Mettez un livre dans mon cercueil : recueil de chroniques de Michel Polac

Xavier S. Thomann - 26.02.2014

Livre - Michel Polac - Alain Badiou - Clément Rosset


C'est avec un plaisir non dissimulé que l'on retrouve la voix de Michel Polac dans Mettez un livre dans mon cercueil. Cet ouvrage regroupe un grand choix de chroniques littéraires, publiées entre 1997 et 2009, dans des journaux tels que L'Événement du Jeudi et Charlie Hebdo. En cette période morose, il est bon de se replonger dans la prose du journaliste et romancier disparu en août 2012. 

 

D'abord, ce qu'il y a de fascinant, c'est que l'on peut lire toutes les chroniques sans prendre garde à leur date de parution originelle. Le propos est toujours tranchant, qu'il s'agisse d'un texte de 1997 ou de 2008. Il faut dire que Polac savait faire la part des choses entre les engouements passagers du monde éditorial et les valeurs sûres. Ainsi, au fil des papiers, une belle anthologie de la littérature mondiale se dessine. 

 

Infatigable lecteur, sans cesse à l'affût, évitant de tomber dans un éclectisme convenu, personne ne manque à l'appel : Carver, Sebald, Stephen Crane, les tragiques grecs et tant d'autres sont défendus avec vigueur et intelligence. Bref, un heureux mélange de valeurs sûres et d'auteurs plus méconnus du grand public. 


Parmi les éloges et les conseils de lecture avisés, on trouve tout de même quelques « coups de gueule ». « Il paraît tant de livres creux et vides… », nous rappelle l'auteur. Le De quoi Sarkozy est-il le nom ? d'Alain Badiou est ainsi passé au crible de la plume de Polac : « Il y a toutes les obsessions délétères du garde rouge attardé qui, pas matérialiste pour un sou, retombe dans un idéalisme bien inquiétant ». La suite de la chronique en question mérite d'être relue. 

 

Attention, toutefois, à ne pas confondre passion avec colère. C'est ce que nous rappelle Clément Rosset dans sa petite préface. « Il s'en tenait plus aux faits qu'aux personnes ; et s'il se braquait contre les insanités débitées dans tel ou tel livre, il n'allait pas jusqu'à prendre en grippe le responsable de ces sottises»

 

Critique éclairé, mais jamais pédant ni trop intellectualisant (« Je suis inculte (mettons autodidacte ayant beaucoup lu) »), Michel Polac abordait la littérature de la meilleure façon qui soit : avec simplicité et sérieux.

 

Sans oublier non plus que les grands textes sont aussi un point de départ pour parler d'autre chose. Polac l'illustre à merveille dans chacune de ses chroniques, en faisant le lien entre la littérature et la vie.