Mes amis, d'Emmanuel Bove : comme un sourire en coin

La rédaction - 11.05.2017

Livre - Mes amis Emmanuel Bove - noirceur motif dépression - editions L'arbre vengeur


Mes amis (L’Arbre vengeur, 2015) est le premier roman publié par Emmanuel Bove, en 1924. On y lit, dès les premières pages, la langue et le ton qui resteront les siens tout au long de son œuvre : des phrases courtes, parfois sèches et minérales. Des dialogues brefs, fonctionnels.




 

Ce sont aussi des personnages sans grande envergure. Vie grise des mansardes humides et froides sous les toits parisiens. Et dans les non-dits, dans les états d’âme du narrateur, une douce ironie, des doutes, des questionnements – comme un sourire en coin. 
 

Victor Bâton est un pauvre type fauché, sale de sa misère et pas très engageant. Il est désœuvré et ne veut pas travailler. Il ne recherche pas la solitude, elle s’est imposée à lui. « Je m’imagine que, malgré mes habits usés, les gens attablés aux terrasses me remarquent », dit-il.

Ce désir incandescent d’être remarqué, de susciter l’amour ou l’amitié, est le moteur de Mes amis, mais il ne faut pas longtemps au lecteur pour comprendre que ce désir se heurtera toujours à des ns de non-recevoir. Errant dans Paris, Victor Bâton va de déconvenue en déconvenue, mais ne renonce jamais. Mes amis n’est pas une œuvre de désespoir. La noirceur n’y est pas un motif suffisant de dépression.

C’est une ritournelle lucide et désabusée, mélancolique, peut-être, mais sans apitoiement. Il y a trop d’orgueil chez Victor Bâton pour sombrer réellement. Après un nouvel échec, il dit : « Je songeai à ma vie triste, sans amis, sans argent. Je ne demandais qu’à aimer, qu’à être comme tout le monde. Ce n’était pourtant pas grand-chose. »

Et d’aussitôt se reprendre : « Bientôt, je m’aperçus que je me forçais à pleurer. Je me levai. Les larmes séchèrent sur mes joues. J’eus la sensation désagréable qu’on éprouve quand on s’est lavé la figure et qu’on ne se l’est pas essuyée. » 
 

Revenir à Emmanuel Bove, et ne jamais plus le quitter


On ne rit pas avec Mes amis, ou alors quelquefois d’un rire de farce, c’est-à-dire hautement fraternel face à la cruauté de l’existence. On y découvre surtout un ami, un auteur de chevet, qui oppose à ce e cruauté son sourire en coin, triste et fragile, dénué de mépris. Trouver un ami aussi cher, pour qui n’est pas Victor Bâton, c’est une occasion qui ne se rate pas. 

par Philippe Marczewski, Livre aux Trésors (Liège) 

 

Emmanuel Bove : Repères biographiques 
 

1898 – naissance le 20 avril à Paris d’Emmanuel Bobovniko , d’un père émigré russe et d’une mère luxembourgeoise
1916 – vit seul à Paris, de petits boulots,
dans une situation précaire
1921 – épouse Suzanne Vallois ; le couple s’installe à Vienne, en Autriche
1922 – rentre à Paris
1924 – publie Mes amis, qui remporte un succès critique
1927 – publie La Coalition ; de 1927 à 1928, écrit onze romans et recueils de nouvelles
1928 – prix Figuière, le mieux doté de l’époque ; qui e son épouse et ses deux enfants
1930 – épouse Louise Ottensooser
1942 – départ pour Alger ; y écrit ses trois derniers romans
1944 – retour à Paris en octobre
1945 – publication des romans Le Piège (mai) et Départ dans la nuit (juin) ; décès le 13 juillet à quarante-sept ans 

 

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