Handicapée sentimentale de dernier stade -celui des irrécupérables, et pour cause - elle découvre au détour d'une conversation avec Minouche, l'aïeule en question, que son père aurait eu un autre père.

En fait, Minouche avait un amant durant la Seconde Guerre, et c'est de leur union que serait né le père de Sara. Effondrement méthodique de tout ce qui a pu faire la tremblante structure familiale, mais Sara ne s'émeut pas. Elle part à la rencontre du prétendu géniteur, et découvre, dans le Médoc, un artiste peintre, qui durant la guerre faisait la nique aux Allemands en aidant la résistance. Il insérait dans ses tableaux des messages secrets, que son amante se chargeait de transporter. Laquelle serait donc Minouche.

Sara enquête, questionne, froidement, avec ce mépris permanent qu'elle entretient pour les hommes, et finit par publier un papier dans son journal, dans lequel elle fait éclater la vérité sur ses origines. Triste vérité, qui sera défaite en un coup de pinceau par le peintre : Sara s'est carrément laissée abuser par sa grand-mère à la mémoire défaillante.


Intéressant, non ? Ben... oui. Mais... Sous des dehors d'intrigue flirtant avec la folie et l'identité, Mémoire vive a dû perdre en chemin quelques diodes et neurones, qui font autant de dégâts au plaisir de l'histoire. D'abord, la mièvrerie intermittente des dialogues est rapidement pesante. Nul n'est contraint à se tirer une balle dans les échanges verbaux de ses personnages pour s'assurer de leur donner de la consistance. Un point compensé cependant par des phases narratives bien plus réussies et convaincantes.

À l'exception d'un seul : comment se peut-il qu'un personnage qui ne résulterait que de l'imagination de Sara puisse soudain nous faire entrer dans sa tête -et que l'on assiste donc à ses questionnements et interrogations ? Certes, cela donne à l'histoire plus de crédibilité, mais le livre fermé, on se dit juste que c'est tout bonnement incohérent. Je veux bien comprendre que l'écrivain n'est pas tenu de tout raconter à son lecteur, et que le perdre en chemin fait partie du jeu. Mais faut aussi penser que si on le mène en bateau, vient un moment où il veut rentrer au port. Ou alors, il ferme le livre.

Si le thème de la mémoire que l'on s'approprie joue en faveur du livre, son développement aurait mérité plus de retouches et retocages, pour gagner en énergie, ce qu'il perd par ses longueurs. Nombreuses. De Mémoire vive, on bascule facilement dans Mémoire ivre...



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