Métamorphose du sentiment érotique, de Jean-Jacques Pauvert

Clément Solym - 28.09.2014

Livre - metamorphose - sentiment - erotique


À la fin du XXe siècle, Jean Jacques PAUVERT a mis un point final à ses « Anthologies historiques des lectures érotiques ». Comme il l'énonce lui-même dans son Avant Propos, cette somme de « trois mille cinq cents pages grand format sur deux colonnes » couvre « cinq mille ans » de textes qualifiés d'érotiques. En hommage à cet éditeur hors norme, nous republions cette chronique d'un texte puissant.



Quelques années plus tard, après de longues hésitations, Jean Jacques PAUVERT réussissait le tour de force de synthétiser son œuvre dans une petite brochure avant de réaliser, en 2006, pour l'Encyclopedia Britannica, un « résumé historique » du même sujet.

Aujourd'hui, Jean Jacques PAUVERT se relance sur le même thème et nous propose une nouvelle version résumée de ses anciens travaux de recherche, complétée de quelques réflexions diverses liées aux évolutions significatives introduites par ce XXIe siècle naissant dans les rapports des sociétés humaines à l'érotisme.


D'un début qui, forcément, ne peut être qu'associé aux premières lueurs de l'écriture, jusqu'à l'explosion actuelle de l'image, son omniprésence et sa substitution au texte, en faisant de nombreux allers et retours entre toutes les cultures du monde à toutes les époques, c'est donc un extrême raccourci d'une trop vaste étude qui nous est ainsi offert à la lecture.

La verve, le talent, l'immense culture de Jean Jacques PAUVERT transpirent à toutes les lignes.

Et cela est frustrant.


Car ne peuvent qu'avoir disparu trop de textes dans les interlignes au point de faire perdre une partie trop importante de sa substance à ce livre. On renâcle à n'avoir que des aperçus. On boude à ne découvrir que des embryons. On s'acharne à vérifier qu'entre la page 189 et la page 190, quelques textes supplémentaires n'ont pas été cachés dans l'épaisseur de la feuille !

Bref, on peut se l'expliquer, mais on a du mal à l'admettre : on reste clairement sur sa faim.

C'est dommage, car il est assez évident que je ne saurai jamais entreprendre la lecture des Anthologies originelles alors qu'il serait tellement réjouissant, pourtant, de découvrir au jour le jour, l'évolution des cultures, leurs différences d'un continent à l'autre sur un sujet tellement universel.


La frustration n'en est que plus immense même si elle est accompagnée de l'éternel « il n'est pas possible de tout lire » et qu'il peut, parfois, être assez satisfaisant de s'arrêter aux préliminaires…

C'est pourtant vrai que la substance est partout sous jacinthe dans cet ouvrage, que la matière est présente même et y compris dans les raccourcis. C'est vrai aussi que sont mis en évidence les grands tournants, les grands repères, les grandes évolutions qui ont marqué le changement d'attitude des civilisations à l'égard de l'érotisme. C'est vrai enfin que l'immense voyage dans lequel Jean Jacques PAUVERT nous propose de l'accompagner reste particulièrement édifiant, pédagogique, tonique, réjouissant.


Dans les dernières pages, Jean Jacques PAUVERT s'interroge sur un avenir qu'il s'interdit de juger, qu'il ne verra pas et qu'il n'a pas non plus vocation à « maîtriser ». Un avenir dans lequel, déjà aujourd'hui, « devenue moyen de profit parmi tant d'autres, l'image érotique s'est fondue dans les immenses méthodes de recette du même ordre ».

Des recettes dont il reste à espérer qu'elles n'empêchent pas que perdure encore un peu quelque part, ce sentiment érotique qui est modelé et qui a tant modelé notre imaginaire.